Bundesliga : le choc de l’année

Le plus fort championnat par équipes du monde se dispute traditionnellement sur sept week-ends étalés sur la saison, d’octobre à avril. Mon club de Baden-Baden est un serial winner de cette compétition, qu’il a remportée 10 fois sur les 11 dernières éditions ! Cette année, nous étions au coude-à-coude avec notre principal rival, Solingen, avant ce week-end décisif, où nous devions les rencontrer.

Préparation facile, il n’y en a pas eu !

J’ai donc pris le Thalys pour Aix-la-Chapelle le vendredi 23 février, afin de rejoindre mes coéquipiers et de préparer un peu cette échéance décisive du dimanche. Mais auparavant, il y avait quand même le match du samedi, pour le compte de la 9e ronde, contre l’équipe locale d’Aix. Au premier échiquier, j’avais les blancs contre Ivanchuk ; ce qui m’a facilité la préparation, dans le sens où il n’y en a pas eu ! J’avais lancé un petit concours auprès de mes coéquipiers pour déterminer ce qu’il allait me jouer sur 1.e4. La Française et la Petroff ont eu la faveur des joueurs, bien que d’autres ouvertures aient également été mentionnées. Personne n’avait anticipé la Caro-Kann, c’est donc évidemment ce que Vassily a joué !

Début de partie contre Ivanchuk, dans des conditions plus spartiates que lors des tournois habituels du Top ! (photo Guido Giotta)

J’étais plutôt satisfait de mon ouverture, avec la paire de Fous et un bel avantage au temps. Mais après quelques coups de redéploiement assez simples de sa part, j’ai compris que mon avantage n’était pas si important : et surtout, qu’il n’était pas stable… En dépit de ma tentative d’ouvrir un front à l’aile-Dame, Vassily a même pu égaliser complètement la position juste avant le contrôle de temps. Rétrospectivement, je pense que ça faisait en fait déjà un bon moment que les blancs n’avaient plus du tout d’avantage. Finalement, nous l’emportons, mais sur un score étriqué de 4.5-3.5 qui aurait dû être beaucoup plus large. Le soir, au restaurant de l’hôtel, l’équipe était déjà concentrée sur le match décisif du lendemain matin, sachant que Solingen avait pris beaucoup d’avance au départage en remportant son match du jour par 7.5-0.5.

Pentala et moi avons raté le difficile 23.Fc2!

Harikrishna-Mvl après 16...a5
Harikrishna-Mvl après 16…a5

Le lendemain dès 10h, je me retrouvais donc avec les noirs face à l’Indien Pentala Harikrishna, qui a répété dans l’Anglaise une idée (7.Cf3) qu’il m’avait déjà jouée à Palma en novembre dernier, au cours d’une partie où j’avais été en difficulté. Mais cette fois j’étais prêt, même si je ne me souvenais pas exactement de tous les détails… J’ai assez vite égalisé, et j’ai même pensé prendre l’ascendant au moment où je sacrifie le pion par 16…a5. Je pensais avoir énormément de jeu, mais j’ai raté son coup 18.Ff4!. J’avais alors certainement la possibilité de traiter la position de manière plus précise, notamment en sacrifiant la qualité par 20…bxa3. Mais j’ai finalement opté pour 20…Te8, car j’aimais bien ma position après 21.e5 Ce4 (l’ordinateur propose ici de donner une pièce par 21…bxa3!? 22.exf6 Dxf6, ce que j’ai vaguement envisagé dans la partie, mais sans vraiment y croire !) 22.axb4 Db6. Maintenant, Pentala et moi avons tous deux raté le fort mais difficile coup 23.Fc2!, qui donne l’avantage aux blancs après 23…Cxd6 24.exd6, comme après 23…Cxb4 24.Fxe4 Fxe4 25.Cg5!.

Contre Harikrishna ; attitude classique d’avant-partie, où le regard n’accroche ni l’adversaire, ni l’échiquier… (photo Michael Buscher)
Contre Harikrishna ; attitude classique d’avant-partie, où le regard n’accroche ni l’adversaire, ni l’échiquier… (photo Michael Buscher)

A la fin, après son coup 25.Fc4, j’ai dû vérifier toutes les suites tactiques, car je n’avais pas anticipé son idée 25…Dxc5 26.Fxe6 De7 27.Fxf7+! ; après 27…Dxf7 (certes, j’avais encore 27…Rxf7 en bouée de sauvetage, mais c’est un peu désagréable à jouer) 28.Cg5 Da2 (sinon 29.Db3+) 29.Ta1 (29.Dd3 g6 et les noirs s’en tirent) 29…Dc4 30.Txa8 (ou répétition par 30.Tc1 Da2 si les blancs le souhaitent) 30…Fxa8 (30…Txa8 31.Db1! attaquant h7 et b7) 31.Dh5 Txe5 32.Dxh7+ Rf8, il me semblait que les noirs s’en sortaient, même s’il est toujours délicat de faire face à ce genre de variantes ! Pentala a évité que je ne me pose trop de questions en proposant nulle après 26.Fxe6 !.

Guère de regrets à avoir

Malheureusement, pour ce qui est du match lui-même, nous avons été en difficulté dès le départ, avec Naiditsch rapidement en situation délicate face à L’Ami (au final, Solingen a battu Baden-Baden avec 7 nulles et cette victoire de L’Ami). Je pensais que l’on avait trois positions prometteuses, mais il n’en a rien été. Adams a oublié un coup intermédiaire contre Van Wely, Movsesian n’a pas pu valoriser sa paire de Fous contre Predojevic, et Anand s’est vu stoppé net sur les cases blanches de l’Aile-Dame par le toujours ingénieux magyar Rapport. A la fin, Adams et Etienne (Bacrot) ont deux positions inférieures, qu’ils sauveront certes, mais il aurait fallu en gagner une pour repartir avec le match nul…
Un résultat certes décevant, mais il n’y a guère de regrets à avoir quand on n’a jamais été en position de gagner un match. Solingen est maintenant clairement favori pour le titre, mais il reste cinq rondes !

Les parties de Maxime en Bundesliga

Site officiel de la Bundesliga : http://schachbundesliga.de

Gloomy SundayAprès la défaite de Baden-Baden, Maxime a repris le Thalys pour Paris, avec le ferme espoir d’être consolé par une victoire de l’Olympique Lyonnais dans ce qui constitue souvent LE match de l’année dans la région, à savoir le derby Lyon – Saint-Etienne. C’est donc dans le train à la radio qu’il vivra l’égalisation stéphanoise à la dernière minute (1-1), ultime pied-de-nez d’un week-end difficile !