Championnat du monde Rapide & Blitz 2017 : bilan

Début du tournoi rapide contre Pansulaïa (photo site officiel)

J’étais venu à Riyad avec la ferme intention d’être dans la course pour un des titres mondiaux en jeu, le rapide les trois premiers jours, le blitz les deux suivants.
Malheureusement, dans le tournoi rapide, j’ai très mal joué dans l’ensemble, à l’exception d’une ou deux parties correctes. En tout cas, sur 15 parties, je n’étais clairement pas au niveau des meilleurs. Tout avait trop mal commencé dès la première journée, avec trois défaites en cinq parties. Je suis revenu ensuite à un classement plus décent avec une bonne série de huit parties (+4, =4), mais il y a alors eu cette défaite avec les blancs contre Alekseev (2681) lors de l’avant-dernière ronde, qui a mis un terme à tout espoir de remontada vers les 10 premières places. En effet, j’ai pris le risque de refuser la nulle par répétition avec 28.g3, afin de conserver une chance de passer de +3 à +5 dans le tournoi. Mais les noirs obtiennent trop de jeu après 28…f5!, et même un clair avantage après 33…b5!, me renvoyant de facto plus bas au classement.
Un tournoi à oublier…

Avec Nepo, juste avant de commencer (photo site officiel)
Avec Nepo, juste avant de commencer (photo site officiel)Avec Nepo, juste avant de commencer (photo site officiel)

Vu mes difficultés à calculer dans le tournoi rapide, je n’étais pas forcément très en confiance au moment d’aborder les deux jours de blitz. Je n’étais pas sûr d’être à 100% de mes moyens, mais le début de tournoi m’a rassuré, avec une bonne série de 4 victoires me positionnant en tête du tournoi après 5 rondes. Ensuite, j’ai alterné les nulles et les victoires jusqu’à la fin de ce qui s’avérera être une très bonne première journée, au terme de laquelle je termine à 8.5/11, seul deuxième à un demi-point de Karjakin. Je suis donc placé en pole-position, et sans ressentir de frustration, puisque je n’ai pas raté d’opportunités, ce qui est toujours important pour le moral Ce soir-là, je passe une très bonne nuit, satisfait d’avoir pu retrouver mon niveau de calcul et de pouvoir joueur le podium, voire le titre mondial, le lendemain.

Malheureusement, les choses ne se passent pas toujours comme prévu, et si je me sens frais et dispos au début de cette deuxième journée de blitz, je comprends vite que les circonstances ne sont pas aussi favorables. J’enchaîne cinq nouvelles nulles de suite, qui font suite aux deux dernières de la veille. Au passage, je gâche une position clairement gagnante contre Mamedyarov. C’est ce qui arrive quand on essaye de se simplifier la tâche en voulant éviter des calculs inutiles. En blitz, ce genre de stratégie a souvent un effet contraire ! Même si on le sait, parfois on ne l’évite pas…

Magnus impose un rythme infernal

De plus, c’était la troisième nulle consécutive où j’avais un pion de plus, ce qui est toujours un peu frustrant. La nulle suivante, c’est clairement Ding Liren qui refuse le jeu avec les blancs, et qui répète les coups dans l’ouverture. Ensuite, première grosse frayeur contre son compatriote Wang Hao, qui rate le gain d’une pièce par 19…f5! (au lieu de 19…Dd7?). Après 15 rondes et cette série de nulles, je suis toujours deuxième, mais plus seul puisque nous sommes désormais six à talonner Magnus à un demi-point ! Lequel Magnus me fait face pour la ronde 16, sur le premier échiquier qu’il ne quitte pas, par contrat entre les organisateurs et la télévision norvégienne. Il vient d’enchaîner une impressionnante série de quatre victoires consécutives, notamment contre Grischuk, Mamedyarov et Karjakin. La partie se passe plutôt bien pour moi, et il ne prend aucun avantage avec les blancs. Peut-être est-ce même moi qui obtient un très léger plus, ce n’est pas facile à juger en blitz. Au final, j’ai préféré initier l’échange des quatre Tours par 24…Txd1, ce qui mène à une nulle rapide. Si j’avais vu que le Cf1 ne sortait plus après 24…c4 25.Txd3 cxd3+ suivi de 26…f4!, j’aurais sans doute pris cette décision intéressante sur le plan pratique, mais ça reste quand même un détail à l’échelle du tournoi !

Ronde 7 du blitz contre Amin Bassem, après 29…Cc3 (photo site officiel)
Ronde 7 du blitz contre Amin Bassem, après 29…Cc3 (photo site officiel)

A la ronde 17, je regagne enfin une partie, contre le jeune russe Artemiev, dont on peut rappeler qu’il était classé n°2 mondial en blitz dans le live rating en début de tournoi ! Je place une jolie combinaison finale (33.Txd4 Fxb5 34.e5!), même si, dans la frénésie de la fin du blitz, mon idée sur 34…dxe5 était 35.Fh7+ Rxh7 36.Txd1 ; c’est juste après la partie que j’ai réalisé que 35.Dxb5! forçait l’abandon immédiat. A quatre rondes de la fin, je suis seul 3e avec 12/17, un demi-point derrière les co-leaders Carlsen et Karjakin, et je suis apparié avec les noirs contre Petrossian pour la ronde 18. Compte tenu du rythme infernal imposé par Magnus, qui n’a laissé qu’un demi-point contre moi, je décide de prendre des risques pour essayer de gagner le tournoi. C’est la raison pour laquelle je refuse la nulle par répétition (24…Td8!?). Ensuite, je m’envoie un peu en l’air en sacrifiant le pion b6 (35…Ta4 suivi de 36…c4), et les choses se terminent mal, avec une première défaite au mauvais moment…

Le bronze était encore jouable !

Bien sûr, on pourra toujours disserter sur la pertinence de cette stratégie du « tout ou rien », mais je dois avouer que je voulais vraiment continuer à lutter pour le titre mondial, et que la perspective d’assurer une place d’honneur ne m’intéressait pas… Du coup, j’ai continué dans la même veine contre Aronian lors de la 19e ronde, mais en poussant cette fois le bouchon un peu loin ! Je me suis alors retrouvé dans une position complètement désespérée, qu’il aurait pu conclure rapidement, notamment par 80…Rh2! (au lieu de 80…Rg4) 81.Cf3+ Rh1, suivi de la poussée du pion a. A la place, il a inutilement transposé dans la fameuse finale Tour + Fou contre Tour, toujours extrêmement délicate à jouer, surtout en blitz évidemment. A l’origine gagnante, cette finale est devenue nulle après 118.Tg4!, avant que je ne me trompe à nouveau et finisse par encaisser une deuxième défaite consécutive.
Après une victoire assez facile contre Savchenko (2619) à l’avant-dernière ronde, je me suis retrouvé pour finir face au nouveau champion du monde rapide, Vishy Anand ! Je sais à ce moment que la médaille de bronze est peut-être encore jouable, à condition de gagner évidemment. Mais je n’ai jamais vraiment ma chance, et je passe même par une très mauvaise passe en milieu de jeu. Dans la position finale, c’est nul si j’échange en f6 au lieu de donner une pièce par 50.Re3??, ma seule véritable gaffe élémentaire du tournoi.

Quelques jours de vacances bienvenus

Evidemment, avec un score de -1 sur la journée, il est évident que mon niveau de jeu n’a pas été suffisant, et en tout cas bien en deça de ce que j’avais produit la veille. J’ai perdu trois parties, je n’ai pas réussi à poser suffisamment de problèmes dans certaines autres, et le fait de ne pas gagner cette position contre Mamedyarov dès le début de cette deuxième journée, constituait certainement un signe avant-coureur.
Au final, ce dernier tournoi de 2017 confirme que je suis moins en forme qu’il y a quelques mois ; sur le plan purement échiquéen j’entends, car je n’ai pas ressenti de manque d’énergie ou de baisse de forme physique. Les quelques jours de vacances que je m’octroie en ce tout début d’année sont les bienvenus pour recharger les batteries avant les échéances de 2018 !

Site officiel : http://riyadh2017.fide.com/

Les parties de Maxime dans le tournoi rapide

Les parties de Maxime dans le blitz

Bonne année !
Tout au long de cette année 2017 riche en émotions, j’ai reçu de nombreux témoignages de sympathie. Beaucoup d’encouragements, beaucoup de commentaires, qui sont autant de soutiens au quotidien. Un grand merci à vous, à l’aube d’une nouvelle année qui commence, et que j’espère joyeuse et prospère pour tous. En 2018, je continuerai bien sûr à proposer dans ces pages un compte rendu hebdomadaire de mon actualité.

Bonne année 2018 à toutes et à tous !

L’heure du bilan

bilan

Certes, il reste encore le championnat du monde rapide et blitz du 26 au 30 décembre… Je m’envole pour Riyad (Arabie Saoudite) dimanche 24, et j’ai souhaité faire un petit bilan de l’année avant. Si une bonne surprise vient clôturer 2017 à Riyad, il sera toujours temps d’en reparler ici après le Nouvel An !
Le premier et principal constat de cette année 2017, c’est que l’objectif principal, à savoir la qualification pour le Tournoi des Candidats, n’a pas été atteint. Quelles que soient les circonstances, qui n’ont pas forcément été favorables, quels que soient les petits détails, qui n’ont pas toujours fonctionné comme je l’aurais souhaité dans les moments-clé, le fait est que j’aurais dû réussir à obtenir cette qualification sur l’échiquier. Du coup, si le bilan de l’année 2017 est globalement positif, comme je l’explique plus loin, il reste néanmoins marqué par cet échec…

Le Grand Chess Tour, une satisfaction notoire

Le principal point positif de l’année, c’est évidemment cette 2e place au classement général du Grand Chess Tour. Je retiens plus particulièrement le tournoi de Paris, avec notamment la dernière journée de blitz qui m’a permis de rattraper Magnus. Malgré ma 3e place, le tournoi de Leuven me laisse plutôt un arrière-goût de déception, car j’étais clairement hors de forme en Belgique, et c’est un miracle que je finisse finalement aussi haut au classement en jouant si mal ! Je me souviens des sauvetages miraculeux contre Anand et Kramnik en rapide, et de ma prestation globale catastrophique en blitz, où je ne voyais qu’un coup sur deux !

Par la suite, ma victoire à la Sinquefield Cup constitue clairement le point d’orgue de l’année. C’est le grand résultat que j’attendais, remporter enfin un tournoi dans lequel étaient présents tous les meilleurs.

Le dernier tournoi à Londres n’a pas changé le podium du Grand Chess Tour.

Carlsen-Mvl
La victoire avec les noirs contre Magnus à Saint-Louis restera dans les annales…

Malgré la déception d’être passé à un cheveu de la finale, la Coupe du Monde reste également un point très positif pour moi. Je m’explique ! En effet, avoir fait demi-finale en 2013, quart-de-finale en 2015, et à nouveau demi-finale en 2017 constitue pour moi un motif de fierté, car tenir trois semaines dans un tournoi aussi éprouvant, avec des écueils pas évidents dès les premiers tours, montre que j’ai un bon mental, y compris dans les moments difficiles. Au passage, même si je sais qu’il est impossible de faire finale à chaque fois, j’aurais quand même bien aimé y parvenir une fois, pour assurer une qualif aux Candidats, et pour jouer la gagne sur un mini-match !

Une année 2018 sans Grand Prix FIDE

Au niveau des compétitions rapides et blitz, c’est toujours un peu la même histoire, il me manque la régularité. Il y a les jours avec et les jours sans ; on va me dire que c’est un peu le cas pour tout le monde, y compris pour mes collègues du Top mondial en blitz comme Nakamura ou Grischuk. Ni eux ni moi ne sommes à l’abri d’un jour sans, mais en fait, si on regarde Magnus, on voit bien qu’il est au-dessus au niveau régularité ; même dans un jour sans, il sait limiter les dégâts. Il n’y a pas de doute aujourd’hui sur le fait qu’il est le meilleur en blitz et en rapide. Sa domination est cependant beaucoup moins nette en cadence classique… A noter que j’ai dû rencontrer Carlsen, toutes cadences confondues, une dizaine de fois cette année !
A cause de l’annonce tardive du Grand Prix FIDE, je me suis également retrouvé à trop jouer en 2017, entre ces trois tournois supplémentaires, les compétitions du Grand Chess Tour, et les autres engagements que j’avais déjà pris. Au moins, je sais que ça ne se reproduira pas en 2018, qui est une année sans Grand Prix FIDE !
Au niveau du jeu lui-même, un point très satisfaisant est qu’avec les noirs, je n’ai quasiment jamais été en danger ces derniers temps, à l’exception notable de ma partie contre Harikrishna à Palma. Le revers de la médaille, c’est que je n’ai pas gagné assez de parties dans l’ensemble, y compris parfois avec un avantage substantiel. Il est clair que ce doit être un point à travailler, en relation d’ailleurs avec mes ouvertures blanches, qui constituent un axe d’amélioration très clair.

Une dernière échéance importante en 2017

Enfin, pour ce qui est du classement mondial et des points Elo, je me suis globalement stabilisé, avec des variations de l’ordre de 20 points. Ce qui est plutôt prometteur, dans la lignée de l’année 2016, alors qu’en 2015, je faisais un yo-yo incessant. Cette stabilisation peut constituer une base saine pour redonner un coup d’accélérateur plus tard…

Un double championnat du monde pour terminer 2017 en beauté !
Un double championnat du monde pour terminer 2017 en beauté !

Après une dernière échéance importante en 2017 avec le championnat du monde rapide et blitz, les compétitions de 2018 commenceront pour moi à Gibraltar (23 janvier – 1er février 2018). C’est un tournoi que j’aime beaucoup, auquel je participe depuis plusieurs années. C’est bien aussi d’avoir de temps en temps des Opens comme Gibraltar ou l’Ile de Man, car ça permet de sortir des traditionnels tournois du Top, où je rencontre toujours les mêmes joueurs.

Candidats 2018 : un pronostic ?
Ce sera un tournoi très ouvert, chacun des huit joueurs est en mesure de le gagner. Si j’ai raté la qualification d’un cheveu, cela n’enlève rien au fait que tous les participants sont légitimes, et que je les crois tous capables de s’imposer. Ca va dans le sens de mon opinion selon laquelle le Top 10 mondial actuel est très resserré.

De plus, pour un Tournoi des Candidats, tout le monde est surmotivé, et les circonstances du tournoi peuvent rapidement chambouler tout pronostic préétabli ; il suffit par exemple qu’un joueur soit rapidement dépassé, ou au contraire, qu’un autre bénéficie d’une gaffe adverse en début de tournoi…

Bref, à mon sens, il n’y a pas de favori !