Louvain GCT : la suite du marathon

Je suis parti à Louvain dès le lendemain du tournoi de Paris, le lundi 3 juillet. Les 3 joueurs qui enchaînaient les deux tournois, à savoir Wesley, Magnus (accompagné de sa famille), et moi-même, avons pris position dans le Thalys de 12h25 à la Gare du Nord. Sur place, nous étions logés au Fourth Hotel, sur la Place centrale de Louvain, à quelques mètres de l’Hôtel de Ville où se déroulait le tournoi. Le Fourth Hotel est un établissement flambant neuf, qui vient tout juste d’ouvrir ses portes. Après la traditionnelle réunion technique de préparation à 17h, nous avons dîné au restaurant de l’hôtel, le Tafelrond, qui vient de recevoir une étoile au Guide Michelin, ce qui ne m’a guère étonné au vu de la grande qualité de la nourriture, et des petites proportions ! Pas plus mal pour moi cependant, puisque ça m’a permis d’être dans une bonne dynamique, et de reperdre en Belgique le petit surpoids que j’avais accumulé à Paris…

Une partie de dingue contre Kramnik

Le mardi était consacré aux médias et aux exhibitions. Nous avons donné une simultanée collective contre les espoirs belges ; tous les joueurs se relayaient et jouaient un coup chacun. La difficulté de l’exercice est de reprendre une position 10 coups après l’avoir laissée, et de comprendre ce qu’ont voulu faire les autres. Dans l’euphorie, on peut également se laisser aller à quelques coups fantaisistes… Mais dans l’ensemble, on a été plus pros que l’an dernier, où nous avions perdu un nombre indécent de parties, sans doute 6 ou 7 !

Qu’est-ce qui vous fait croire qu’on est en Belgique ??
Qu’est-ce qui vous fait croire qu’on est en Belgique ?? (Photo: Lennart Ootes / Grand Chess Tour)

Concernant le tournoi lui-même, comme je l’ai déjà écrit, les jours se suivent mais ne se ressemblent pas forcément, en cadence rapide. Le premier jour des rapides, j’ai réalisé un bon 2/3, avec une excellente partie d’ouverture contre Ivanchuk, une nulle solide contre Wesley So, puis une partie de dingue contre Kramnik, où j’ai sauvé par miracle une position totalement désespérée.
2/3 également le deuxième jour, avec tout d’abord une nulle contre Carlsen après avoir plutôt dominé. Ensuite, j’ai rajouté un zéro à la longue liste de défaites de Jobava, après qu’il eût failli plusieurs fois perdre en un coup, par exemple quand il a posé sa Dame en g4 au 28e coup, réalisant juste avant de la lâcher qu’il perdrait alors une Tour ! Par la suite, j’ai fini par gagner une finale de Tours supérieure, mais loin d’être simple à concrétiser. La journée s’est conclue par une nulle difficile avec les blancs contre Giri, mes expérimentations avec l’Italienne finissant par ne plus porter leurs fruits, après l’avertissement de la veille contre Kramnik.

J’enchaîne 3 parties horribles

La dernière journée des rapides a débuté par cette partie contre Anand, sur laquelle je ne sais même plus trop quoi dire, tellement j’ai honte de mon ouverture ! Sur la Najdorf avec 6.h3, j’ai décidé de changer de variante à la dernière minute, acceptant une position où j’allais être un peu moins bien, et même en réalité nettement moins bien assez rapidement ! La suite est surréaliste, comme une réplique de mon sauvetage contre Kramnik, avec cette fois le bonus du point entier ! Ce qui me satisfait au moins sur un point ; même quand ça tourne mal, je parviens souvent à poser le maximum de problèmes pratiques… La ronde suivante contre Nepo, j’ai fait n’importe quoi dans l’ouverture, il a fait encore plus n’importe quoi derrière, avant de revenir dans la partie et de gaffer dans une position compliquée, oubliant le joli gain avec 39.e7!. Malheureusement, j’ai fini ce tournoi rapide par une défaite contre Aronian. J’ai perdu prise dans le milieu de jeu, pourtant j’ai bien résisté par la suite, pour finalement lâcher en toute de fin de partie sur une malencontreuse gaffe.
Trois journées à 2/3 chacune, malgré un contenu assez différent, le tempo était le bon !
Malheureusement, dès le début du blitz le lendemain, je sens tout de suite que les choses ne se passent pas aussi bien. Pourtant, les résultats sont corrects au début, mais je perçois quand même que ce n’est pas la grande forme. Je rate la nulle en finale contre Carlsen, même si ce n’était pas trivial à cette cadence, et avec le fameux système de delay. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle j’évite toujours soigneusement de me retrouver avec seulement une poignée de secondes à la pendule… Ensuite, j’enchaîne trois parties horribles contre So, Anand et Kramnik. Je remporte la première car Wesley me laisse inexplicablement remonter la pente, mais je ne peux sauver les deux autres.

Plus en état de calculer correctement

Du coup, comme je suis obligé de constater que ça ne va pas fort, je décide de revenir à des positions plus simples, et de jouer sur la technique pure. Ce choix s’avère judicieux puisque j’encaisse 2 points consécutifs en doublant les blancs contre Jobava et Ivanchuk. Mais la première journée de blitz sera finalement un peu gâchée par un trou noir contre Nepo pour la conclure ; paradoxalement, j’avais plutôt bien joué et même obtenu un avantage décisif, mais j’ai raté une ou deux suites après, et j’ai fini par la perdre, finissant la journée avec un 50% très moyen.

Devant 3 champions du monde, pendant le money time contre Magnus ! (photo Grand Chess Tour)
Devant 3 champions du monde, pendant le money time contre Magnus ! (photo Grand Chess Tour) (Photo: Lennart Ootes / Grand Chess Tour)

Le dernier jour, ça se passe pas mal au début, et je sens que je calcule mieux. Evidemment, la partie contre Carlsen est un tournant. J’ai quelques regrets de ne pas avoir trouvé quelque chose de plus simple contre son choix d’ouverture, que je qualifierais poliment de « baroque ». Je dois toutefois avouer qu’il a joué de manière vraiment impressionnante par la suite…
J’enchaîne ensuite avec deux victoires contre So et Anand, avant d’affronter un Kramnik en grande difficulté depuis le début de la journée. C’est le moment que je choisis pour faire n’importe quoi, en perdant toute objectivité. A ma décharge, je sentais que je puisais dans mes dernières cartouches d’énergie. C’est donc à l’arraché que j’ai fini les 3 dernières rondes du tournoi, remportant une partie horrible contre Jobava, mais perdant quasiment sans jouer contre Ivanchuk. A la dernière, heureusement que Nepo m’a bien aidé, car je ne contrôlais plus grand-chose ; même dans la position clairement gagnante, j’ai cherché à chaque coup le moyen le plus sûr et le moins risqué de continuer, tant je ne me sentais plus en état de calculer correctement.

Venir taquiner Magnus ?

A l’heure du bilan, je retiens ma bonne gestion du temps dans l’ensemble, sans doute supérieure à la plupart des autres joueurs. La contrepartie de jouer plus rapidement, c’est de devoir défendre plus de positions inférieures, voire perdantes ; on ne peut pas tout avoir ! Mais heureusement, mon niveau de résistance s’est avéré bon lui aussi. Je suis également satisfait de mon traitement des positions simples, surtout dans les blitz ou j’ai pu faire parler la technique.

La première remise des prix « 0 cravate » de l’histoire ?
La première remise des prix « 0 cravate » de l’histoire ? (Photo: Lennart Ootes / Grand Chess Tour)

Sur le plan purement comptable, je suis installé à la 2e place du Grand Chess Tour. C’est satisfaisant, même si je n’oublie pas que parmi les leaders, Nakamura a encore un tournoi rapide à disputer (Saint-Louis). L’objectif est maintenant de bien préparer le tournoi classique de Saint-Louis, afin de conforter ma 2e place, voire de venir taquiner Magnus ! Car aujourd’hui, le champion du monde est clairement plus dominateur en parties rapides, et surtout en blitz, qu’en cadence classique.

En attendant, je pars à Dortmund le 13 juillet, afin d’aller défendre mon titre au Sparkassen Chess Meeting 2017, qui se dispute du 15 au 23. J’y retrouverai notamment le tout nouveau n°2 mondial, Vladimir Kramnik !

Noir c’est noir

Le fantasque GMI georgien Baadur Jobava, qui disposait d’une wild card à Louvain, a souffert le martyre dans ce tournoi, totalisant 0.5/9 dans le rapide, et 2.5/18 dans le blitz. Interviewé après son unique victoire (contre Kramnik), il a avoué s’être consolé en visitant les bars de la ville, à la découverte des « magnifiques bières de Belgique ».

Une découverte sans doute plus précoce encore qu’il ne l’avoue, puisque dès le deuxième jour, face à Maxime, il est arrivé sur l’échiquier avec 3 minutes de retard, et une haleine fraichement houblonnée !

 

Site officiel : http://grandchesstour.org/2017-grand-chess-tour/YourNextMove

Mes parties de ce tournoi :