Trou d’air…

Trou d'air

Je suis arrivé à Wijk aan zee dix jours avant le début du tournoi Tata Steel, afin de respecter la période de quarantaine avant que le tournoi ne commence. La plupart des joueurs ont préféré faire cette quarantaine pendant le tournoi, mais j’ai pensé que ce n’était pas forcément une mauvaise idée de m’acclimater à Wijk. Je n’avais pas non plus un environnement idéal à Paris, avec pas grand-chose à faire de plus que dans la petite cité balnéaire néerlandaise. Bon, j’ai sans doute sous-estimé que 25 jours sur place, avec tous les restaurants fermés et un couvre-feu très précoce, ça allait être un peu long !

J’ai surtout manqué d’activité parce que quand je pouvais sortir dehors, soit il faisait un froid de canard, soit il y avait ce vent désagréable si typique ! Mais le plus important quand même, c’est que j’étais content de rejouer un tournoi en présentiel et de retrouver quelques repères avant la reprise des Candidats.

Concernant l’analyse globale de mon tournoi, je ne vais pas tourner autour du pot, c’est clair que ça a été un échec sur toute la ligne. A l’évidence, il y a beaucoup de choses qui n’ont pas fonctionné. Cela dit, je préfère prendre ça comme un avertissement sans frais et franchement, je ne m’attends pas à montrer ce niveau de jeu abominable aux Candidats. En tout cas, je vais tout faire pour que ça ne soit pas le cas 🙂 .

Dans l’ensemble, je n’ai pas obtenu les positions que je souhaitais et même dans les rares cas où je les ai obtenues, je faisais rapidement des erreurs qui venaient tout gâcher.

En début de tournoi, la situation ne semblait pas si terrible, avec 4 nulles d’affilée certes, mais sans perdre et en ayant eu des occasions, notamment contre Anton et contre Firouzja. C’est vrai que ça aurait pu changer mon tournoi, mais de manière générale, de toute façon, mon niveau de jeu était trop faible pour qu’on puisse se dire que ça s’est joué sur des détails ; ce n’est pas du tout le cas, et la vérité est que j’ai montré trop de lacunes.

Tournoi épouvantable, mais toujours un sourire (photo: L.Ootes).

D’abord, dès le début j’ai senti que je n’avais pas les mêmes repères qu’à l’accoutumée et que clairement, il y avait quelque chose qui clochait. La longue interruption des tournois physiques, l’isolement et la quarantaine à Wijk, une préparation compliquée pour les Candidats, tout ça a joué évidemment…

Ensuite, j’ai repris de mauvais réflexes quand le tournoi a commencé à mal tourner ; envie de se refaire, prises de décision précipitées, perte de motivation… Mais quoi qu’il en soit, j’ai commis des fautes de calcul qui ne doivent pas arriver, ainsi que des erreurs de jugement qui ne doivent pas non plus arriver.

Du coup, j’ai rarement eu l’occasion d’exprimer mon jeu. Une des rares parties où j’ai eu cette occasion, c’était contre Giri et même là, je me suis retrouvé en difficulté à partir d’une position qui avait l’air tellement prometteuse !

Giri-Mvl, Ronde 9.

Ici, j’ai sacrifié pion et qualité, mais les blancs ne peuvent plus bouger une pièce ! Mais pas de chance, la position reste objectivement équilibrée et j’ai malheureusement cherché à prendre l’avantage à tout prix.

C’est la raison pour laquelle j’ai joué 34…b4?! après 15 minutes de réflexion parce que, pour parler clairement, je ne voulais pas faire nulle et qu’il n’y a pas grand-chose d’autre à entreprendre. Après 35.axb4 Dxb4, j’ai principalement regardé 36.Ta4, alors que son coup 36.d6 était plus critique. J’ai continué par 36…Tb8 (peut-être 36…Fe6!?) 37.Ta3, et ici je devais trouver le seul coup qui tient la baraque, 37…Db5!, ce qui est quand même, vu ma position trois coups avant, assez incroyable 🙂 . Je ne l’ai pas trouvé et ma position s’est vite écroulée après 37…Db7? 38.Rc1! Dd7 39.Dd5 Fxd6 40.Ta6! (1-0, 70 cps).

Au lieu de passer à -1, je me suis donc retrouvé à -3 à 4 rondes de la fin, plombant définitivement mon tournoi.

Malgré mon résultat final déplorable (5/13), c’était agréable de pouvoir retrouver tous les joueurs que je n’avais pas vu en face de moi depuis un certain temps 🙂 . Et je trouve que l’organisation a été au niveau des exigences du moment – pourtant très élevées – et ce même si la gestion par l’arbitre de la dernière partie du tournoi laissait à désirer (intervention en fin de partie Firouzja-Wojtaszek pour changer de table) ; mais à l’évidence, ça ne méritait pas le torrent de méchanceté gratuite qui s’est déversé sur les organisateurs par la suite.

Un petit mot pour Jorden Van Foreest, qui a défié tous les pronostics et s’est imposé de façon convaincante devant son public (virtuel).

En conclusion, je dirais que ce tournoi a mis en évidence le fait que j’ai encore beaucoup de choses à améliorer. Je dispose de deux bons mois de préparation en perspective pour les Candidats, puisque si l’on n’a pas à ce jour de garanties sur les dates exactes, tout indique que le tournoi reprendra dans la deuxième quinzaine d’avril en Russie.

Avec maintenant une échéance claire qui se dessine à l’horizon, je sais ce qu’il me reste à faire…

Les parties de Maxime :

Pendant le précédent tournoi du Champions Chess Tour, la qualité de l’air respiré chez eux par cinq des participants a été mesurée (Carlsen, So, Giri, Harikrishna et Mvl). Les détecteurs traquaient le Co2, la température, ainsi que les taux d’humidité, de composés organiques volatiles, et de radon.

Et sur la durée du tournoi, c’est Maxime qui a bénéficié de l’air le plus sain en moyenne. Coïncidence ou pas, Airthings remarque que c’est également celui des cinq qui a été le plus loin, terminant à la troisième place du tournoi !

L’Indien Harikrishna était le mauvais élève du lot, comme vous pouvez le constater sur les chiffres ci-dessous…

Qualité de l’air chez MVL pendant le tournoi Airthings
Qualité de l’air chez Harikrishna pendant le tournoi Airthings

Mon baptême de l’air

Mon baptême de l’air

Pas le mien, certes, mais celui de mon air – l’air de mon appartement parisien. En effet, le sponsor du deuxième tournoi du Champions Chess Tour était la société Airthings, spécialisée en analyse de l’air ambiant. Du coup, tous les participants avaient reçu un petit boîtier permettant aux commentateurs de donner un aperçu régulier de la qualité de l’air respiré par les joueurs 🙂 . Avec environ 800 ppm en CO2, je crois que j’étais dans la bonne moyenne !

Le tournoi Airthings était le premier des 3 Majeurs du circuit, garantissant une dotation doublée en prix et en points du Tour. Cela dit, en termes de préparation, pas facile de commencer un tournoi juste après avoir fêté Noël 🙂 .

De manière générale, je n’ai pas très bien joué dans les Préliminaires, surtout que j’ai raté les quelques opportunités que j’ai eues.

PHASE PRELIMINAIRE

Je dois ma qualif à un miracle de dernière minute, conjuguant une improbable (et unique) victoire de dernière ronde avec les noirs contre Grischuk avec d’autres résultats – tous en ma faveur ! Qualifier 8 joueurs sur 12 participants, ça paraît beaucoup, mais au final, comme j’ai eu un accident ronde 4 contre Nepo, je me suis retrouvé un peu en difficulté. J’ai réussi à obtenir d’autres occasions contre Dubov et Aronian, mais je n’ai finalement marqué qu’un point sur ces trois parties ! Donc après huit rondes j’étais toujours à -1 sans victoire. Il était clair que ça n’allait sûrement pas suffire, d’autant que ma dernière journée s’annonçait difficile. J’ai d’abord perdu contre Giri une partie dans laquelle on était tous les deux all-in, avant d’opérer un sauvetage inespéré contre Radjabov et de finir sur ce gain contre Grischuk.

Le tournant pour moi aura donc été cette 4e ronde, ou non seulement j’ai raté un gain direct, mais en plus j’ai même fini par perdre cette partie !

Mvl-Nepo, Ronde 4.
Mvl-Nepo, Ronde 4.

Malgré son spectaculaire coup de Tour en h2, Nepo a son Roi dans un réseau de mat, et le simple 37.Txg6! aurait mis un terme à la partie : si 37…Txf2 38.Tf6+ Rg4 39.Cxf2+, et si 37…Tf8 38.Txh2 Fxe4+ 39.Rc3 Fxg6 40.Tf2+ (le coup que j’ai oublié) récupère la Tour, avec dans les deux cas une qualité nette de plus.

A la place, j’ai joué 37.Txh2? Fxe4+ 38.Rd2, mais la finale n’est pas facile du tout, même si évidemment, la perte n’était pas nécessaire à la fin 🙂 . En fait, j’ai trop forcé pour gagner, et j’ai enchaîné quelques décisions risquées, parce que j’ai cru que j’aurais toujours une variante de nulle de sauvetage dans le pire des cas. Ca ne s’est pas passé comme ça et la morale est qu’il ne faut pas s’entêter à chercher ce qui n’existe pas ! (0-1, 69 cps).

Maxime en interview pour la télé norvégienne (www.championstour.com).
Maxime en interview pour la télé norvégienne (www.championstour.com).

1/4 FINALE : MVL – SO 2-1

Après cette qualif à l’arraché, mon match contre So a débuté quasiment de la meilleure des manières dans le premier set. Parce que si avec les Blancs, je n’ai pas été impérial sur la Berlinoise (malgré des positions prometteuses), j’ai en revanche causé quelques dégâts avec la Najdorf 🙂 .

So-Mvl, ¼ finale 1.2.
So-Mvl, ¼ finale 1.2.

Après une lutte d’une rare complexité et – je crois – d’une très grande qualité, nous avons atteint la position du diagramme. Impossible de résumer les 40 premiers coups autrement que par un bazar intégral sur l’échiquier après une vraie prise de risques de Wesley. Ici, c’est le coup spectaculaire 41…Tf3!, menaçant mat en un tout en coupant le rayon d’action du Fg2, qui m’a permis de faire basculer la partie pour de bon. Après 42.Dd8+ Rc6 43.Fg3 De6!, je contrôle un maximum de cases et en pratique, la position devient cauchemardesque à jouer pour les blancs. Il a immédiatement craqué par 44.Tb1? qui permet la liquidation 44…Txg2+! 45.Rxg2 Txg3+ 46.Rxg3 Dg6+ 0-1. La machine prétend que 44.Rh1! tenait encore la boutique, mais je crois que ça aurait été très, très dur pour lui de toute façon.

J’ai également gagné la deuxième Najdorf dans la dernière partie du set, après une grosse erreur de sa part dans l’ouverture.

Au deuxième set, ça a été plus compliqué, notamment avec cette défaite dans la première partie, une Grünfeld où j’ai fait n’importe quoi dans l’ouverture. Ensuite, j’ai réalisé une bonne prestation défensive, et j’ai même failli annuler. Il a très très bien défendu la Berlinoise de la deuxième partie, et n’a pas tenté sa chance dans la troisième avec les blancs. En gagnant la quatrième, j’aurais égalisé le set et remporté le match sans départages ; j’ai senti que j’avais un très gros avantage, mais je ne suis pas parvenu à concrétiser. Ensuite, je me suis même retrouvé moins bien parce que j’ai trop forcé, puis complètement perdant. Mais c’est au moment où ça devenait plus facile pour lui qu’il m’a laissé revenir dans la partie, en perdant ses pions les uns après les autres, jusqu’à devoir transposer dans une finale inférieure. Mais bravo pour sa ténacité dans cette finale de Fous de couleurs opposées qui semblait très délicate à tenir (1/2, 92 cps).

Du coup, dans les départages, j’ai pu frapper sur la Berlinoise, avant de perdre le blitz retour en ratant un coup évident dans l’ouverture.

So-Mvl, Blitz 2.
So-Mvl, Blitz 2.

Ici, 12…e4! réfutait l’ouverture blanche en forçant l’horrible 13.Cg1 (13.Dxe4? Ff5!). Après ce raté et 12…Te8? 13.Fxc5 e4 14.Cd4, je n’ai jamais eu assez de compensation pour le pion (1-0, 34 cps).

Tout allait donc se décider sur l’Armaggedon. Beaucoup ont été surpris du choix de So de prendre les blancs, alors qu’on connaît sa solidité et sa capacité à faire nulle. Mais je sentais qu’il opterait pour la minute de plus et le trait, car il avait été en difficulté avec les noirs dans notre match, et défendre une Berlinoise avec 4 minutes contre 5, bon courage ! Je comprends bien que d’une manière générale, l’échantillon est plutôt en faveur des Noirs jusqu’à présent, mais ce n’est qu’un petit échantillon et il faut tenir compte des spécificités de chaque confrontation. En tout cas, je pense que son choix se justifiait pleinement, et si ça avait été à moi de le faire, dans une situation finalement un peu symétrique, j’aurais opté également pour les blancs. Du coup, j’avais donc une décision forte à prendre moi aussi, car j’avais également été en difficulté avec les noirs dans les Anti-Grünfeld. J’ai donc finalement pris le pari du changement – certes risqué – vers un Hérisson, théoriquement plus solide. J’ai souffert, ça n’a pas été parfait, mais j’ai tenu la nulle et gagné le droit d’affronter l’ami Levon en demi-finale.

Le studio principal des commentateurs à Oslo (www.championstours.com).
Le studio principal des commentateurs à Oslo (www.championstours.com).

1/2 FINALE : MVL – ARONIAN 0-2

J’ai tout de suite été dans le dur suite à une première défaite avec les blancs, après avoir clairement surévalué ma position ; à noter la très efficace conversion de Levon.

Ensuite, il y a eu deux nulles, la deuxième étant une vraie performance défensive de sa part, avec en plus peu de temps à la pendule. La dernière partie du premier set était donc pour moi un must win avec les noirs, qui ne peut pas marcher à tous les coups 🙂 .

Je n’ai pas eu tant de problèmes lors du deuxième set. Mais encore une fois, Levon a très bien défendu, et c’est vrai qu’il a gagné ce match sur sa qualité à tenir les positions inférieures, puisque je n’ai jamais réussi à scorer contre la Berlinoise. Ca aurait pu passer au moins une fois s’il n’avait pas accompli de petits miracles en défense. Notamment dans la deuxième partie, avec tous ses pions faibles et les Fous de couleurs opposées.

Dans la troisième partie, qui s’avérera être la dernière, un choix trop rapide dès l’ouverture m’aura été fatal :

Aronian-Mvl, ½ finale 2.3.
Aronian-Mvl, ½ finale 2.3.

Ici, je savais que c’était 8…Fg7 le coup, mais j’ai rapidement décidé d’échanger en d4 d’abord, pour lui enlever des options comme 9.c4 (qui n’aurait d’ailleurs pas été bon). Mais après 8…cxd4? 9.Dxd4! (la mauvaise nouvelle, au lieu de 9.cxd4 Fg7 qui transpose dans une variante normale), je me suis retrouvé obligé d’échanger les Dames, ce qui n’est vraiment pas l’idée de la position 🙂 ; 9…Dxd4 10.cxd4 Cc6 11.Cf3 et les blancs sont tout simplement mieux. Ensuite, j’ai défendu comme j’ai pu – plutôt ingénieusement d’ailleurs – jusqu’à finalement craquer au moment où la nulle était à portée de mains !

Aronian-Mvl, ½ finale 2.3.
Aronian-Mvl, ½ finale 2.3.

Dans cette position, j’ai raté une liquidation simple parce qu’elle n’avait pas été possible quelques coups auparavant lorsque le Roi était en e7 à cause de Rd4 Rf6 / Fd3 et les noirs sont empêchés de jouer …e5. Mais ici, tout bêtement 67…Fxc5! 68.dxc5 Fxa4 69.Fd3 (69.Rd4 Rf5 =) 69…e5! 70.f5 Fd7 suivi de 71…Fxf5 et on peut signer la nulle. Mon coup de la partie 67…Re7 n’était peut-être pas définitivement perdant, mais c’était trop compliqué à défendre et Levon a remporté le deuxième set et scellé le sort du match (1-0, 113 cps).

Tableau de la phase KO du Airthings Masters (www.championschesstour).
Tableau de la phase KO du Airthings Masters (www.championschesstour).

MATCH POUR LA 3e PLACE : MVL – DUBOV 1.5-0.5

Je dois avouer que je ne suis pas un fan des petites finales car l’aspect compétitif retombe après une défaite en demi-finale, et c’est là que la fatigue se fait vraiment ressentir d’ailleurs. Je n’ai donc pas pris énormément de plaisir dans ce match car je n’arrivais pas à me motiver.

Après, je comprends quand même l’idée d’instaurer un match pour la troisième place. Ce n’est pas un marathon non plus, comme l’avait été mon match contre Yu en Coupe du Monde 2019, prévu sur une semaine 🙂 .

J’ai quand même réussi à avoir un sursaut de motivation et d’énergie dans le premier set, après avoir été mené sèchement 0-2.

Mvl-Dubov, Match 3e place 1.3.
Mvl-Dubov, Match 3e place 1.3.

Ici, j’ai d’abord cherché un gain sur le naturel 27.Dd5, mais je n’ai pas trouvé ; 27…Dxd5 28.Txd5 b4 29.Tb5 Fc3 30.Rf1 et on a l’impression que les blancs vont gagner en ramenant le Roi, mais en fait ça ne suffit pas : 30…Ta6! 31.Re2 b3 32.Rd3 (32.Tc5 Ff6! 33.Rd3 b3 et je ne trouvais pas non plus comment gagner avec le pion noir qui arrive en b2) 32…Fe1! et je n’ai pas vu comment progresser ; si 33.Te5 Fb4, et sinon je ne peux jamais jouer Rc4 à cause de …b2!, échangeant les pions a et b. Un échange qui ne serait pas possible avec le Roi en d3 à cause de …b2?/Rc2, mais les noirs se contenteraient alors de ne rien faire, et je n’ai pas de moyen de progresser. Du coup, j’ai revu la position initiale, et j’ai trouvé 27.Dd3!, qui bloque le pion b plus loin. Après 27…Dxd3 (sur un coup comme 27…Dc4, 28.Df3! et le pion a devient monstrueux) 28.Txd3 b4 et j’ai maintenant pu amener le Roi de façon décisive : 29.Rf1 Rf8 30.Re2 Fc3 31.Rd1 Re7 32.Rc2 Re6 33.Rb3 (1-0, 51 cps).

Dans la dernière partie du set, une nulle avec les blancs lui suffisait, mais je crois que ce n’est pas le genre de Dubov de changer son jeu. Lui, il joue sa partie normale – c’est-à-dire tendue – et il se moque du résultat. Du coup, il a opté pour un sacrifice de pion dans la Sicilienne 3.Fb5+. J’ai fait une faute et il a eu immédiatement une position objectivement écrasante, mais encore complexe dans le sens où on a presque trop d’options séduisantes avec les blancs. Il n’a pas choisi le plus radical, et la position a alors basculé dans l’irrationel, un cadeau du ciel quand on est en must win avec les noirs ! J’ai fini par l’emporter et égaliser 2-2 dans le premier set, un petit miracle qui n’était pas mérité du tout.

Au deuxième set, j’ai commencé par gagner la première avec les noirs à partir d’une position à nouveau perdante à cause de la même combinaison « fatigue = jeu trop rapide ».

Mais ma qualité dans les cadences courtes, c’est de savoir compliquer la position au maximum, même dans les situations les plus désespérées ; et là, ça a payé. Il faut bien qu’il y ait un avantage à jouer vite, quand même !

Dans la deuxième partie, j’ai réussi à me retrouver moins bien sur l’Italienne avec les blancs. Mais là, pour le coup, j’ai pris une bonne décision pratique en donnant tout de suite un pion pour m’en sortir sans trop de dommage et annuler.

Dans la troisième, j’ai tenté de jouer plus solide et puis finalement, j’ai fait un truc incroyable dans la position suivante :

Mvl-Dubov, Match 3e place 2.3.
Mvl-Dubov, Match 3e place 2.3.

J’ai rejeté instinctivement 23…Dxe4 à cause de 24.Dh5, alors que le simple 24…Ce5! 25.Dxh6 Dg6 26.Dxg6+ Cxg6 suffisait, car avec le contrôle de la case e5, je ne risque rien dans cette position simplifiée. Après cette erreur, j’ai encore dégradé ma position et fini par le laisser égaliser le set (1-0, 59 cps).

Heureusement, j’ai repris mes esprits dans l’ultime partie avec les blancs, et j’ai su prendre mon temps aux bons moments. Je ne crois pas que j’aurais été capable de garder ma pleine concentration sur les 4 parties, mais sachant que ça pouvait être la dernière, je suis parvenu à me focaliser. (1-0, 46 cps).

Au final, je termine 3e du tournoi, et consolide une correcte 5e place au classement du Tour. Il faudra que je m’améliore dans la phase Préliminaire, car je suis passé très proche de la trappe dans chacun des deux premiers tournois. Prochaine étape du Tour, désormais appelé Meltwater Champions Tour, du 6 au 14 février.

Le classement du Tour après deux tournois (www.championsschesstour).
Le classement du Tour après deux tournois (www.championsschesstour).

Pour finir, un petit mot sur cette année 2021 qui débute. On reste évidemment un peu dans le flou de la pandémie, notamment par rapport à la reprise des Candidats. C’est bien sûr l’échéance que j’ai en ligne de mire, même si on attend encore de connaître les modalités, le lieu, les dates etc… Clairement, ce sera l’objectif principal de mon année. Enfin, si je gagnais le tournoi, il y aurait alors un nouvel objectif encore plus important qui se dessinerait pour la fin de l’année 🙂 .

En attendant, il y a un certain nombre d’autres tournois qui vont réapparaître, en plus du circuit en ligne du Meltwater Champions Tour, et je pressens que le calendrier de l’année va être bien chargé !

En tout cas pour commencer 2021, je serai heureux de faire mon retour devant l’échiquier à l’occasion d’une compétition de l’Elite à Wijk aan zee. Je n’y suis pas retourné depuis l’édition 2015, que j’avais terminée à la 2e place – un demi-point derrière Carlsen.

Je suis arrivé ce jeudi 7 dans la petite station balnéaire néerlandaise, où une dizaine de jours de quarantaine m’attend avant le démarrage le 16 janvier 🙂 .

Ce tournoi va me permettre de renouer avec ma mécanique de réflexion devant l’échiquier, qui est évidemment assez différente de celle que l’on déploie lors des compétitions en ligne.

Les parties de Maxime :

Dans le cadre du Téléthon en décembre dernier, Maxime s’est associé à l’opération « Stars Solidaires », une tombola permettant de gagner des lots offerts par les personnalités. Aux côtés de nombreux artistes, mais aussi de très grands noms du sport français – M’Bappé, Parker, Gasly… – Maxime a contribué à la récolte globale de près de 2.2M€ au profit du Téléthon, grâce à 600 billets vendus sur son nom. Il aura le plaisir de recevoir en février le gagnant de son lot, Benoît, pour une masterclass privée.
Article sur l’implication des sportifs français : https://oran.ge/3pXOHcb

Carlsen ça passe, Naka ça casse

Comme tous les ans, la plateforme www.chess.com a organisé en novembre-décembre son Speed Chess Championship, et la grande nouveauté 2020, c’était évidemment le retour de Carlsen dans cette compétition, après plusieurs années d’absence. 16 joueurs, format knock-out, chaque match consistant en un duel de parties de plus en plus rapides : 90 minutes de 5’, 60’ de 3’, et 30’ de 1’, avec un incrément unique d’une seconde pour chacune des cadences ; telle est la recette du Speed Chess…

J’aime beaucoup l’idée d’avoir un format à élimination directe. Ce format est excellent, à une chose près, et c’est le reproche principal que j’aurais à faire. Comme on est limité en temps, certes si le match est serré, c’est vrai qu’il sera de toute façon sympa à suivre. Mais s’il est vraiment trop déséquilibré, au bout d’une heure et demie il peut être virtuellement terminé, auquel cas on rejoue encore une heure et demie pour rien. Dans ce cas, les joueurs ne prennent pas de plaisir à disputer la fin du match, et les spectateurs non plus. Alors moi, j’ai eu de la chance cette année, avec des matchs assez serrés qui se sont tous décantés dans la dernière heure. Certes, c’est aussi parce que j’ai pas su tuer certains matches 🙂 . Mais dans certains cas, cette édition 2020 a donné des confrontations qui n’étaient pas forcément plaisantes à suivre.

Autre argument, le fait que les joueurs aient la possibilité de ralentir le jeu volontairement. Par exemple en tournant en rond dans une position qui le permet lorsque l’on mène au score. Que ce petit subterfuge soit utilisé par les joueurs, c’est normal, mais la possibilité ne devrait pas leur être offerte de le faire. Du coup, pour ces deux raisons, je ne comprends pas pourquoi on ne part pas sur des sets plutôt que sur des durées de temps prédéfinies. Avec également un mix de toutes les cadences, en trois sets gagnants. Si le match est serré, ça durera de toute façon 3 heures, et si ce n’est pas le cas, alors le match sera plus court mais le vainqueur – par exemple 3-0 ou 3-1 – sera incontestable.

Cette réserve faite, un tel tournoi, avec quasiment tous les meilleurs, c’est sûr que c’est sympa à jouer. Ca donne des matches de qualité dans l’ensemble, si l’on excepte certaines confrontations des premiers tours trop déséquilibrées.

Evidemment, le Speed Chess ne peut pas être comparé à certains tournois majeurs, comme le Tata Steel prochainement ou les Candidats. Mais mine de rien, il y a quand même une dimension assez importante à jouer ces matches, à essayer de se mesurer à tous les meilleurs joueurs mondiaux sur des formats quand même plutôt longs, donc assez significatifs. Donc pour moi, une victoire comme celle contre Magnus, ça signifie quelque chose 🙂 .

1/8e FINALE : MVL – SARIN 16.5-11.5

Un appariement piégeux, contre le jeune Indien, toujours très dangereux.

J’ai pris progressivement le large, avec notamment quatre points d’avance après 11 parties ; et c’est là que je l’ai laissé un petit peu trop revenir dans le match, jusqu’à seulement deux points d’écart dans le Bullet. Après, je me suis quand même ressaisi et j’ai repris deux, puis trois points d’avance, en enchaînant notamment trois victoires de suite.

Mvl-Sarin, 5e partie Bullet.

C’est la partie vraiment critique parce que, même si j’ai eu une très bonne position à certains moments, il a eu une belle occasion de revenir à seulement -1.

Après 37.Txa7?? qui était une gaffe, il a joué 37…Fe2?? 38.Te7 (ouf!), laissant passe la balle de -1 par 37…De3+! 38.Df2 (38.Rf1 Fh3 ou 38.Rh1 Fh3 gagne le Cd2) 38…Dxf2+ 39.Rxf2 Txh2+ et la Td8 va intervenir pour gagner le Cd2.

1/4 FINALE : MVL – ARONIAN 14.5-12.5

De manière générale, je trouve que les ouvertures se sont bien passées, notamment avec les Noirs, même si j’ai eu quelques difficultés sur les espèces de Siciliennes fermées. Ensuite d’ailleurs, Carlsen et surtout Nakamura, ont repris ce schéma contre moi.

Encore une fois dans ce match, je n’ai pas réussi à faire des différences. Notamment, j’avais trois points d’avance à un moment, et j’ai perdu les trois dernières parties noires du segment 3′, et assez bêtement au final. Même si ce n’est pas interdit de perdre des parties contre Aronian, quand on est à +3, on n’a pas le droit de finir à 50% !

Mvl-Aronian, 3e partie 3’.

C’est la partie qui m’a donné l’avantage initial dans le segment en 3 minutes, conclue de jolie façon : 28.c5! (la menace principale est 29.Tb6 suivi de Dxb3+ gagnant une Tour) 28…Db4 29.Cxe5+! (la réfutation !) 29…fxe5 30.Dxe5 Ta7 (malgré le rappel des pièces en défense, le Roi noir reste trop exposé) 31.Td4 Db5 32.De6+ Rf8 33.Tf4+ Re8 34.c6! (le plus efficace, menaçant mat en g8) 34…Rd8 35.Dd6+ 1-0 (35…Re8 36.c7 est léthal).

1/2 FINALE : MVL – CARLSEN 13-11

L’affiche du match.

C’était un match très chaud ! Après deux premières parties difficiles où les positions n’ont pas vraiment tourné comme je le voulais, j’ai eu un petit coup de pouce dans la troisième, qui était en train de dégénérer elle aussi. Heureusement, Magnus a un peu vendangé son avantage, et a même fini par perdre au temps ! C’est d’ailleurs le point fort que j’ai pu montrer dans ce match, jouer vite et poser des problèmes concrets quasiment à chaque coup.

Après ça, j’ai réussi à imposer mon jeu, et à placer des peaux de banane à peu près à chaque partie, avec un taux de réussite conséquent. Malgré tout, je n’ai jamais réussi à créer un écart conséquent. Souvent, j’étais à +2, jusqu’à monter à +4 dans les Bullet. Là, ça aurait dû être terminé, mais j’en ai perdu trois de suite, même si ça s’est joué à pas grand-chose. Heureusement, j’ai réussi à bien me ressaisir pour la toute dernière partie décisive, que j’ai été content de gagner 🙂 .

Sur la physionomie du match, je pense que le résultat final est assez logique, chacun d’entre nous ayant eu sa part de réussite.

Je retiens également que toutes les parties ont duré très longtemps. 24 parties, c’est vraiment pas beaucoup, ça montre que toutes les parties ont été disputées. Car même si je jouais vite, je le rattrapais souvent au temps sur la fin, soit pour bien conclure, soit parce que la position s’était dégradée.

Ce qui m’a bien aidé, c’est d’avoir fait vite la différence dans le Bullet. Du coup, même quand il est revenu en trombe sur la fin, j’ai pu conserver quand même une avance minimale. Du coup, le 4-4 dans la phase Bullet me paraît justifié, et si je devais choisir, je dirais que le tournant du match a été la dernière partie du segment 3’.

Mvl-Carlsen, 8e partie 3’.

Ici, j’ai joué 23.e6, qui est un coup traître après le normal 23…fxe6 24.Tg4. 24…Ce7?? est une gaffe, mais c’est tellement naturel puisque tu t’attends à 25.Txg7 Txg7 26.Fxg7, et que tu préfères avoir le Cavalier en e7 plutôt qu’en f8 ou h8 ! Ce qui explique que tu rates cette petite finesse 25.Cxc5 Txc5 26.Fa3 qui gagne une pièce. C’est un exemple du jeu basé sur les ressources tactiques que j’avais décidé de mettre en place pour ce match.

FINALE : MVL – NAKAMURA 12.5-18.5

J’étais évidemment très motivé pour cette finale, avec l’idée de confirmer ma prestation contre Carlsen, même si je devais rejouer le lendemain, tandis que l’autre demi-finale avait eu lieu 72h plus tôt.

J’ai trouvé que le niveau avait été très élevé dans cette finale. Il y a eu peu de gaffes, même si j’ai entamé le match en donnant une Tour en un coup ! En fait, j’ai toujours réussi à revenir au score et j’étais plutôt content de mon jeu. Le seul problème, mais c’est toujours le danger sur un match de 3 heures, c’est de perdre certaines parties trop facilement. Il y en a au moins deux ou trois, et c’est déjà beaucoup à ce niveau. Parce que les parties que je gagne, je dois aller les chercher – à cause de sa constance – tandis que lui a eu quelques points faciles. En revanche, j’ai été ultra résistant sur certaines parties, notamment la dernière du segment 5 minutes, que je dois perdre 50 fois et que j’ai finalement remportée, ce qui m’a permis de rester dans le match.

Le duel est resté très chaud jusqu’au début des Bullet, où je gagne les deux premiers ; de bonne manière en plus… Ensuite il est revenu à +1 sur l’ensemble du match, et je pense que le tournant a été le 6e Bullet :

Mvl-Nakamura, 6e partie Bullet.

Je sentais que j’avais une très bonne position. Mais avec seulement 17 secondes à la pendule, j’ai regardé 34.Ce8, 34.Cf7+, 34.Te7 et 34.Fxg7+ que j’ai finalement choisi, mais je n’ai pas eu le temps de trouver le décisif 34.Te8! Txe8 35.Fxg7+ (35.Cxe8 b1=D 36.Fxg7+ Rh7 37.Df7! gagnait aussi élégamment) 35…Rxg7 36.Df7+ Rh8 37.Cxe8 Dc3 38.Cf6. A la place, j’ai dû défendre une finale nulle, mais très désagréable, après 34.Fxg7+? Txg7 35.Cxc8 Dxc8 36.Db5 Dc7+ 37.g3 Db7 38.De8+?! (38.Te8+ Rh7 39.Tb8! était une nulle immédiate) 38…Rh7 39.Tb1. Avec seulement une seconde d’incrément, je n’ai pas pu résister aux manoeuvres infernales d’Hikaru ; ce n’est pas une critique, j’aurais fait la même chose à sa place 🙂 .

Mvl-Nakamura, 6e partie Bullet.

Après avoir joué Rg2-h2 pendant une douzaine de coups consécutifs tandis qu’Hikaru bougeait ses pièces lourdes sans but apparent, il a finalement joué ici le petit coup 55…Rg7, et après 56.Rh2?? (aargghh !) 36…Txh4+.

Au lieu d’être à égalité, je me suis donc retrouvé à -2 à 10 minutes de la fin, un handicap trop lourd face à un tel spécialiste de la cadence.

Le classement final.

Maintenant, je veux confirmer mes progrès réalisés dans le jeu en ligne, ce dont j’aurai bientôt l’occasion avec le deuxième tournoi du Champions Chess Tour, qui débute juste après Noël (« Airthings Masters », à partir du 26 décembre).

Et il me tarde aussi de retrouver les échiquiers « physiques », ce qui sera le cas à Wijk aan zee (Pays-Bas), à l’occasion du Tata Steel qui débute le 16 janvier. À noter que je serai présent sur place dès le 5 janvier pour une période de pénitence de dix jours, conformément aux règlements sanitaires néerlandais 🙂 .

Les parties de Maxime :

Absol est un Youtubeur renommé en France, dont la particularité est d’avoir une chaîne principale (Absol Videos, 407k abonnés), mais aussi une chaîne secondaire (Absol Human, 45k abonnés), sur laquelle il publie notamment ses parties d’échecs contre différents invités. Il y a quelques semaines, Maxime est allé lui rendre visite et disputer trois parties contre lui. Pour pimenter les choses, le champion français jouait avec un handicap certain, à savoir sans sa Dame ! Un sacré défi contre un joueur de niveau club qui n’est pas un absolute beginner…

Si vous voulez revoir les vidéos, c’est par ici :

https://www.youtube.com/watch?v=xOjt0l71BaY (Partie 1)

https://www.youtube.com/watch?v=5TV2iCqLn-4 (Partie 2)

https://www.youtube.com/watch?v=QTmAVCSVrwU (Partie 3)

C’est reparti pour un Tour !

Skilling open

Magnus Carlsen voit toujours grand. Après le Carlsen Tour né de la pandémie, lui et ses associés ont décidé de remettre le couvert avec un nouveau Tour en ligne, le Champions Tour. Cette fois étalé sur près d’un an, il sera constitué de 10 tournois disputés en un format unique de neuf jours. Le premier d’entre eux, disputé fin novembre, était le Skilling Open. Dans l’ensemble, j’ai trouvé que la compétition avait été très bien suivie, avec pas mal de spectateurs ; pas mal de soutien pour moi également, ce qui m’a bien sûr aidé.

Ce circuit m’offrant la chance de montrer que je peux faire mieux que lors du précédent Tour en ligne, j’ai décidé d’aborder la compétition de façon assez sérieuse, avec notamment plus de rigueur et de préparation 🙂 . Clairement, j’étais mieux armé à tous les niveaux pour ce tournoi. Je voulais vraiment voir si j’arriverais à rivaliser un peu avec les meilleurs cette fois-ci 🙂 .

Globalement, je suis plutôt satisfait du niveau de jeu que j’ai montré, notamment en défense. Ca s’est également mieux passé dans les ouvertures, où je suis pas mal revenu vers mes lignes favorites, Najdorf et Grünfeld.

C’est vrai que dans cette période où il n’y a pas beaucoup de tournois physiques, ce Tour est le bienvenu. Après, le danger d’un circuit aussi dense, composé de 10 tournois – même si sans doute personne ne les jouera tous – c’est la fatigue. Mine de rien, ces compétitions-là sont très éprouvantes en termes d’énergie. A peu près cinq heures de jeu chaque jour – et ce ne sont pas cinq heures de jeu en partie longue. Ce sont cinq parties consécutives, et c’est beaucoup ; ça fait cinq fois plus de moments-clé, de moments intenses, avec parfois des retournements de situation. C’est évidemment très, très compliqué à gérer.

PHASE PRELIMINAIRE

Même si j’ai fini la première journée des Préliminaires à -1, j’étais quand même content, dans le sens où je savais que j’étais présent, et que si je gardais ce niveau de jeu, j’allais me qualifier. Paradoxalement le deuxième jour, je ne peux pas dire que j’étais tellement satisfait même si j’ai gagné deux parties, car je sentais que je commençais à manquer d’énergie en fin de journée.

C’étaient en fait les prémices de ce qui allait se passer ensuite, notamment en quarts le deuxième jour. Lors de la troisième journée, le tournant aura été ma partie contre Svidler :

Svidler-Mvl, Ronde 13.

Dans cette position très complexe tactiquement, j’ai joué 21…Rg8 parce que sur 21…Ff6, je craignais 22.e5! (mais pas 22.Ce6+ Re7 23.Cxc7?? cxb2+ 24.Rb1 Ca3 mat !). Après 22.De6+ Rh7, j’aurais pris la nulle en cas de 23.Df5+ Rg8 car je ne me voyais pas tenter le risqué 23…Rh6!?. Mais Peter a préféré continuer par 23.Fh3 (sur l’autre façon de ne pas répéter les coups 23.b3, je voulais 23…Da5, et même le vicieux 23…Cde5!? était possible). C’est là que j’ai commis l’irréparable avec 23…Ff6? ; difficile de justifier pourquoi je n’ai pas pris en b2 sur échec avant, mais je croyais juste que j’avais le temps et qu’il ne pouvait jamais jouer b3. Or, après 24.Ff5+ Rh6 25.b3!, je suis tout simplement perdu parce que la réplique planifiée 25…Da5 se heurte à 26.Tdg1! qui donne la case d1 au Roi blanc tout en bouclant l’attaque de mat (1-0, 40 cps).

Contre Ding Liren à l’avant-dernière ronde, il y a eu un moment intéressant en finale de Fous de couleurs opposées.

Mvl-Ding Liren, Ronde 14.

Ici, Ding a joué 43…Ff2 et a attendu que mon Roi coulisse vers f5 avant de jouer …b6 (Nulle, 50 cps). C’était le choix le plus pertinent parce que l’impression qu’il existe une forteresse en jouant simplement 43…b6? 44.Fg4 Fe3 45.Rc6 Fd2 46.Rxb6 Fb4 est une illusion. Ceux qui ont un peu étudié ces finales remarqueront vite que la rupture en b4 est dans l’air ! Il faut préparer ce coup correctement, et si elle n’est en aucun cas forcée, la longue variante qui suit illustre bien que la forteresse ne tient certainement pas : 47.Rc6 Fa3 48.Rd5 Fb4 49.Re5 Fc3+ 50.Rf5 Fd2 51.Ff3 Fe1 52.Fd5 Fd2 53.Rg6 Fe3 (54.b4! suivrait de toute façon sur n’importe quel autre coup) 54.b4! cxb4 55.c5! Fxc5 56.Rxh6 Rf6 57.Rh7 Fe3 58.Rg8 Fh6 59.Fb3 Re7 (59…Fe3 60.Rf8 Fc5+ 61.Re8) 60.Rh7 Ff4 61.Rg6 Fe3 62.h6 Fd4 63.h7 Fc3 64.Rf5 Fb2 65.Re4 Rd6 66.Fd5 b3 (tôt ou tard forcé pour avoir …Fc3, car sinon les blancs jouent Rd3-c4-b5-xa5 et gagnent avec le pion a) 67.Fxb3 Fh8 68.Fd5 Fg7 69.Rd3 Fh8 70.Rc4 Fg7 71.Rb5 Fc3 72.h8=D Fxh8 73.Rxa5 Ff6 74.Fa2 Rc5 75.Ra6 Rc6 76.a5 avec un gain trivial.

C’est finalement une défaite d’Alireza Firouzja lors de la dernière ronde qui me permettra de me qualifier pour les quarts de finale à ses dépens.

Dans cette phase préliminaire, je pense que je n’ai pas été très bien payé. Certes, je me suis qualifié un peu par miracle à la fin, mais ils clair qu’au vu des parties, j’aurais pu le faire de façon beaucoup plus confortable.

¼ FINALE : MVL-NAKAMURA

Objectivement, ce match s’est avéré vraiment pas clair et très tendu, et aurait pu basculer dans un sens ou dans l’autre. J’ai remporté le premier set un peu à l’arraché avant de m’effondrer dans le deuxième, mais j’ai quand même eu des opportunités dans le tie-break, que j’aurais pu – et que j’aurais dû – convertir.

J’ai ouvert le score dès la première partie, dans une des variantes les plus analysées de la Berlinoise.

Mvl-Nakamura, ¼ Finale aller, 1e partie.

Dans cette exacte position, lors du Tournoi des Candidats en mars, Grischuk avait joué 26…Re7. Après une longue réflexion, Hikaru a opté pour 26…Fe6?, un mauvais coup. Je soupçonne qu’il était mal préparé ou qu’il ne s’est plus souvenu correctement des lignes. En tout cas, j’ai pu calculer la jolie séquence 27.Tf2 Td8 28.h5 Th6 29.Cxf7 Fxf7 30.Fxh6 gxh6 31.e6! Fxh5 32.g4! (déviant le Fou de la case de promotion du pion e) 32…Fxg4 (32…Fg6 33.Tf6) 33.e7 Cd7 (avec le Fou en g4, 33…Tc8? n’est plus possible à cause de 34.Tf8+) 34.exd8=D+ Rxd8 35.Tf7 avec une finale qui a l’air gagnée, mais qui n’est pas si simple du tout en réalité. Après 35…h5 36.Tg7 Cc5 37.Te5 b6, j’étais quasiment sûr que la transition directe par 38.Tg8+?! Rd7 39.Txc5 bxc5 40.Ta8 ne suffirait pas à gagner ; en effet, après 40…c4! 41.c3 (41.Txa5 c3! et le pion c2 devient trop vulnérable) 41…c5 42.Txa5 Rc6 suivi de …Rb6, il y a quand même trois pions noirs sur la colonne c, et le pion a est très bien contrôlé. Du coup, j’ai préféré commencer par 38.Rf2, et je m’attendais à 38…Ca6!, après quoi je ne sais toujours pas si les blancs peuvent gagner. J’ai cherché un peu à l’aveugle après le tournoi, mais pour l’instant je ne vois pas de point d’entrée. En revanche, après son choix malheureux de 38…a5?, j’ai pu cette fois sacrifier en c5 dans de bonnes conditions, car après 39.Txc5! bxc5 40.Tg5 Rc8 41.Txc5 Rb7 42.Txa5 Rb6 43.Tg5, les noirs ont une version de la finale avec un des pions c en moins, rendant la réalisation technique bien plus facile (1-0, 52 cps).

Maxime aux commentaires depuis son salon (www.chess24.com).

Dans la dernière partie de ce premier set, – où une nulle me suffisait – j’ai rapidement pris un avantage décisif avec les noirs. Mais Hikaru a cette qualité quand même assez impressionnante de savoir trouver des contre-chances pratiques dans quasiment toutes les situations. J’ai même failli perdre cette partie, à partir d’une position avec trois pions de plus 🙂 . Heureusement, j’ai plutôt bien défendu quand la situation menaçait de devenir critique, et j’ai trouvé les bons coups quand il le fallait.

Au final, nous avons fini par obtenir la finale suivante :

Nakamura-Mvl, ¼ Finale aller, 4e partie.

Ici, les noirs menacent de pousser leur pion g en force, mais j’ai pu calculer la séquence suivante : 45…e4 46.g5 hxg5 47. hxg5 e3 48. g6 e2 49.Te6 (sur 49.g7, j’avais d’abord vu 49…e1=D 50.gxh8=D De2+ 51.Rg3 Dxa6 avec une nulle probable, mais 49…Tg8! qui gagne est beaucoup plus efficace !) 49…Th5! et la liquidation est maintenant totale après 50.Rf2 Tf5+ 51.Re1 Tf1+ 52.Rd2 Td1+ 53.Rc2 e1=D 54.Txe1 Txe1 55.g7 Tg1 56.g8=D Txg8 57.Fxg8 Cxa2 58.Fxa2 b3+ 59.Fxb3 Nulle.

Au deuxième set, je n’étais pas dedans et ça s’est vu…

Tout s’est donc joué dans le tie-break. A l’aller, je crois qu’on a produit une partie de très grande qualité pour du blitz.

Mvl-Nakamura, ¼ Finale, tie-break aller.

Ici, je pense qu’Hikaru s’est peut-être laissé griser par la position et qu’il a voulu jouer à fond pour le gain. En tout cas, il a certainement raté le coup 36.Df6!, qui pose beaucoup de problèmes. Les blancs menacent 37.Td6 ou 37.Td8, la Td5 est imprenable à cause de 37.Dxh6, et l’échange des Dames mène à une finale misérable à cause du duo de pions f6-g7 qui étouffe le Roi noir. Après le correct et unique 36…Tc1 (empêchant la Td5 de bouger à cause du mat en h1) 37.Tf3, je m’attendais à 37…Dxf6 38.exf6 qui reste compliqué, même si mon instinct me disait que ça devait être égal. En revanche, ni lui ni moi n’avons imaginé que les noirs puissent éviter le mat après 37…Dxd5 38.Dxh6 f5! ; c’est évidemment la machine qui le démontre. Hikaru a finalement gaffé par 37…Th1+? 38.Rxh1 Dxd5 39.Dxh6! Dxf3+ 40.Rg1 f6 41.Dh8+ Rf7 42.e6+! Re7 43.Dxe8+ Rxe8 44.g8=D+ Re7 45.Df7+ Rd6 46.Dd7+ Rc5 47.e7 1-0.

Nakamura-Mvl, ¼ Finale, tie-break retour.

L’ouverture du blitz retour, où une nulle me suffisait, s’est déroulée comme dans un rêve, avec un rapide gain de qualité. Je regrette d’avoir pris cette qualité tout de suite alors que le chantage à la nulle par 23…Ca2! 24.Tc2 Cb4 l’aurait obligé à jouer 25.Tcd2 Fxd2 26.Txd2 Cd5 avec une position plus facilement gagnante. Après 23…Fxc1 24.Txc1 Cd5 25.f3, une solution de liquidation simple existait pourtant, garantissant a minima la nulle en finale… Simplement 25…Txc3! 26.bxc3 Dxb1 27.Txb1 Cxc3 28.Tb2 Cxe2+ 29.Txe2 exf3 et ça aurait été rideau sur le match ! A la place, j’ai joué 25…exf3?! 26.Fxf3 Db5?!, et dans cette position, ce n’est plus si simple en fait ; il y a déjà des contre-chances pour les blancs, basées sur la position de mon roi, sur mes faiblesses sur cases noires, sur son Fou de cases blanches quand même assez fort. Ce n’est pas facile à gérer en blitz et ça s’est vu dans la suite de la partie ! J’ai rapidement été en grosse difficulté alors que normalement, après 22…Cb4, le match doit être terminé (1-0, 54 cps).

Après cette grosse occasion manquée, je n’ai pas pu faire mieux qu’une nulle avec les blancs dans l’Armageddon. signant mon élimination du tournoi.

Le tableau final du tournoi (www.championschesstour.com).

Félicitations à Wesley So pour sa victoire finale, obtenue au tie-break contre Carlsen lui-même.

De mon côté, je suis content d’être qualifié pour le prochain tournoi du Tour, qui débutera juste après Noël. J’essaierai de faire encore mieux en termes de qualité de jeu.

En attendant, je disputerai la demi-finale du Speed Chess Championship contre Carlsen, le vendredi 11 décembre à 18h.

Les parties de Maxime :

QUEEN’S GAMBIT

La série produite par Netflix fait fureur et tout le monde en parle. Pour ma part, j’ai été dans l’ensemble agréablement surpris par la façon de dépeindre le monde des échecs, ainsi que par les scènes de parties elles-mêmes. En plus, la série est emplie de superbes images, avec une belle bande-son. Sur tous ces aspects, je n’ai presque rien à redire, d’autant que le jeu de l’actrice principale, Anya Taylor-Joy, est excellent. Mais le défaut de Queen’s Gambit, à mon sens, c’est le scénario lui-même, qui m’a paru trop léger, comme un peu bâclé. Cette réserve m’a empêché de rentrer véritablement dans l’histoire et d’apprécier pleinement la série.
J’ai eu l’occasion de donner mon avis au quotidien Libération, sur la série elle-même et sur la situation dans le monde des échecs en général. C’est à lire ici : https://www.liberation.fr/sports/2020/12/04/echecs-the-queen-s-gambit-est-le-plus-gros-coup-mediatique-depuis-deep-blue-contre-kasparov_1807526 (article payant).

Retour sur l’échiquier

Bundesliga 2020

Pour moi, cette rentrée de septembre aura été marquée par une succession de trois tournois. Le premier et le troisième n’auront pas dérogé à ce qui est devenue la nouvelle norme depuis maintenant un semestre, et se sont évidemment déroulés en ligne.

SAINT-LOUIS SHOWDOWN

Le Saint-Louis Showdown, du 11 au 13 septembre, présentait la particularité d’être disputé en Chess960, un format qui offre l’avantage de ne nécessiter aucune travail sur les ouvertures. Je me suis donc préparé très simplement, en jouant quelques parties d’entraînement contre Stockfish, dont je tairai le résultat pour ne pas entamer mon estime de soi 🙂 .

10 joueurs, un format toutes rondes sur trois jours, la présence du champion du monde Magnus Carlsen, du champion du monde 960 Wesley So, de la légende Garry Kasparov et de l’étoile montante Alireza Firouzja – voilà qui rendait la compétition très attractive ! Malgré cela, il m’aura fallu une traversée du désert de 5 parties avant de régler mon jeu. J’ai notamment perdu les trois premières, contre Carlsen, Caruana et Nakamura. Celle contre Caruana m’a fait très mal…

Caruana-Mvl, Ronde 2.

Ici, un coup normal comme 28…Td8 laissait les noirs avec une position plus agréable. Malheureusement, j’avais anticipé la suite et j’ai (trop) rapidement joué 28…Dxg2?? qui perd en force après 29.b4! car le Fou est surchargé et ne peut en même temps empêcher Tb6 et Te7, avec mat en b7 (1-0, 38 cps).

Avec 0.5/5 et une lanterne rouge méritée, j’ai pu bénéficier d’un cadeau de Svidler qui a refusé un perpétuel pour s’auto-détruire, puis de Dominguez qui a commis une faute décisive perdant un pion dès le 3e coup !

Mvl-Dominguez, Ronde 7.

Dans cette position, le néo-Américain a joué 3…0-0? (oui, n’oubliez pas que c’est possible en 960 🙂 ). Mais après 4.Ff4 Dc5 5.Dc3! Dxc3 6.Cbxc3 Ce6 (6…c6 était moche, mais sans doute un moindre mal) 7.Cd5!, la menace de mat en e7 change tout ! (1-0, 73 cps).

J’ai enchaîné avec ma seule partie propre face à Aronian, avant une ultime nulle combative contre Kasparov.

Classement final du Saint-Louis Showdown (Image www.saintlouischessclub.org).

Avec un score final de 4/9 et une 6e place, j’ai à peu près sauvé les meubles, mais il est clair que la manière n’y était pas…

BANTER BLITZ CHESS 24

Les 23 et 24 septembre, j’ai participé à la phase finale du Banter Blitz organisé sur Chess24. 16 joueurs dans le tableau, matches à élimination directe au meilleur des 10 parties (cadence 3/2).

L’idée de cette formule est de rendre la diffusion attirante parce que les matches sont commentés en direct par les joueurs eux-mêmes. C’est plutôt sympa de partager un peu ses émotions, ce à quoi je réfléchis pendant une partie. Mais ce n’est jamais facile de jouer et de parler en même temps, et je dois dire que j’ai le sentiment d’avoir particulièrement joué le jeu – et sans doute trop parlé 🙂 . C’est sûr que c’est épuisant, mais heureusement, ça ne dure pas si longtemps.

Tableau final de la Banter Series de Chess24 (Image www.chess24.com).

Au niveau des résultats, je ne suis pas mécontent de ce que j’ai fait dans l’ensemble, même si, quand je joue en ligne, il m’arrive toujours d’avoir des relâchements, sortes de trous d’air qui se payent cher. En 1/8e de finale contre Oparin, mon coéquipier à Asnières, j’ai pu maîtriser la situation (5.5-1.5), mais ce n’est pas passé contre Wesley So en ¼. Je menais en effet 4-2 – certes contre le cours du jeu car j’avais été sous pression dans la plupart des parties – avant de m’écrouler et de perdre 4-6.

Je pense que le tournant du match a eu lieu dans la 9e partie, quand le score était de 4-4 :

Mvl-So, 9e partie.

Dans cette position légèrement supérieure, je n’ai vraiment pas eu de chance car j’ai joué 31.d5?, réalisant immédiatement que c’était une gaffe à cause de la ressource tactique venue de nulle part 31…cxd5, et si 32.cxd5 Cg5! et je perds du matériel. Mais visiblement Wesley ne l’avait pas vue si l’on en croit son stream, et j’aurais peut-être dû bluffer et reprendre rapidement en d5. Dans la partie, j’ai simplement eu un pion de moins après 32.Cd2 Cg5 (0-1, 45 cps).

Je suis bien évidemment un peu déçu d’avoir perdu ce match, surtout après avoir été largement devant, mais là encore j’ai eu un trou d’air trop long de 4 parties, ce qui n’est pas gérable…

BUNDESLIGA

Entre ces deux tournois en ligne, j’ai eu le plaisir de passer une semaine en Allemagne afin d’y renouer avec le jeu d’échecs classique, face à face. En effet, la Bundesliga avait décidé d’organiser un championnat 2020 à 8 équipes, en attendant de reprendre au printemps prochain le championnat 2019/2020 qui avait été interrompu après 8 rondes à cause de la pandémie.

Vue aérienne du Parc des Expositions de Karlsrühe.

Une bonne soixantaine de joueurs se sont donc retrouvés le 16 septembre au Parc des Expositions de Karlsrühe, à quelques kilomètres à peine de la frontière française. Mention bien aux organisateurs qui, en dépit des circonstances, ont su créer un environnement et une atmosphère de jeu tout à fait agréables. Mon entraîneur Etienne Bacrot m’accompagnait dans cette mini-compétition, mais en tant que joueur puisque lui aussi est membre du club de Baden-Baden. L’Allemagne exigeant de nous un test Covid négatif de moins de 48h pour pénétrer sur son territoire sans quarantaine forcée, il a fallu que nous fassions preuve d’une grande ingéniosité pour nous le procurer en banlieue parisienne la veille du départ 🙂 .

J’ai commencé la compétition au 2e échiquier – derrière Caruana – face au GMI allemand Heimann :

MVL – HEIMANN (2617) 1-0

Je dois dire que je me suis habitué relativement facilement aux nouvelles contraintes du jeu d’échecs « physique » ; le plexiglas qui coupe l’échiquier en deux ne représente pas vraiment une gêne, et il permet de ne pas porter le masque. L’obligation n’est activée qu’à partir du moment où on se lève de son siège. Pour ma part, je porte le masque en général, mais je m’autorise quelques « pauses »…

Mvl-Heimann, Ronde 1.

Mon dernier coup 21.Te1!? tendait un joli piège dans lequel mon adversaire n’est pas tombé ; en effet, sur 21…hxg5?, il fallait comprendre que le piège ne résidait pas en 22.Dxe5 Dxe5 23.Txe5 Tf7 24.Fxg5 Ta7 25.Fxe7?! Taxe7 26.Txe7 Txe7 27.Cxf5 avec une finale sensiblement équilibrée, mais plutôt en 25.Cxf5! Cxf5 (25…Txf5 26.Txe7 Txe7 27.Fxe7 et les 2 Fous devraient dominer la Tour) 26.Te8+ Rh7 27.Fc2 g6 28.Te6! avec des idées de g4 ou h4-h5, et il me semblait que la compensation pour la qualité était pleine et entière.

Après 21.Te1!?, Heiman a répliqué correctement par 21…e4 22.Dh5 Fg6 23.Dh3 Cf5 24.Cxf5 Fxf5 avec une position très incertaine qu’il a mal jouée par la suite (1-0, 39 cps).

HUSCHENBETH (2612) – MVL 0-1

Même profil d’adversaire que la veille, GMI allemand de 28 ans avec un classement un peu au-dessus de 2600… J’ai joué une position de type Hérisson qui a bien tourné pour moi, dans un match qui nous a vu scorer un de nos trois 7-1 de la compétition (0-1, 51 cps).

MVL – TARI (2630) 1-0

Le dauphin norvégien de Magnus a choisi une ligne de la Semi-Tarrasch que je savais être dangereuse pour les noirs, depuis une douloureuse défaite contre Grischuk.

Mvl-Tari, Ronde 4.

J’ai obtenu cette position gagnante, la solution la plus triviale pour conclure étant sans doute 29.Txe7 Dxe7 30.Fxe4. Mais j’ai opté pour le plus esthétique – et peut-être aussi plus rapide – 29.Dg6!? Dxg6 30.Fxg6 Fxg6 31.Txe7 Fxh5 32.Txg7. A cause de la découverte sur la grande diagonale noire, les noirs sont en réalité totalement impuissants : la partie s’est terminée par 32…Td1+ 33.Rh2 Fe2 34.f4 h5 35.Rg3 Tf1 36.Rh4 Txf4+? 37.Tg4+! 1-0.

Mc SHANE (2680) – MVL ½

La seule partie où j’ai souffert, après une bonne préparation de l’Anglais réputé être « le plus fort amateur du monde ». (1/2, 45 cps).

Mvl contre Malakhov lors de la dernière ronde décisive, avec masque et vitre en plexiglas (Image www.chess24.com).

MALAKHOV (2669) – MVL ½

Le match décisif de la dernière ronde, contre les co-leaders de Viernheim. Je doublais les noirs contre le très solide GMI russe Malakhov, et une petite curiosité est survenue dans l’ouverture :

Malakhov-Mvl, Ronde 7.

J’avais déjà obtenu cette position contre Xiong au tournoi de l’Ile de Man 2018. Sauf que par le jeu des ordres de coups et des interversions, mon pion était déjà en h6 au lieu de h7 ! Une différence toutefois minime, qui ne doit pas modifier le jugement de la position. Du coup, je me souvenais de ce que j’avais écrit ici même à l’époque, à savoir que mon coup …Rd7?! n’était pas fameux et que mieux valait 18…Cd7, avec l’idée …g6 et …f5.

Après 18…Cd7, mon adversaire a anticipé ce plan et a fait le bon choix 19.Cf5! Fxf5 20.exf5 Cf6 21.Fe3 Tc4 22.Tc1 suivi de 23.b3 puis Cd5 avec une nulle rapide (1/2, 26 cps).

En remportant de justesse ce dernier match, Baden-Baden a ajouté un titre supplémentaire à une liste déjà longue…

Classement final de la Bundesliga 2020 (Image www.schachbundesliga.de).

Ce mois de septembre est tout juste terminé et maintenant, c’est cap sur les Candidats 🙂 , avec quelques jours de vacances puis reprise de la préparation spécifique. La première ronde du tournoi est toujours programmée pour le 1er novembre à Ekaterinburg, même si, au moment où j’écris ces lignes, je n’ai aucun détail supplémentaire, et toujours aucune nouvelle du protocole sanitaire…

Les parties de Maxime au Showdown :

Les parties de Maxime en Bundesliga :

Les parties de Maxime au Banter Blitz :

C’est en 2009, alors qu’il se trouvait à Wijk aan zee pour le traditionnel Festival de janvier, que l’artiste tchèque Peter Herel Raabenstein décida de mettre en œuvre un projet qui lui tenait à cœur : réunir les peintures ayant trait au jeu d’échecs à travers l’histoire. Pendant dix ans, ce n’est donc pas dans les arcanes de la Défense Sicilienne ou des finales de Tours qu’il se plongea, mais dans une recherche méthodique des peintures à thématique échiquéenne, au gré de ses voyages à travers le monde et de ses rencontres. C’est ainsi qu’est né « Art in Chess 1100-1900 », le premier opus de ce travail de titan, qui compile plusieurs centaines de peintures de la période. Plus d’infos sur le livre : https://chessinart.com.