Dénouement du marathon en ligne

Champions Chess Tour

Après mon long séjour aux Etats-Unis, je suis enfin rentré à la maison le 12 septembre. J’ai pu renouer avec les plaisirs de la vie française 🙂 . J’ai également retrouvé un peu de monde, car après 2 mois aux Etats-Unis il y avait forcément beaucoup de personnes que je n’avais pas pu voir pendant l’été.

On m’a proposé une wild-card pour jouer la finale du Champions Chess Tour pour laquelle j’étais le premier non-qualifié. J’avais indiqué préalablement que je ne souhaitais pas aller à Oslo et m’infliger un déplacement supplémentaire, surtout dans la perspective du Grand Swiss à Riga et des préparations à peaufiner. Heureusement, les organisateurs ont accepté que je joue depuis Paris.

J’ai d’ailleurs souhaité être dans un cadre plus « studieux » que celui de mon salon. Après que mon manager a pris contact avec toutes les parties prenantes (mairie, club et FFE), j’ai pu disputer toutes mes parties depuis le château d’Asnières, où se situe le siège de la FFE, dans une salle qui m’a été gracieusement prêtée. C’était également plus pratique de ne pas jouer depuis chez moi, car la présence d’un arbitre était obligatoire. Joëlle Mourgues et Loriane Lebret se sont partagé la tâche ingrate de me surveiller pendant neuf jours !

J’avais déjà joué deux tournois sur Internet en n’étant pas chez moi : en mars, où j’avais participé depuis mon lieu d’entraînement dans les Alpes, et où l’accès à Internet était un peu compliqué. Et évidemment, à Saint-Louis cet été, juste après la Sinquefield Cup, où je jouais dans les locaux du club. Mais c’était là aussi un peu différent car les parties se jouaient très très tôt…

Le château d'Asnières - Image : Wikipedia
Le château d’Asnières – (Wikipedia)

Cette finale du Champions Tour en ligne a été assez inégale de ma part. Je pense que je suis assez bien rentré dans le bain et j’ai fait quelques bons matches au début. Après, la fatigue s’est installée à cause de la grosse intensité de ces rencontres. De plus, j’ai joué des ouvertures différentes, ce qui m’a occasionné une surcharge de travail pendant les parties, puisque je me retrouvais dans des positions qui ne m’étaient pas très familières. Évidemment, je n’ai pas non plus joué au hasard, je connaissais quelques trucs 🙂 .

MVL-Aronian : 4-3

Un match très intéressant, où je suis bien revenu dans la dernière partie longue rapide (15 mn + 10 c’est comme une partie longue 🙂 ). Il y a eu beaucoup de rebondissements dans les blitz, mais je suis parvenu à m’imposer au finish dans l’Armageddon.

MVL-So : 2,5-0,5

Mon tournoi était bien lancé, surtout que j’ai enchaîné avec une deuxième victoire, cette fois contre Wesley So. Un match court (3 parties) mais qui s’est avéré assez intense au niveau des parties.

MVL-Carlsen : 2,5-3,5

J’ai perdu la 3e ronde contre Magnus au départage. Le contenu de mes parties n’était pas si mal, mais j’aurais certainement pu mieux faire encore pour remporter ce match.

MVL-Mamedyarov : 1,5-2,5

Mon premier vrai regret, c’est ce duel avec l’Azéri… J’ai raté des occasions d’en finir, et de manière générale, j’ai mal joué à cause de la fatigue qui commençait à poindre. A l’issue de ce match, je n’étais vraiment pas content de moi.

MVL-Duda : 2,5-0,5

Juste avant la journée de repos, j’ai remporté une victoire convaincante contre Duda.

MVL-Artemiev : 2,5-3,5

Un match très accroché contre le joueur russe. J’ai pris des décisions douteuses, notamment le fait de jouer une Hollandaise dans le 2e blitz, après avoir raté le gain dans premier avec 3 minutes contre 10 secondes !

MVL-Nakamura : 3-4

Le ressort s’est cassé durant ce match. J’ai raté un gain élémentaire dans la 2e partie, alors que je revenais d’une position difficile :

Nakamura-Mvl, Ronde 6, 2e partie.
Nakamura-Mvl, Ronde 6, 2e partie.

Au lieu de 43…Te2?, 43…Te1+! gagnait sur le champ.Ca m’a fait mal, car c’était une occasion facile d’en finir avec le match.

Dans la 3e partie, j’ai fait un « misclick » au 1er coup (1.e3 au lieu de 1.e4 !) ce qui est un peu désagréable, mais finalement je m’en suis tiré sans dommage 🙂 .

La 4e partie a été complètement folle ; une sorte d’attaque Est-indienne où ses pions filaient à Dame. Dans la position suivante, j’avais l’impression d’avoir l’opportunité de lancer une attaque de mat :

Nakamura-Mvl, Ronde 6, 4e partie.
Nakamura-Mvl, Ronde 6, 4e partie.

J’ai malheureusement fauté avec 29…Cf6?!, la bonne façon d’attaquer aurait été de d’abord passer la Dame par 29…Dg5!. Et après 30.Dg3 Fh5? (30…Dc8) 31.Dd6! De8 32.De5 Dd8 33.a5,

Je n’ai plus réussi à générer de jeu sur son Roi. A partir de là, il a trouvé tous les bons coups et l’a emporté de façon convaincante.

Après avoir gagné le 1er blitz de départage, j’ai perdu le 2e en raison de choix douteux, et dans l’Armageddon final, j’ai gaffé horriblement.

MVL-Giri : 1,5-2,5

Après les occasions ratées face à Nakamura, la fatigue a repris le dessus. J’ai fait un non-match contre Anish Giri, où je n’ai rien réussi à trouver avec les Blancs contre la Petroff. Et avec les Noirs, j’ai perdu une partie bêtement dans l’ouverture en jouant 9…Tb8?! alors que je connaissais le bon coup 9…Fb4.

Giri-Mvl, Ronde 8, 1e partie.
Giri-Mvl, Ronde 8, 1e partie.

MVL-Radjabov : 0,5-2,5

Ce dernier match a ressemblé au précédent. Je n’arrivais pas à comprendre où il voulait en venir avec sa Berlinoise. Pourtant, je n’ai pas trouvé les moyens de prendre l’avantage, allant même jusqu’à me mettre en danger bêtement, notamment dans la 1re partie.

Radjabov-Mvl, Ronde 9, 2e partie.

Dans la 2e, j’ai expérimenté une Ragozine qui s’est très mal passée, obtenant en fait le type de position que je souhaitais éviter 🙂 . Dans la position du diagramme, je savais que la suite théorique, qui avait d’ailleurs été jouée la veille par Mamedyarov contre le même Radjabov, était 7…Cc6 8.Cd2 g5!?. J’ai voulu tenter de jouer solide, quitte à être légèrement moins bien, avec 7…c6 8.e3 Cd7 9.Fd3 Cdf6 10.0-0 Fg4, mais ma position s’est dégradée très vite après 11.Dc2 Fxf3 12.gxf3 Cxc3 13.bxc3 Fd6 14.Fg3 et les blancs menacent e4-e5, et je me retrouve tout de suite nettement moins bien.

Dans la dernière partie, je pensais avoir des chances, mais il a trouvé une bonne suite. Je pouvais tout de même forcer la nulle par perpétuel, mais sachant que j’aurais les Noirs dans la dernière partie, j’ai tenté un all-in assez improbable, qui avait en réalité peu de chances d’aboutir 🙂 .

Je regrette cette fin de tournoi, que j’aurais préféré terminer sur une meilleure note. J’avais peut être sous-évalué l’intensité de ce format avec 9 matchs de quatre parties, plus d’éventuels départages. C’est en fait très différent de 9 parties longues. Même si la durée de jeu est la même, l’intensité est différente parce que 4 parties, plus d’éventuels tie-breaks, c’est d’autant plus de rebondissements, et d’autant plus de choses à digérer. Et c’est vrai qu’à la fin, ça m’a clairement perturbé. Je voulais jouer de façon appliquée et je pense que c’est ce que j’ai fait, jusqu’à ce que la fatigue l’emporte. Je suis satisfait du match contre Wesley So, où j’ai été très alerte, où je voyais beaucoup de choses. C’est mon match le plus accompli du tournoi.

Je dois avouer aussi que dans l’ensemble, je me suis un peu retenu dans ce tournoi : en effet, il était inutile de sortir de grosses préparations pour un tournoi où Magnus partait avec 14 points d’avance sur moi 🙂 . Cela dit, en signant le contrat en début de saison, on connaissait tous le format et on savait que ce cas de figure pouvait arriver.

Classement final du Champions Chess Tour
Classement final du Champions Chess Tour. Image Champions Chess Tour

A mon sens, il est certes normal de tenir compte des tournois préliminaires, mais des joueurs comme Artemiev qui n’a joué que 3 d’entre eux, sont désavantagés pour la finale. Je pense que tout en gardant un système de primes au départ (à quelle échelle, là est le débat…), on aurait pu imaginer un système de play-off avec les 4 premiers à la fin. Ça aurait rajouté de l’enjeu et tous les joueurs auraient pu essayer de jouer pour cette 4ème place.

Pour ce qui me concerne, l’essentiel dans les prochaines semaines sera de me préparer au mieux, afin d’être fin prêt pour le Grand Swiss qui débutera à Riga le 27 octobre. Une compétition avec un grand enjeu, puisqu’elle permettra de qualifier les deux premiers pour le Tournoi des Candidats de 2022.

Si je me qualifie à Riga, je gagne 3 mois de préparation ! Et en cas d’échec, il restera toujours la dernière possibilité, celle de se qualifier via les tournois du Grand Prix FIDE, programmés à Berlin de février à avril.

Site officiel : https://championschesstour.com

Les parties de Maxime :

Depuis 2016, le New-Yorkais Ben Johnson publie toutes les semaines un podcast audio long format avec une personnalité du monde des échecs. De nombreux joueurs de haut niveau se sont déjà dévoilés sur ses ondes, notamment Anand, Kramnik, Polgar, Nakamura, pour ne citer qu’eux. Mais aussi des auteurs, des streamers, des entraîneurs et la liste n’est pas exhaustive…
Fin septembre, Maxime était le 245e invité de ce show, dont le succès ne se dément pas. Le long format permet d’aller plus en profondeur avec l’invité, mais les auditeurs plus pressés pourront se contenter d’écouter les thématiques qui les intéressent puisqu’elles sont parfaitement répertoriées pour chacun des podcasts.
Écoutez-le sur le site Perpetual chess.

Tournée américaine

Road trip

Comme je l’ai déjà expliqué, je suis arrivé aux Usa très en avance – le 1er août – directement depuis la Russie. Depuis ma chambre d’hôtel à Saint-Louis, j’ai ainsi eu tout le temps requis pour gérer le décalage horaire, mais aussi pour bien travailler en amont de ma série de trois tournois, en donnant évidemment la priorité au premier et plus important d’entre eux, la Sinquefield Cup, qui débutait le 17 août.

Bien sûr, j’ai aussi gardé un oeil sur les autres événements qui se déroulaient pendant ce temps-là, notamment les demi-finales et finale de la Coupe du Monde, ainsi que le Rapide & Blitz de Saint-Louis auquel je ne participais pas – malgré ma présence à cinq minutes à pied du club 🙂 . Jusqu’au dernier jour, il y aura eu des incertitudes sur la présence de certains joueurs, et plusieurs d’entre eux n’ont malheureusement pas pu faire le déplacement, essentiellement à cause de la pandémie.

A Saint-Louis, le port du masque était obligatoire, mais j’avais bien anticipé les choses en m’entraînant à cette nouvelle façon de jouer en Bundesliga l’année dernière, alors que ce n’était pas obligatoire ! En réalité, ça ne me pose pas vraiment de problème. D’autres joueurs s’y sont fait aussi, comme Caruana, qui trouvait pourtant ça très inconfortable auparavant.

J’ai apprécié d’avoir bénéficié d’un appariement plutôt favorable, avec notamment cinq fois les blancs, et souvent contre les joueurs moins bien classés, ce qui est la meilleure configuration pour essayer de marquer des points.

SINQUEFIELD CUP

En réalité, tout a marché au-delà de mes espérances dans ce tournoi, notamment le 4.5/5 avec les blancs. Parce que même si j’ai bien joué ces parties avec les blancs, que j’ai réussi à mettre une forte pression, il y a certainement d’autres circonstances dans lesquelles les adversaires auraient trouvé tous les meilleurs coups jusqu’au bout, ce qui n’a pas été le cas ici ! Svidler a craqué. Shankland a craqué. D’une certaine manière, Swiercz aussi a craqué, puisque au sortir d’une préparation millimétrée, avec une heure d’avance à la pendule, il s’est trompé immédiatement. Je dirais que j’ai eu une certaine forme de réussite, mais provoquée 🙂 . Autre point de satisfaction, j’ai fait très peu de fautes de calcul dans le tournoi : j’en compte une, contre Xiong, mais sans dommage.

Masque obligatoire à Saint-Louis (photo : GCT).

En tout cas, j’étais très content de renouer avec la victoire et j’espère que ça augure d’un nouveau cycle. Maintenant que je suis de retour dans le top 10, j’espère me rapprocher un peu plus du sommet lors des prochaines échéances en parties classiques.

Voici quelques moments forts de mon tournoi :

MVL-SVIDLER

Une partie très intéressante, avec une préparation assez poussée des deux côtés, sur la nouvelle hype 3.h4 contre le fianchetto-Roi. Tout s’est joué sur un mauvais coup de repli du Cavalier, qui m’a donné l’occasion de placer un très élégant zugzwang !

Mvl-Svidler, Ronde 1.
Mvl-Svidler, Ronde 1.

28.Da8! Dd7 (si 28…f6 29.Dc8! ; dans la partie, Peter a préféré 28…c4 29.Dd8 Da4 30.Rg2 Db5 31.Fb2! 1-0 ; à noter que 31.Dxe7 était plus spectaculaire, mais beaucoup moins simple ; 31…Cxg7 32.hxg7 Rxg7 33.d6 Dc5 34.e5 c3 35.Df6+ Rh6 36.d7 c2 37.Df4+! Rg7 38.d8=D c1=D 39.Ddf6+ suivi du mat) 29.e5! et j’avais calculé la ligne suivante : 29…c4 (29…e6 30.d6 c4 31.Ff6! suivi de 32.Dd8) 30.e6 fxe6 31.dxe6 Db5 32.f4 g5 33.f5 g4 34.Rg2 et les noirs n’ont plus de coup !

Après une nulle peu spectaculaire quoique très complexe contre Rapport, j’ai encore dû faire face à une préparation très ciblée de Shankland, qui m’a débité sa ligne à toute vitesse.

Malheureusement pour lui, il s’est trompé en acceptant une transition en finale de pions perdante !

MVL-SHANKLAND

Mvl-Shankland, Ronde 3.
Mvl-Shankland, Ronde 3.

Au lieu de 31…Ce8, l’Américain a autorisé l’échange des Cavaliers par 31…Re7? 32.Cxd6 cxd6 (32…Rxd6 n’aurait pas changé le verdict : 33.b3 Rc5 34.Re4 Rb4 35.Rf5 Rxb3 36.c5 e4 37.Rxe4 a4 38.d6 cxd6 39.cxb6 a3 40.b7 a2 41.b8=D a1=D 42.Dxd6 et le pion b est décisif) 33.Re4 Rf6 34.b3 Rg6 35.c5! dxc5 36.d6 Rf7 37.Rd5 e4 (37…Re8 38.Rc6 Rd8 39.Rxb6 et les blancs sont plus rapides, par exemple 39…a4 40.bxa4 c4 41.a5 c3 42.a6 c2 43.a7 c1=D 44.a8=D+ Rd7 45.Dc6+) 38.Rc6 e3 39.d7 e2 40.d8=D e1=D 41.Rxb6 et le pion b avancé obligera les noirs à abandonner quelques coups plus tard.

J’ai ensuite perdu contre Dominguez, essentiellement pour avoir oublié le bon repli de Dame au 23e coup d’une ligne ultra tendue de la Najdorf, que j’avais pourtant dans mes notes 🙂 . Il faut néanmoins souligner sa brillante réfutation de mon erreur, qui lui a valu le prix de beauté du tournoi.

Discours du vainqueur (photo : GCT).
Discours du vainqueur (photo : GCT).

MVL-SWIERCZ

Dans une des lignes à la mode de l’Italienne, Swiercz a lui aussi débité sa préparation maison jusqu’à la nouveauté 17…Dh4.

Mvl-Swiercz, Ronde 5.

J’ai vite compris que si je jouais le naturel 18.Cc5, il y en avait encore pour dix coups de prépa, ce qui m’a été confirmé par la suite 🙂 .

J’ai donc trouvé une alternative avec la manoeuvre Cd2-c4, qui a le double mérite de changer le caractère de la position, et de le sortir de sa prépa, ce qu’a bien montré sa très longue réflexion. Après 18.Cd2 exd4 19.Cc4, il a commis l’erreur 19…Tad8?, sous-estimant la force de 20.Fxc6 bxc6 21.Fd2! ; à sa décharge, il n’était pas facile d’anticiper que les noirs étaient déjà mal dans cette position. A la place de 19…Tad8?, il aurait dû échanger les Dames par 19…dxc3 20.bxc3 Dg3!, et la paire de Fous donnera des compensations pour le pion aux blancs, mais sans doute pas plus.

CARUANA-MVL

Comme aux Candidats, Fabiano et moi nous sommes livrés à une vraie bagarre théorique sur une des grandes lignes de la Najdorf. Et après plus de trente coups de préparation 🙂 , nous avons obtenu la position suivante :

Caruana-Mvl, Ronde 6.
Caruana-Mvl, Ronde 6.

Ici, j’ai longuement hésité entre l’échange des Dames par 37…Db5 ou le soutien au pion h par 37…Rh8 suivi de …Th7. J’ai fait ce dernier choix et Stockfish prétend que les blancs auraient été gagnants après 38.Th2 (Caruana a joué 38.Td2) 38…Th7 39.Dc4! ; ce qui est sans doute vrai objectivement, mais loin d’être acquis en pratique. Du coup, j’aurais dû opter pour 37…Db5, que j’ai écarté à cause d’une faute de calcul à la fin d’une longue variante. C’est la part d’aléatoire qui existe aussi aux échecs : j’aurais pu perdre cette partie pour avoir oublié une ressource cachée au bout d’une longue variante de 12 coups… Après 37…Db5 38.Th2 (38.De6 Dd7) 38…Dxd5+ 39.exd5 Th7 40.Fd2 Th4 (menace 41…Td4) 41.Fe3 Rf7 42.Rb1 Th5 43.Rc2 Fh6! (sinon, le Roi blanc monte tranquillement) 44.gxh6 Rxf6 45.Rd3 g5 46.Re2 Txh6 (46…g4 47.Rf2 Tf5+ 48.Rg1! suivi de 49.Tf2) 47.Rf3 Rf5 48.Rg3 et il fallait voir ici 48…Th7! 49.Txh3 Tb7 avec suffisamment de contre-jeu pour annuler.

Dans la partie, après 38.Td2 Th7 39.Fxd6, j’ai décidé de forcer la nulle par 39…Dxd6 40.Dxd6 Fxd6 41.Txd6 Rg8. J’ai quand même hésité à tenter 39…h2, pour l’inciter à avoir un choix difficile au 40e coup ! J’ai vu que 40.Fxf8 Dxd5+ 41.Txd5 h1=D 42.Td8 Rg8 43.Fh6+ Rf7 44.Td7+ forçait la nulle, mais je pensais qu’il aurait pu être tenté par 40.Da8?, qui perd sur 40…Df7+ 41.Td5 h1=D 42.Fxf8 Dg8!, ou par 40.Fxe5? Dxd5+ 41.Txd5 h1=D 42.f7+ Tg7, ou encore par 40.Dxe5? Df7+! (mais pas 40…h1=D? 41.f7+ Tg7 42.Th2+ Dxh2 43.Dxh2+ Th7 44.Fe5+ Fg7 45.f8=T#). Mais j’ai considéré que le jeu n’en valait pas la chandelle, et que si je ratais quelque chose dans une de ces variantes, j’aurais l’air ridicule !

J’ai ensuite pu enregistrer un nouveau gain contre la grande ligne de la Berlinoise – ce qui me fait toujours plaisir 🙂 – même si mon jeune adversaire Xiong m’a un peu facilité la tâche, n’étant pas un spécialiste de la variante.

MVL-SO

Dans cette partie de l’avant-dernière ronde, j’avais quand même envie de jouer pour le gain parce que c’était une bonne opportunité de mettre la pression à mon adversaire et de lui disputer la première place, non pas du tournoi, mais du Grand Chess Tour lui-même. Mais je ne voulais pas non plus brûler mes vaisseaux car j’étais aussi seul en tête du tournoi. Avec mon équipe, nous avons donc décidé d’opter pour une sous-variante bien spécifique contre la Berlinoise, celle que le Russe Paravyan m’avait jouée en Coupe du Monde il y a quelques semaines, lors d’un de mes rares incursions noires sur ce terrain d’ouverture 🙂 .

Mvl-So, Ronde 8.
Mvl-So, Ronde 8.

Ici, So a joué 12…c6 alors que contre Paravyan dans les tie-breaks en rapide, j’avais préféré 12…Fe6. Je me rappelle d’ailleurs que pendant cette partie, je n’avais pas aimé 12…c6 à cause de 13.Fa3 Cd6 14.Dd2, menaçant 15.Df4, oubliant que 14…Fg5 est complètement ok pour les noirs.

Du coup, après le 12…c6 de So, j’ai déroulé ma ligne préparée 13.Fa3 Cd6 14.Df3. Il a répliqué par l’ultra solide 14…Fe6 15.Df4 Fe7, mais je pense qu’il y avait un petit plus pour les blancs après 16.Fd3, mais je n’ai malheureusement pas su le faire fructifier et nous avons rapidement tout échangé. La partie aurait pris une tout autre tournure s’il avait choisi le sacrifice de qualité tentant 14…Cf5 15.Fxf8 Cxd4. Sur un coup de Dame, 16…Dxf8 et la compensation est évidente. Mais j’avais préparé le spectaculaire 16.Dxf6! gxf6 (16…Dxf6? 17.Te8) 17.Fe7, et les complications commencent !

Une nulle rapide dans la dernière ronde contre Mamedyarov m’a permis de remporter la Sinquefield Cup en solitaire, mais aussi de terminer deuxième du Grand Chess Tour, et ce pour la quatrième année consécutive, ce qui est amusant !

Classement final de la Sinquefield Cup :


JoueurElo12345678910Points
1Maxime Vachier-Lagrave2751
½0½½11½116
2Fabiano Caruana2806½
½½½101½1
3Leinier Domínguez27581½
½½½½½½1
4Wesley So2772½½½
½½½½11
5Richard Rapport2763½½½½
½½01½
6Sam Shankland270900½½½
½1½½4
7Jeffery Xiong271001½½½½
½½04
8Shakhriyar Mamedyarov 2782½0½½10½
½½4
9Peter Svidler27140½½00½½½
1
10Dariusz Świercz26550000½½1½0

Classement final du Grand Chess Tour

JoueurSuperbet Chess Classic Romania
Paris GCT Rapid & Blitz
Croatia GCT Rapid & Blitz
Saint Louis Rapid & Blitz
Sinquefield Cup
Total points
Wesley So8.31378.336.6
 Maxime Vachier-Lagrave 1.57.5131335
 Shakhriyar Mamedyarov1354.5426.5
 Fabiano Caruana3.53108.324.8
 Richárd Rapport5.58619.5
 Levon Aronian 8.35.513.8
 Anish Giri 5.5813.5
 Alexander Grischuk 8.3412.3
 Teimour Radjabov 5.516.5
 Ian Nepomniachtchi 106.516.5
https://en.wikipedia.org/wiki/Grand_Chess_Tour#Grand_Chess_Tour_2021

CHAMPIONS CHESS TOUR / AIM US RAPID

Nouveau tournoi, nouveau format, nouvel horaire 🙂 .

Disputer le dernier tournoi du Champions Chess Tour en ligne dès le lendemain de la Sinquefield Cup n’a pas été chose aisée pour moi. Pourtant, le club de Saint-Louis s’était gentiment occupé de la mise en place logistique, des caméras etc… pour que je puisse jouer en toute tranquillité depuis une de leurs salles, plutôt que depuis ma chambre d’hôtel.

Evidemment, je ne voulais pas saboter mon tournoi, mais c’est juste que je n’arrivais pas à réfléchir pendant les parties, et que j’ai donc joué beaucoup, beaucoup trop vite. Je n’ai pas non plus réussi à m’adapter au changement d’horaire, passant du jour au lendemain d’un début à 17h à un début à 10h, et même 9h30 compte tenu de la mise en place.

Je n’ai su m’accrocher que par séquences, et mon score final de 50% (7.5/15) n’a pas suffi à me qualifier pour la phase ko. Du coup, le Russe Artemiev en a profité pour me chiper la 8e place au classement général, qualificative pour la finale du circuit qui débutera fin septembre. Je bénéficierai quand même d’une des deux wild-cards 🙂 .

Classement final :

PL.JOUEURSELO12345678910111213141516PTS
1Artemiev Vladislav2704X½1½1½½½½1½½½11110.5
2Carlsen Magnus2847½X½01½½½½1½11½1110.0
3Aronian Levon27820½X½½½½1½10½11119.5
4Firouzja Alireza2759½1½X½½½1½10½1½1½9.5
5So Wesley277200½½X½11½½10½1119.0
6Mamedyarov Shakhriyar2782½½½½½X½1½½½101½19.0
7Duda Jan-Krzysztof2738½½½½0½X0½1½111½19.0
8Dominguez Perez Leinier2758½½00001X½½1110118.0
9Giri Anish2776½½½½½½½½X½½½½1½½8.0
10Vachier-Lagrave Maxime27510000½½0½½X½111117.5
11Vidit Santosh Gujrathi2726½½110½½0½½X½01½½7.5
12Naroditsky Daniel2623½0½½1000½0½X11½06.0
13Le Quang Liem2709½000½100½010X½116.0
14Van Foreest Jorden26980½0½00010000½X114.5
15Hansen Eric260600000½½0½0½½00X13.5
16Liang Awonder2587000½0000½0½1000X2.5

SHOWDOWN CHESS 960

Ayant été éliminé avant la phase ko de l’AIM US Rapid, je disposais d’une semaine pour recharger mes batteries avant le tournoi de Chess 960 qui viendrait clôturer ma longue tournée américaine. J’ai donc décidé de faire une petite infidélité au Missouri et de passer trois jours à New-York, avant de revenir sagement dans ma chambre de l’Hôtel Chase Park de Saint-Louis !

On analyse ensemble la position tirée au sort (photo : Crystal Fuller).

Nous disposions de 15 minutes avant les rondes pour analyser entre joueurs la nouvelle position de départ qui s’offrait à nous. Pour ma part, je regardais souvent des variantes avec Levon (Aronian) et Fabiano (Caruana). Pour dire vrai, c’est quand même souvent un petit peu à l’aveuglette, mais on a parfois la surprise d’anticiper une ou deux idées qui fonctionnent.

MVL-MAMEDYAROV

Mvl-Mamedyarov, Ronde 2.
Mvl-Mamedyarov, Ronde 2.

Dans cette nouvelle position, Fabiano et moi avions compris à l’analyse l’importance de la case b4 (et symétriquement, b5 pour les noirs). En b4, mon Fou empêche le roque, contrôle les cases noires et surtout, il est complètement inattaquable ! Ce qui est drôle, c’est qu’après le quatrième coup, j’étais déjà presque gagnant : 1.d4 d5 2.g3 e6 3.Cb3 Cb6 4.Fb4!.

CARUANA-MVL

Voici une de ces parties où pendant la brève préparation, j’avais trouvé une bonne idée au deuxième coup (ben oui, c’est du 960 🙂 ), me permettant d’égaliser et même de prendre l’avantage avec les noirs dans l’ouverture.

Caruana-Mvl, Ronde 5.
Caruana-Mvl, Ronde 5.

Ici, j’ai essayé de provoquer Fabiano parce que je voulais jouer la gagne. Je savais que je pouvais faire nulle comme je voulais, par exemple en jouant 32…f5. Mais j’ai préféré 32…f6, pour l’inciter à continuer 33.f5 Rf7 34.Tc6 car après 34…Te7, je pouvais imaginer des cas de figure qui tourneraient bien pour moi. Malheureusement, j’ai sous-estimé 35.exf6 gxf6 36.Fd4!, qui était un petit peu désagréable. Après 36…e5 37.Fc3, j’ai décidé de forcer la finale de Fous par 37…Tc7 38.Txc7+ Fxc7, parce que je n’avais envisagé que 39.g4 hxg4+ 40.Rg3, qui ne suffit pas pour les blancs. Mais Fabiano a joué 39.Re3 e4 40.Fe1! (le coup que j’avais oublié). Et là, ça devenait difficile à défendre parce qu’après 40…Fe5 41.Rxe4 Fxb2 42.Ff2 Re7 43.Rf3, il fallait impérativement trouver la séquence unique 43…Fe5! 44.g4 hxg4+ 45.Rxg4 Fc7! suivi de …a5, mobilisant la majorité à l’aile-Dame. Tandis que dans la partie, après le fautif 43…Fa3? 44.g4 hxg4+ 45.Rxg4, le tempo perdu m’a été fatal, par exemple 45…Fd6 46.Rf3 Fc7 47.Re4 a5 48.Rd5! et les blancs gagnent parce que le pion noir n’est pas encore en b5, ou encore 45…Rf7 (mon choix dans la partie) 46.Rf4 Rg7 47.Re4 Rh6 48.Fd4! et j’ai dû rapidement abandonner.

Encore un exemple de préparation réussie, mais cette fois sans le résultat au bout !

NAKAMURA-MVL

Pour finir, une séquence assez spectaculaire dans ma partie contre Nakamura :

Nakamura-Mvl, Ronde 7.
Nakamura-Mvl, Ronde 7.

Ici, j’ai vu la ligne de gain forcé, à savoir 18…Fd4 19.Dxb7 Rf8! (libère la case e8 pour la Tour) 20.Cc6 Te8 21.Cxd4 Dxd4, mais je n’ai pas du tout compris à quel point c’était gagnant pour les noirs ! Il faut dire que ce n’est pas flagrant au premier coup d’oeil, mais quand on y regarde de plus près, on réalise que le pion d3 est en prise sur échec, que le Cb1 est hors-jeu, que le Roi blanc ne fuit pas en g2 à cause de …Te2+, que mon Fou peut parfois entrer en jeu en d5 après un …d4 et qu’enfin, mon Roi est en relative sécurité en dépit des apparences !

J’ai donc joué 18…Dxb4 qui est moins radical, mais qui aurait quand même dû suffire après 19.Cxb7 Tc8!, conservant une attaque terrible. Mais j’ai raté ce dernier coup et opté pour 19…Fd4? qui a permis un échange de Dames salutaire pour les blancs après 20.Da5 Dxa5 21.Cxa5. La paire de Fous me confère encore l’avantage dans cette position, mais ça devient beaucoup plus difficile, et je n’ai pas pu convertir. Pour l’anecdote concernant cette partie marrante, Fabiano avait jeté un coup d’oeil et m’avait dit après coup qu’il pensait que j’étais perdant avec mon Roi en e8. A sa décharge, les positions de 960 après 8-10 coups sont souvent extrêmement compliquées à décrypter !

Classement final :

RangNomScoreFed.Elo123456789
1Dominguez Perez, Leinier6.0USA2758½011110½1
2So, Wesley5.5USA27721½010½11½
3Vachier-Lagrave, Maxime5.5FRA2751011½01½½1
4Shankland, Sam5.5USA270911001½1½½
5Kasparov, Garry5.0RUS2812½½011½1½0
6Caruana, Fabiano4.5USA2806½1101½00½
7Aronian, Levon4.0ARM2782½01½0½1½0
8Mamedyarov, Shakhriyar3.5AZE278210100½010
9Nakamura, Hikaru3.0USA27360001½0½½½
10Svidler, Peter2.5RUS27140100½0001
https://uschesschamps.com

Ma tournée américaine s’est achevée le 12 septembre lorsque mon avion a atterri à Paris Charles de Gaulle. J’avais quitté la France le 5 juillet, autant vous dire que je n’étais pas mécontent de rentrer chez moi 🙂 .

Les parties de Maxime à la Sinquefield Cup :

Les parties de Maxime au Champions Chess Tour :

Les parties de Maxime au Chess9LX :

A peine arrivé sur le sol français, Maxime a tout juste eu le temps de poser ses valises chez lui avant de se rendre directement à Asnières, où se déroulait le trophée de parties Rapides de son club d’adoption.
Une impro de dernière minute qui aura constitué une sympathique surprise pour les participants, ainsi que pour les élus de la ville et les partenaires présents. Maxime aura également pu retrouver et encourager son entraîneur Etienne Bacrot, qui a d’ailleurs remporté le tournoi !

Etienne Bacrot, Asnières

Victoire à la Sinquefield Cup !

Sinquefield Cup winner!

Cet article sera très bref, car à peine la Sinquefield Cup terminée, j’enchaîne avec le AIM US Rapid (28 août- 5 septembre) qui clôturera le Champions Chess Tour en ligne. Je conclurai ce (très) long séjour aux Etats-Unis avec le Chess 9XL, tournoi de Chess960 programmé du 8 au 10 septembre, avec notamment Garry Kasparov !

Dès que mon emploi du temps me le permettra, je reviendrai en détail sur cette tournée américaine, sans doute à la mi-septembre.

J’ai rejoint St-Louis directement après la Coupe du Monde à Sotchi. Pendant quelques jours, j’ai donc pu me reposer et me préparer, ce qui s’est avéré payant 🙂 . Hormis ma défaite contre Dominguez, je suis très satisfait de mes performances, qui m’ont permis de remporter pour la 2e fois la Sinquefield Cup, après ma victoire en 2017. Les organisateurs m’ont appris que c’était la première fois que quelqu’un remportait ce tournoi en ayant subi une défaite dans le tournoi.

Merci à toutes et tous pour le soutien et les encouragements pendant cette Sinquefield Cup, j’espère continuer sur ma lancée !

Les parties de Maxime à la Sinquefield Cup :

Montagnes russes à Sochi

Montagnes russes

J’ai débarqué le 12 juillet à Sochi, en provenance directe du Grand Chess Tour de Zagreb. Etienne Bacrot, qui était lui aussi qualifié pour cette Coupe du Monde, est arrivé le lendemain. Nous avons eu 2-3 jours pour bien nous acclimater, et nous avons même pu visiter le centre de Sochi, qui est plutôt agréable. Le tournoi lui-même ne se déroulait pas à Sochi même mais dans les montagnes environnantes, au cœur d’une station de ski.

Evidemment, en plein été les locations de skis ne fonctionnent pas 🙂 . Mais tout le reste est ouvert, un peu comme dans les stations de ski françaises ; les installations sportives et la plupart des restaurants notamment.

Après ces quelques jours d’installation et de repos, je suis rentré dans la compétition directement au deuxième tour contre l’Américain Moradiabadi, pour le début d’aventures échiquéennes en montagnes russes, comme souvent en Coupe du Monde !

Je me suis évidemment préparé pour le match contre Moradiabadi, qui avait bénéficié d’un des rares forfaits lors du premier tour préliminaire : mais également pour un troisième tour potentiel contre le Russe David Paravyan, parce que je savais qu’il se montrait toujours très affûté dans les ouvertures et qu’il était donc important d’avoir au moins une idée de ce que j’allais éventuellement jouer contre lui.

1/64e : MVL – MORADIABADI (2553) 1.5-0.5

Ce match contre Moradiabadi a été un peu bizarre, dans le sens où j’avais une position tellement dominante dans la 1ère, tout se passait tellement bien, que j’ai un peu de mal à expliquer les événements après le 40e coup. Ma position semblait devoir être convertie à tout moment. Mais comme il trouvait les bons coups de défense, ce n’était pas si facile en réalité.

Mvl-Moradiabadi, 1/64e aller.
Mvl-Moradiabadi, 1/64e aller.

Mon grand regret, c’est au 45e coup parce que je voulais vraiment jouer 45…Txd6!.

Mais je n’ai pas trouvé le gain après 46.Txd6 e4 47.fxe4 Fg4+ 48.Re1 Tf8 49.Rd2, et je me suis arrêté là. Pourtant, le joli 49…Db7! était très puissant, avec la double idée 50…Tf3 et 50…Da8, permettant à toutes les pièces noires de participer à une attaque terrible sur le Roi blanc.

A la place, je me compliqué la tâche par 45…Df8? 46.Cxf5 Dxf5 47.Txd4 exd4 48.De4 Df8?! (48…Dc8!) 49.c5!. Ensuite, j’ai simplement oublié qu’il pouvait consolider sa position avec la Dame en d3 et le Fou en d2 et soudainement, ça a très mal tourné pour moi. Je n’ai finalement sauvé la partie que parce que sous la pression du temps, il n’a pas réussi à convertir et s’est contenté de l’échec perpétuel.

La deuxième partie a été très facile en revanche. Moradiabadi n’a clairement pas joué à 100% de ses capacités dans cette partie. Il a déclaré après coup qu’il était malade, mais la ligne qu’il a choisie n’est guère recommandable puisque j’ai déjà un net avantage après 8 coups, même si je comprends bien que ça peut paraître contre-intuitif de prime abord.

Moradiabadi-Mvl, 1/64e retour.
Moradiabadi-Mvl, 1/64e retour.

9.d4 cxd4 10.Cxd4 Cxd4 11.Txd4 Ff6 12.Td1 suivi de 13.c4, et les pièces noires ne trouvent pas de bonnes cases.

Deux Français en mission en Russie (Photo : FIDE).

1/32e : MVL – PARAVYAN (2625) 5-4

Je savais que le Russe était clairement favori de son duel du tour précédent contre Onischuk, qu’il a d’ailleurs aisément remporté. Je sentais que ce match n’allait pas être une partie de plaisir, parce que Paravyan a toujours des idées en stock un peu partout 🙂 .

Je dois dire que la première partie n’a pas été brillante de ma part. En fait, j’avais vu qu’il y avait eu quelques Maroczy dans le tournoi et du coup, je n’étais pas certain de ce qu’il m’avait concocté. J’ai voulu choisir une variante un peu plus sécurisante, en conséquence de quoi il est vrai que je n’ai franchement pas obtenu grand-chose dans la position.

J’espérais pouvoir presser un petit peu plus mais au final, ça n’a pas du tout été le cas.

La deuxième partie a été un peu plus animée, avec un joyeux bordel qui ne s’est pas trop mal passé pour moi. A la fin, j’ai même sous-estimé ma position car je pensais que c’était nul dans tous les cas.

Paravyan-Mvl, 1/32e retour.
Paravyan-Mvl, 1/32e retour.

Pourtant, j’aurais sans doute dû continuer par 32…Cb4!, au lieu de jouer 32…Fh6 et de proposer nulle. Dans ce cas, c’aurait été à lui de démontrer comment il maintient l’égalité.

Dans la première série de départage, j’ai un petit regret parce que j’avais bien maîtrisé la première partie contre sa ligne de la Sveshnikov tranchante, mais très risquée, et que j’avais obtenu une victoire probante. Et c’est vrai qu’après avoir eu une position aussi dominante, je pensais être assez tranquille pour le match retour.

Paravyan-Mvl, 1/32e - tie-break 1 retour.
Paravyan-Mvl, 1/32e – tie-break 1 retour.

Malheureusement, j’ai pris la très mauvaise décision de jouer 12…Cd7?. C’est un drôle de coup, je sais, mais disons que de loin, ça n’avait pas l’air aussi grave que ça ne l’était en réalité ! Après 13.Fxe7 Dxe7 14.The1 Cc5 15.Ff1 Td8, je crois que c’est 16.b4! que j’avais vraiment sous-estimé. D’ailleurs, s’il n’y a pas 16.b4, la position n’est pas si grave pour les noirs.

Malgré son manque de temps, Paravyan a parfaitement converti par la suite.

J’étais un peu déçu d’avoir raté l’occasion d’en terminer, mais ça ne m’a pas empêché de

dominer la suite de la rencontre.

Dans la première partie 10′, j’ai choisi la Berlinoise 🙂 pour être un peu plus tranquille, et j’ai facilement annulé avec les noirs.

Ensuite, il y a eu la partie ratée dans l’ouverture, cette Alapine qui s’est mal passée pour moi après la douche froide 10…e5!.

Mvl-Paravyan, 1/32e - tie-break 2 retour.
Mvl-Paravyan, 1/32e – tie-break 2 retour.

Peut-être que j’avais un moyen de faire quelque chose de mieux pour égaliser plus facilement, parce que jouer 11.Fe3, c’était vraiment pas un coup que j’avais envie de jouer !

Mais après 11.Fb5+ Fd7, j’ai beau chercher, je ne vois pas ce que je fais… Quant à la suite 11.Fxe5 Fxa3 12.bxa3 0-0-0 13.Fd4 The8+ 14.Rd2, elle a déjà été jouée plusieurs fois en pratique, mais franchement, elle ne donne pas envie !

Heureusement, Paravyan a mal négocié la position par la suite, et j’aurais même pu gagner sur la fin.

Le jeune Russe a des points forts, mais même si son classement à 2620 est clairement sous-évalué, il faut bien qu’il ait aussi quelques petites faiblesses 🙂 .

Dans les blitz, je pensais gagner le premier avec les Noirs, après être revenu à une Najdorf qui s’est parfaitement déroulée.

Mais Paravyan a fait à nouveau la démonstration d’une de ses grandes réussites dans ce match, à savoir la capacité à défendre à la perfection des positions difficiles avec très peu de temps à la pendule : c’était un calvaire que d’essayer de convertir les avantages contre lui, quelle que soit mon avance à la pendule !

Paravyan-Mvl, 1/32e - tie-break Blitz aller.
Paravyan-Mvl, 1/32e – tie-break Blitz aller.

Par exemple cette séquence 48.f5 Rd6 49.f6 Re6 50.Tf5! Rf7 51.Rd3 trouvée sur l’incrément, ainsi que tous les meilleurs coups qui ont suivi. Chapeau !

Le deuxième blitz a donné lieu à un incident d’arbitrage que je vais expliquer ici :

En préambule, j’aurais dû voir quelques coups plus tôt une transition élémentaire en finale de Fous avec deux pions de plus, qui m’aurait simplifié la tâche et aurait évité le bazar suivant 🙂 .

Mais la partie a continué et Paravyan a réclamé la nulle par répétition dans la position désespérée suivante :

Mvl-Paravyan, 1/32e – tie-break Blitz retour.

Moi, je savais qu’il n’y avait pas eu de répétition, mais l’arbitre a donné raison à Paravyan, au prétexte que l’ordinateur confirmait son diagnostic ! J’ai donc demandé la VAR 🙂 .

Je me suis déplacé à la table d’arbitrage pour montrer sur l’ordinateur qu’il n’y avait eu que deux fois la même position, et en plus, pas avec le même joueur au trait !

J’ai donc eu gain de cause, et la partie a repris.

Le lendemain, j’ai parlé avec l’arbitre et j’ai eu le fin mot de l’histoire 🙂 . Il m’a expliqué que c’était un bug du logiciel, qui ne s’était pas rafraîchi par rapport à une partie précédente qui avait connu une répétition de coups !

Pendant que j’étais à la table d’arbitrage, j’ai calculé de tête la suite de la partie avec 46.Re1 Dc8 47.Rd2?! (47.Da7+! puis 48.Rd2 était létal) 47…Da8, et maintenant 48.Dc7+ Fd7 49.Fxb5?. C’est une fois revenu devant l’échiquier que j’ai réalisé l’existence de 49…Dxd5+, et j’ai donc changé mon fusil d’épaule avec 48.Dd4, mais mon avantage n’est plus si écrasant, et j’ai une nouvelle fois échoué à convertir, nous conduisant tous les deux vers le terrible Armageddon !

Cela dit, je me suis senti étonnamment optimiste pour cette partie décisive, dès lors que j’ai su que j’aurais les Blancs. Paravyan était toujours super limite au niveau du temps, alors sur un Armageddon avec 4 minutes contre 5, je ne voyais pas comment il pouvait tenir. Et j’ai effectivement remporté cette partie sans trop de difficultés.

1/16e : MVL – PRAGGNANANDHAA (2608) 1.5-0.5

J’ai commencé par une bonne nulle avec les noirs.

Praggnanandhaa-Mvl, 1/16e aller.
Praggnanandhaa-Mvl, 1/16e aller.

Je pensais même que j’allais gagner quand il m’a laissé 24…Ce4! 25.Td1 Cc5. Et puis il a trouvé la très jolie défense 26.Cf3! avec l’idée 26…Re8 27.Ce5! et je ne peux pas profiter de l’enfermement de sa Tour en c7.

Dans la deuxième, en revanche, il n’a pas très bien joué.

Mvl-Praggnanandhaa, 1/16e retour.
Mvl-Praggnanandhaa, 1/16e retour.

Je pense qu’il aurait dû jouer …a5 assez rapidement pour anticiper mon plan b3-Rb2, et avoir le break …a4 disponible. Ensuite, j’ai sacrifié la Dame. Enfin, je n’appelle pas ça un sacrifice quand on a Tour, Fou et pion, la paire de Fous, les colonnes ouvertes et un pion central passé 🙂 . Je me disais que même si ce n’était sans doute pas complètement gagnant, ça allait être très, très compliqué pour lui… Ce qui a effectivement été le cas.

1/8e : MVL – KARJAKIN (2757) 2.5-3.5

Pas l’appariement le plus facile en 1/16e de finales 🙂 .

Dans la première partie, il m’a sorti une énorme prépa dans la Berlinoise, qui force la nulle de façon complètement linéaire. Et il a décidé de ne pas jouer la deuxième en prenant une nulle forcée avec les blancs.

Juste après la fin de la deuxième partie (photo : FIDE).
Juste après la fin de la deuxième partie (photo : FIDE).

Je me doutais bien que ça allait être très tendu dans les tie-breaks…

J’étais plutôt content de ma prépa dans la première, après avoir employé une sous-variante contre la Berlinoise.

Mvl-Karjakin, 1/8e - Tie-break 1 aller.
Mvl-Karjakin, 1/8e – Tie-break 1 aller.

Je savais que j’étais mieux après 19…g6, mais je n’ai pas trouvé devant l’échiquier. La machine donne le sacrifice de pion 20.f5 Fxf5 21.g4, mais j’avoue que ça ne m’impressionne pas plus que ça. J’ai donc opté pour 20.Ce4 Ff5 21.Fc5, mais je dois dire que j’ai longuement hésité à jouer 21.Cf2 : après 21…h5 22.g4 hxg4 23.hxg4 Fe6, je me disais que je devrais sans doute jouer pour f5, mais je n’étais pas du tout sûr de cette position.

Dans la partie, j’espérais être un peu mieux après les nombreux échanges menant à une finale de Tours, mais il a très bien défendu.

Après une nulle solide dans le deuxième rapide, nous nous sommes dirigés vers les blitz. Le premier aurait pu tourner à la catastrophe car j’ai cru que je suivais ma prépa, mais en fait pas du tout 🙂 . Du coup, je me suis retrouvé tout de suite en grosse difficulté, et ai dû me défendre opiniâtrement jusqu’à la position suivante :

Karjakin-Mvl, 1/8e - Tie-break 2 aller.
Karjakin-Mvl, 1/8e – Tie-break 2 aller.

La finale était très compliquée à défendre, alors à un moment, j’ai décidé de forcer les événements par 67…Fe6? mais après 68.Cxg7 Fd7 69.Cf5 Fxf5 70.gxf5 d4, heureusement il a pris sans réfléchir 71.exd4? Txd4 avec une nulle facile. Mais s’il avait joué 71.e4! d3 72.Tc1 d2 73.Td1, je ne suis pas certain du verdict final de la position car je n’ai pas vérifié, mais ça n’a pas une bonne tête !

Du coup, dans la position du diagramme, j’aurais sans doute dû attendre par 67…Ta8, mais dans ce cas, j’avais peur d’une percée en g5 à terme, par exemple 68.Rh4 Td8 69.g5 fxg5+ 70.fxg5 hxg5+ 71.Rxg5 Ta8 (71…Rg8? 72.h6!) 72.Cd6 et pendant le blitz, je craignais que ça ne tienne pas. Mais à tête reposée, je vois bien que la forteresse est sans doute suffisamment solide après 72…Fe6 🙂 .

Dans la dernière partie, qui a décidé du sort du match, j’ai suivi le plan de jeu établi en amont en optant pour le Système de Londres dans le blitz. J’ai d’ailleurs pris l’avantage à la fin de l’ouverture, suite à une décision hasardeuse de sa part.

Mvl-Karjakin, 1/8e - Tie-break 2 retour.
Mvl-Karjakin, 1/8e – Tie-break 2 retour.

Ici, je pensais que j’étais proche du gain et j’ai donc pris du temps. J’ai d’abord vérifié 18.Cxe6 Dxe6 (18…Dxh5? 19.Cxg7+) 19.d5, mais c’est réfuté par 19…Df6!. J’ai ensuite calculé la ligne 18.Dh8+ Ff8 19.Cxb7 Cxd4, mais je n’ai pas vu de gain après 20.cxd4 Dxb7 21.Fd6 Rd7! 22.Fxf8 Dxb2 23.Td1 Db8. Peut-être que je reste un peu mieux, mais je pensais que c’était pas grand-chose, même si j’avais conscience que ça constituait sans doute la solution de sécurité.

J’ai donc finalement décidé de prendre le pion offert par 18.Dxd5 exd5 19.Cxb7 g5 20.Fd6 Ta7 21.Fxe7 Txb7, anticipant que j’aurais 22.Fa3 qui pourrait être risqué, et au pire 22.Fxg5. J’ai fait le choix de l’option plus aventureuse 22.Fa3 f5, mais là je pouvais jouer 23.f3 suivi de 24.Rf2 qui était tranquille, plutôt que de le laisser pénétrer en h2 par 23.Re2 Th7 24.Fc5 f4 25.b4 Th2.

Mvl-Karjakin, 1/8e – Tie-break 2 retour.

C’est ici que j’ai lâché le match en commettant une faute de calcul. J’aurais dû jouer 26.Tg1, mais c’était triste et je me disais que je pouvais même me retrouver moins bien s’il contrôle l’aile-Dame, qu’il met le Cavalier en e6 et qu’il pousse …g4. Du coup, j’ai choisi d’être actif par 26.a4? Txg2 27.Rf1 f3 28.b5?, et je n’ai pas du tout vu venir la suite !

J’étais en train de m’inquiéter que la variante 28…g4 29.bxc6 g3 30.fxg3 e3 soit supérieure pour les noirs, quand il a lâché son 28…e3! dont j’ai vite compris qu’il était bien plus mortel pour moi après 29.fxe3 Ca5! ; le Cavalier rentre en c4 ou b3 avec un effet dévastateur immédiat.

Pour moi, c’est une élimination qui s’est jouée à très peu de chose, mais de manière générale, Karjakin a été très, très fort sur ce match.

Que ce soit dans sa prépa avec les noirs, dans son jeu en rapide, ou dans sa capacité à se mobiliser dans les moments-clé. De mon côté, hormis peut-être cette fin de dernière partie, je ne crois pas avoir fait un mauvais match.

Dans l’ensemble sur cette Coupe du Monde, j’ai trouvé qu’il y avait quand même du mieux en termes de niveau de jeu.

Pour finir, je voudrais féliciter Etienne Bacrot pour son excellente performance à Sochi. Il aura fallu rien de moins que le champion du monde Magnus Carlsen pour l’éliminer de la compétition en ¼ de finale !

Félicitations également au Polonais Duda pour sa victoire finale. Lui et son adversaire en finale Karjakin prennent les 3e et 4e places pour les Candidats 2022 (Radjabov et le perdant du Championnat du monde Carlsen-Nepo ont les deux premières).

Prochaine étape pour jouer la qualif aux Candidats 2022, ce sera le grand Open de l’île de Man à la fin octobre qui, s’il peut avoir lieu, offrira les 5e et 6 places…

Les parties de Maxime à la coupe du monde :

En dépit de la reprise progressive des tournois, la pandémie continue de compliquer les voyages des joueurs professionnels, qui doivent s’adapter en permanence aux exigences des différents pays. Maxime en a une nouvelle fois fait l’expérience à la fin de cette Coupe du Monde à Sochi. Resté quelques jours sur place après son élimination afin d’épauler son compatriote et secondant Etienne Bacrot qui était encore en lice (finalement éliminé par Carlsen), il a dû réaménager complètement son calendrier. En effet, il était attendu à partir du 15 août à Saint-Louis (Usa) afin d’y disputer la Sinquefield Cup dans le cadre du Grand Chess Tour. Mais les organisateurs américains l’ont prévenu qu’il ne pourrait pas entrer aux Usa s’il passait par un pays en zone rouge, dont la France fait partie, mais pas la Russie 🙂 . Ils lui ont donc proposé de venir directement à Saint-Louis. Du coup, Maxime est parti de Sochi le 31 juillet, direction le Missouri, sans passer par la « case maison » à Paris : un périple de plus de 35h, via Moscou et une escale de nuit à New-York !

Le goût de la victoire

Victoire ! (photo : Lennart Ootes).

Je viens d’arriver à Sotchi pour y disputer la Coupe du Monde, dans le même avion en provenance de Moscou que mon nouveau compatriote Alireza Firouzja 🙂 . J’ai voyagé en Russie directement depuis Zagreb, où j’avais disputé la troisième étape du Grand Chess Tour. Le temps me manque pour revenir en détail sur ce tournoi que j’ai eu le plaisir de remporter, je vais donc me contenter de remarques générales.

Tout d’abord, j’ai apprécié revenir deux ans après dans une ville sympathique que je connais bien, avec en toile de fond les demi-finales et la finale de l’Euro – même sans la Croatie ni la France, malheureusement. J’étais également content de rejouer en Rapide et Blitz, juste après ma prestation en demi-teinte à Paris.

J’ai assez mal commencé les Rapides, avec une défaite d’entrée contre Mamedyarov, qui s’avérera toutefois être la seule. Je me suis bien repris en battant Anand tout de suite derrière puis, plus tard dans le tournoi, Duda.

J’ai dû déplorer quelques gaffes sur l‘ensemble de la compétition, mais c’est difficile à éviter complètement en Rapide, et encore plus en Blitz. Mais je n’en ai pas commis tant que ça, et j’en identifie surtout quatre de mémoire. Ma perte de Tour en un coup contre Mamedyarov en Rapide, même si la position était déjà difficile. Le Rapide contre Duda, que je remporte après avoir oublié une combinaison élémentaire qui perd un pion 🙂 . Et dans les Blitz, le premier contre Giri, où je laisse encore traîner un pion, et le deuxième contre Nepo où, à partir d’une position archi nulle, j’ai réussi à me retrouver perdant en trois coups, même si j’ai finalement sauvé le demi-point.

Mais ces quelques absences ont été compensées par une grande résilience, qui m’avait beaucoup manqué à certains moments décisifs dans les tournois précédents. C’était très important pour moi de retrouver ces qualités de défense et cette résilience, qui m’a permis de ne perdre que 2 parties sur 27 dans le tournoi, alors que j’aurais pu en perdre facilement cinq ou six, et ce n’aurait pas été la même musique au classement final !

Je suis très satisfait des Blitz, avec un résultat de +8 et une seule défaite. Je pense avoir fait le job, avec au passage quelques belles parties, surtout le premier jour. Car au final, le deuxième jour, j’ai surtout cherché à gérer quand j’ai constaté que je virais en tête grâce à Nepo qui enchaînait les défaites 🙂 . Après, j’ai pu préserver mon avance et m’adjuger le gain du tournoi une ronde avant la fin, en dépit du sprint final d’Anand.

Pour moi, le moment crucial, c’était contre Duda à l’antépénultième ronde. Il jouait aussi son va-tout parce qu’il devait impérativement gagner. Et du coup, on a produit une très grosse partie, vraiment sportive, dans laquelle j’ai fini par m’imposer !

Dans la partie suivante contre Garry, je pensais me contenter du demi-point car je n’avais pas prévu qu’il perde au temps dans une finale nulle élémentaire ; surtout qu’il lui restait à ce moment-là 13 secondes, plus l’incrément ! Il est clair que ça m’a fait un peu mal au coeur de le battre dans ces conditions, d’autant que j’avais déjà remporté le premier blitz contre lui en rétablissant par miracle une position cauchemardesque.

Classement final Zagreb (image : www.grandchesstour.com).

L’attraction à Zagreb aura également été le retour d’Anand et de Kasparov devant l’échiquier, avec il faut l’avouer, des destinées radicalement opposées 🙂 .

Garry, qui n’a disputé que la portion blitz, termine avec un calamiteux 2.5/18.

Un de ses problèmes, c’est qu’il a toujours cherché le combat dans toutes les parties, en dépit de sa préparation dans les ouvertures clairement déficitaire. Parce que même s’il y consacre encore du temps – ce dont je suis persuadé – on ne peut pas rester au niveau de préparation des joueurs pros aussi facilement. Ca lui a joué des tours sur beaucoup de parties ; notamment en début de tournoi, quand il a fait le choix de la variante 7…Dc7 dans la grande ligne de la Najdorf, qui était très jouable il y a encore seulement 10 ans, et que je jouais d’ailleurs moi-même à l’époque ; mais désormais, ça perd juste en ligne et c’est encore plus vrai en blitz 🙂 . C’est sûr que c’est vraiment très difficile de se faire pilonner comme il l’a été, mais je l’ai senti très frustré, sans réaction d’orgueil, et manquant de combativité dans la difficulté. A sa décharge, il n’avait pas joué depuis longtemps et a beaucoup d’autres activités. Forcément, face à des joueurs du top niveau, quand on est en mauvaise forme, ça ne pardonne pas. Je suis sûr que dans d’autres circonstances, il ferait un meilleur résultat…

Concernant Anand, je dois dire que j’avais des questionnements avant le tournoi, d’autant qu’il n’avait pas joué de tournoi en présentiel depuis plus d’un an.

Il a magnifiquement répondu, je pense ! Pas tant dans les Rapides, où il était encore un petit peu rouillé ; j’ai pu le constater quand il a perdu contre moi – une partie qui s’avèrera d’ailleurs complètement décisive pour la victoire finale ! En revanche dans les blitz, ses résultats ne trompent pas. La qualité de son jeu non plus, et j’ai comme exemple notre premier blitz, où je lui ai quand même mis une énorme pression sur le plan tactique, et qu’il a réussi à tout calculer correctement et à s’en sortir. Honnêtement, même s’il y a sans doute des fautes dans cette partie dingue, je crois que c’était peut-être la meilleure du tournoi. Une deuxième, à 51 ans et sans avoir joué depuis si longtemps, je dis juste chapeau à Vishy !

Un mot également sur Nepo, le futur challenger de Carlsen qui, à mon sens, se satisfera d’avoir tilté dans la portion blitz du tournoi, pour éviter de le faire pendant le match 🙂 . Il est en train de mettre son jeu en place et je trouve que dans les Rapides, il a montré un excellent niveau. Il trouve toujours des coups, il pose toujours des problèmes ; à l’évidence, il a confirmé les progrès qu’il a faits depuis un an, et sa prestation ratée en blitz n’y change rien.

Classement du GCT (image : www.grandchesstour.com).

Je suis certes en tête du classement Grand Chess Tour pour l’instant, mais il faut préciser que je suis le seul à avoir disputé 3 tournois, tous les autres sont à 2 !

Place maintenant à la Coupe du Monde ! Je me suis installé tranquillement, dans l’attente de mon entrée dans la compétition contre Moradiabadi (2555), un joueur que j’avais déjà rencontré en 2006 au Championnat de Paris (nulle). Après m’être imposé sur le score de 1,5-0,5 je rencontrerai en 1/32e de finale le Russe David Paravyan (2625).

Les parties de Maxime à Zagreb :

Entre les deux tournois du Grand Chess Tour à Paris et à Zagreb, Maxime a passé quelques jours à Châlons-en-Champagne, ou était organisé le Top 12, plus haute division du Championnat de France par équipes. Son équipe d’Asnières y a obtenu la deuxième place derrière Bischwiller, comme lors de la précédente édition de 2019. Une occasion rare pour lui de retrouver certains de ses amis et collègues français, et de renouer avec la convivialité des compétitions par équipes. Pendant ses 5 jours, Maxime aura pu prodiguer ses conseils et analyses à ses coéquipiers, mais aussi disputer deux parties, avec notamment une longue victoire en finale contre Laurent Fressinet, lors du match décisif perdu 1-3 par Asnières face à Bischwiller.

Les parties de Maxime au Top12 :