Horizon 2023 !

2023 !

2022 s’est conclue par plusieurs compétitions sur lesquelles je n’étais pas encore revenu. L’année qui commence m’offre l’occasion de me rattraper !

Championnat du monde par équipes
Jérusalem, 20-23 novembre

A l’occasion de mon retour en équipe de France, j’ai réalisé à Jérusalem un tournoi plutôt encourageant, en prenant également beaucoup de plaisir à passer du temps avec mes coéquipiers, dans une ambiance très conviviale. Les parties se disputaient à la cadence originale de 45mn +10s./coup, qui offre un bon compromis entre utilisation de la pression au temps et possibilité de chercher les bons coups. J’ai beaucoup apprécié cette cadence.

Comme le tournoi avait lieu à un endroit où il n’était guère recommandé de sortir le soir, il n’y avait pas grand-chose d’autre à faire que de rester à l’hôtel, et d’en profiter pour passer de bons moments de détente, entre parties de cartes et défis au ping-pong.

Pendant la phase de poule, nous avons réussi à nous qualifier de justesse. Nous avons gagné contre les Pays-Bas, mais nous aurions facilement pu perdre sur la partie de Laurent (Fressinet). Voici ma victoire dans ce match :

Van Foreest-Mvl, Ronde 2.
Van Foreest-Mvl, Ronde 2.

Ici, j’ai provoqué les blancs par 18…Rh7, avec l’idée de jouer …Dd7 en économisant le coup …Te8. En cas de 19.Txc6, j’étais prêt à jouer la position après 19…bxc6 20.Fxe7 (mais pas 20.Cxe7? f6 21.Cxc8 fxg5 22.Cxa7 Db6) 20…Dd7 21.Fxf8 Txf8 et les noirs récupèrent d4.. Mais Jorden a opté pour 19.Tc4, et après 19…Dd7 20.Te1 Tfd8 suivi de …f5, j’ai progressivement pris l’ascendant (0-1, 59 cps).

Finalement, nous nous sommes tout de même qualifiés pour la phase KO sans trop forcer. Nous avons fait match nul contre les Chinois, ce qui n’est pas si mal compte tenu du classement final 😊.

Li,L-Mvl, Ronde 5.
Li,L-Mvl, Ronde 5.

Après un long débat théorique sur une ligne très chaude de la Najdorf, nous avons obtenu cette position dans laquelle le joueur chinois a fait le choix douteux de 29.Df4?, au lieu du plus naturel 29.Cc4. Bien sûr, le Ca5 est imprenable à cause de l’attaque de mat le long de la colonne g, mais ma décision de liquider par 29…Fg7? 30.Dxf7 Txf7 31.Cc4 c2+ 32.Rxc2 Tc5 a mené à une nulle rapide. Pourtant, j’avais une alternative alléchante, dont je n’ai pas mesuré la force, 29…Th5! avec une menace …Cd5 très puissante ; en fait, les blancs auraient été en grand danger ici car cette position pose d’énormes problèmes pratiques.

J’ai bien aimé également ma victoire contre l’Espagnol Santos Latasa.

Mvl-Santos Latasa au 1er échiquier du match France-Espagne, sous le regard du capitaine Jean-Baptiste Mullon (photo : Fide).
Mvl-Santos Latasa au 1er échiquier du match France-Espagne, sous le regard du capitaine Jean-Baptiste Mullon (photo : Fide).

Cependant, ma défaite contre Vidit dans le match de quart de finale France-Inde que nous avons finalement perdu, ternit un peu l’impression générale. En effet, ma gaffe a été très préjudiciable à l’équipe.

Mvl-Vidit, ¼ Finale aller.
Mvl-Vidit, ¼ Finale aller.

Ici, j’ai commis l’irréparable avec 17.f4?. Evidemment, l’idée de pousser la majorité centrale s’impose dans cette position, mais il était nécessaire de la préparer par 17.Tae1 ou 17.Rh2. Le problème, c’est que je suis passé complètement à côté de 17…Ff5! qui donne un clair avantage aux noirs après 18.Dc1 (18.Dxf5 Fxc3 19.Fxc3 Dxe3+ 20.Rh2 Dxc3) 18…Fxc3 19.Dxc3 Fe4! (0-1, 70 cps).

Après cela, il n’y avait plus aucun doute sur le fait que nous allions perdre ce match aller. Nous nous sommes rattrapés lors du match retour, notamment après que Vidit ait commis une erreur grossière contre moi en perdant un pion.

Pendant le départage en blitz, j’ai été un peu dominé avec les noirs, et je n’ai pu faire qu’un match nul. Tout s’est donc joué pendant les derniers moments de la partie de Jules (Moussard). Malheureusement, ça a mal tourné pour lui et nous avons quitté la compétition à ce stade, ce qui est dommage. Ce furent tout de même de bons moments, avec une cadence qui devrait à mon sens être testée à l’avenir.

Speed Chess 2022
En ligne, 28 novembre & 15-16 décembre

L’habituelle compétition de fin d’année sur chess.com, dans un tableau final à 16 joueurs toujours particulièrement relevé. Rappelons qu’il s’agit de matches à élimination directe disputés sur 3 heures, en 5+1, 3+1 et 1+1…

La grille de départ du Speed Chess 2022 (image : www.chess.com).
La grille de départ du Speed Chess 2022 (image : www.chess.com).

Contre Nepo en 1/8e, c’était un match disputé au début, avec des parties de très bonne qualité, notamment de sa part. Il y a eu quelques moments critiques au début où nous nous rendions coup pour coup, avec de bonnes séquences de défense. Le match semblait assez incertain, même si j’étais légèrement en avance (un ou deux points). Finalement, tout s’est joué en Bullet, même si cela aurait pu moins bien se passer lorsque j’ai perdu la dernière partie du 3+1 en donnant une pièce en un coup 🙂 .

Et en Bullet, c’est la première partie qui a tout conditionné. Après cette défaite un peu chaude, Nepo n’a plus été en mesure de rivaliser (score final 19.5-11.5 en ma faveur).

Contre Wesley So en ¼ finale, c’était très bizarre car je ne m’attendais pas à ce qu’il se défende aussi bien dans sa situation. En effet, la tempête de neige qui sévissait alors dans le Minnesota où il réside, l’avait obligé à se déplacer dans le grand froid pour se connecter depuis une bibliothèque publique ! Je ne l’imaginais pas offrir une grosse résistance dans un tel contexte, mais ça a toutefois été le cas, au moins au début du match. Nous avons pu montrer quelques idées intéressantes, notamment dans la Najdorf. Wesley n’a pas si mal démarré en Bullet, mais à un moment je me suis envolé et c’était fini (score final 16.5-12.5 en ma faveur).

Ensuite, la demi-finale contre Magnus ; il n’y a rien à dire sur le résultat final (17-9 en sa faveur). Ce qui est dommage, c’est que globalement, Magnus n’a pas si bien joué que ça dans ce match. Cependant, il a été extrêmement ingénieux en défense, notamment dans des positions complètement perdues, ce qui a créé beaucoup de différences.

Tout d’abord, à 2-3, il y a la partie que j’ai perdue avec un bon pion de plus. Ensuite, il y a pas mal de parties où j’ai eu du matériel net en plus, et que je ne suis pas parvenu à concrétiser ; cela génère de la frustration. Même si j’ai réussi à tenir le score par la suite, j’étais quand même à -4 au début du Bullet, ce qui m’a contraint à une prise de risque maximale et Magnus s’est donc largement détaché sur la fin.

La partie de tableau de Maxime (image : www.chess.com).
La partie de tableau de Maxime (image : www.chess.com).

Danzhou
En ligne, 12-14 décembre

L’Association régionale des Echecs de Hainan (Chine) a organisé un tournoi Rapide au format hybride, avec 3 Chinois réunis dans un hôtel de Danzhou, et 5 autres joueurs participant depuis chez eux. J’y ai partagé la première place avec Giri et Bu (4.5/7 sans défaite), devant Ding Liren, Erigaisi et Rapport (3.5), Andreikin (3) et Ju Wenjun (1).

Voici la fin de partie décisive pour la première place :

Giri-Mvl, Ronde 4.

Nous étions tous deux à court de temps, et j’ai choisi ici de répéter à nouveau la position par 38…Te2 39.Rf1 Ta2 40.Rg1 Te2? Nulle. Mais à la place, j’avais à ma disposition le coup dévastateur 40…De2! 41.De3 Ta1+ (dans la précipitation, j’avais complètement oublié cet échec 😊) 42.Rg2 Df1+ 43.Rf3 et il ne restait plus qu’à trouver 43…Te1! pour compléter le tableau de mat.

Championnat du Monde Rapide & Blitz
Almaty (Kazakhstan), 26-30 décembre

Rapide

C’était la première fois que je venais au Kazakhstan… J’ai fait les comptes, c’est le 40e pays que je visite ! Nous sommes arrivés sur place 48h à l’avance avec Jules Moussard, afin de nous acclimater et d’éviter que les 5 heures de décalage horaire ne s’avèrent trop préjudiciables. L’autre français de l’aventure, Sébastien Mazé, est arrivé le jour même, mais il est resté en forme tout au long du tournoi, ce qui est une assez belle performance.

La première journée a été un peu difficile en termes d’occasions manquées. Il y avait clairement mieux à faire. J’ai tout de même terminé cette journée avec deux victoires et 3,5/5.

Kovalev-Mvl, Ronde 1.
Kovalev-Mvl, Ronde 1.

C’était la toute première ronde, et j’avais ici un net avantage avec les noirs. J’aurais pu le consolider par 34…Cg3+! 35.Rg1 Dc5 36.Dh6 (36.Db2 f6!) 36…Ce2+ et 37…Cc3. Mais j’ai commis une faute de calcul avec 34…Rh7?, oubliant qu’après 35.Db2, ma réponse prévue 35…De8? se heurtait à 36.Ce4! Fe7 37.g4, et c’est moi qui ai des problèmes. Du coup, j’ai fait machine arrière avec 35…f6, mais j’ai vite dû prendre la nulle par 36.Dxf6 Cg3+ 37.Re1 De8+ 38.Rd1 De2+ 39.Rc1 De1+ et perpétuel.

Le deuxième jour, j’ai commencé lentement par deux nulles :

Mvl-Yakkuboev, Ronde 6.

Ici, j’ai décidé de sacrifier temporairement un pion par 23.Cd5!? Cxd5 24.cxd5 exd4 25.Dd2 Tc4 26.Dd3 Tc3 27.Dxd4, et d’autoriser le dangereux sacrifice de qualité 27…Txf3!? 28.gxf3 Ch4 (28…Dh4 29.Rh1 Cf4 30.Tg1! n’est pas concluant) car après 29.De3 Df6 30.f4 Dg6+ 31.Dg3 Cf3+ 32.Rh1, la finale de Tours à venir me semblait jouable. Mais le jeune ouzbek n’a pas choisi cette voie, préférant 27…Tc5 28.g3 c6! 29.dxc6 Txc6 et la position est égale (Nulle, 40 cps).

Hasard de l’appariement, j’ai joué la ronde suivante contre mon ami Sébastien Mazé, qui a plus que confortablement neutralisé ma Petroff… (Nulle, 37 cps).

La Petroff est-elle un signe de gentillesse ? (photo : Fide).
La Petroff est-elle un signe de sympathie ? (photo : Fide).

Malgré une victoire contre Paravyan juste après, je n’avais pas eu beaucoup d’occasions à mon actif depuis le début de la journée. Bien que je sois parvenu à bien me concentrer contre la nouvelle star indienne Erigaisi dans la dernière partie, les choses ont mal tourné.

Erigaisi-Mvl, Ronde 9.

Après avoir souffert dans l’ouverture Veresov de mon adversaire, je me suis bien rattrapé dans le milieu de jeu, obtenant même cette position très intéressante à jouer. Malheureusement, j’ai raté 27…a4! car je croyais qu’après 28.Dd3 Db7 (idée …b3) les blancs étaient plus rapides : 29.Cf6+ Rh8 30.De4 Fh6 et j’avais l’impression que j’allais me faire mater après 31.Txg6, mais apparemment ce n’est pas le cas ! Je me suis donc replié sur 27…c5? mais c’est clairement une faute car cette fois, après 28.Dd3 Dc7 (28…Db7 29.Cxc5) 29.Cf6+ Rh8 30.De4 Fh6, les blancs ont 31.dxc5 (31.d5 était peut-être encore plus fort) 31…Tad8 (31…Dxc5 était réfuté, non par 32.Cd7? – je rêve de donner cette qualité ! – mais par 32.Txg6! fxg6 33.Dxg6 Txf6 34.exf6 De3 35.f4! Dxf4 36.Tg1! suivi de 37.f7) 32.c6 et les blancs sont gagnants, même si la conversion fut lente (1-0, 62 cps).

Le troisième jour, j’ai finalement commencé à mieux jouer. Notamment dans la deuxième partie du jour contre Indjic, où j’ai opté pour un sacrifice hyper spéculatif, mais dont j’ai senti qu’il offrait d’énormes chances pratiques.

Indjic-Mvl, Ronde 11.

Après avoir sacrifié le pion a7, j’ai rapidement décidé de continuer sur cette lancée avec 23…Fxh3!? 24.gxh3 Dxh3. Ici, le n°1 serbe a joué le logique 25.Dd1, ramenant la Dame à la défense du Roi, et a parfaitement tenu jusqu’à 25…Ch4 26.Df1 Df5 27.Rh2 h5 28.Cc3 Cg4+ 29.Rh1? (comme d’habitude, la machine donne le sempiternel 0.00 après 29.Rg1 Cf3+ 30.Fxf3 exf3…) 29…Cf3 30.Dg2?? Cxf2+! 0-1. 30.Fxf3 résistait encore, même si après 30…exf3 31.Rg1 (31.Dg1 Dc2! est une élégante conclusion qui illustre la domination noire) 31…Dg6! 32.Dh3 (32.Rh1 Dg5 et c’est bientôt mat) 32…Cf6+ 33.Rh2 Dc2! (à nouveau !) 34.Dxf3 Dxc3 35.Dd1 Ce4, les blancs ne survivront pas à cette finale.

Dans l’avant-dernière partie contre Amin Bassem, j’étais complètement perdant mais j’ai quand même fini par gagner au forceps… Puis j’ai conclu le tournoi Rapide par une partie encore plus difficile contre Keymer qui, s’il m’avait battu, se serait offert un match de départage pour le titre mondial contre Carlsen !

Mvl-Keymer, Ronde 13.
Mvl-Keymer, Ronde 13.

Malheureusement pour lui, après une prestation proche de la perfection, il m’a laissé échapper en poussant un peu trop vite son pion passé ; 52…f2?? (52…Cf7! et les blancs devront soit donner c4 gratuitement, soit autoriser le passage du Roi au soutien du pion f via e4-f4-g3) 53.Ff1! et les noirs ne peuvent plus empêcher 54.Re2 ; 53…Cxc4+ (53…Ce4+ 54.Re2 Rxc4 55.d6 =) 54.Re2 Rxd5 55.Rxf2 (Nulle, 65 cps).

Le moment où Maxime sauve la nulle contre Keymer ; sous les yeux de Magnus, sacré champion du monde Rapide… (photo : Fide).
Le moment où Maxime sauve la nulle contre Keymer ; sous les yeux de Magnus, sacré champion du monde Rapide… (photo : Fide).

Deux sauvetages avec les blancs pour finir le tournoi à 8.5/13, ce n’était pas très glorieux, mais je trouvais que je commençais à un peu mieux profiter des opportunités offertes, ce qui m’a rassuré pour le tournoi de blitz.

Blitz

J’avais donc un titre mondial à défendre face à une terrible opposition emmenée par Magnus Carlsen… Au début, ça s’est plutôt bien passé. J’ai commencé avec 6/8, dont certaines parties plutôt bien jouées et d’autres un peu moins. Je restais encore en lice, mais j’ai subi une période de « trou noir » terrible pendant les quatre dernières parties du jour, où je ne voyais rien. Notamment l’enchaînement des parties contre Bluebaum et Paravayan m’a causé beaucoup de difficultés : j’ai perdu contre Bluebaum avec un pion de plus en essayant de gagner à tout prix. Ensuite, contre Paravayan, j’ai obtenu une finale qui était sans doute gagnable, mais je n’ai pas réussi à la convertir et cela m’a fait très mal. J’ai encore perdu deux parties stupidement à la fin de la journée et je me suis retrouvé très, très mal placé.

Le deuxième jour, j’ai perdu dès la deuxième partie. Je savais déjà que je n’avais plus aucune chance de titre. Cependant, j’ai essayé de me remettre un peu dans le bain. J’y suis parvenu sur le plan comptable, mais ce n’était pas convaincant dans le contenu ; même les parties gagnées étaient encore trop fébriles. J’ai fait une série à 5/5, j’étais donc censé être à nouveau en confiance, et pourtant j’ai senti que je n’étais toujours « pas dedans » ; les coups ne sortaient pas comme je le voulais…

Malgré tout, et en dépit d’un niveau de jeu très insuffisant, j’étais encore en course pour une place dans les 8 ou 10 premiers à deux rondes de la fin. Contre Harikrishna avec les noirs à l’avant-dernière, j’ai enfin joué une bonne partie ; malheureusement je n’ai pas réussi à conclure, même si ce n’était pas facile.

Contre Fedoseev à la dernière, j’ai joué mon va-tout, avec l’idée d’accrocher une 12 ou 13e place qui aurait été moins catastrophique que mon classement final (31e). J’ai donc refusé la proposition de nulle de mon adversaire et bien sûr, j’ai fini par perdre 😊.

De toute façon, une place de 10 ou 12e n’aurait rien changé au fait que j’ai traversé a minima la deuxième partie du tournoi comme un fantôme…

Les trois français avec Van Foreest (photo : Fide).
Les trois français avec Van Foreest (photo : Fide).

Malgré mon résultat décevant, l’ambiance à Almaty était agréable, ce qu’ont également ressenti Sébastien et Jules. Ce dernier a pu comprendre à quel point le tournoi est difficile, particulièrement intense et fatigant, exigeant également de bien gérer ses émotions. Il a conclu la première journée de blitz à un très haut niveau, et termine finalement le tournoi avec le même nombre de points que moi (12.5). Il a joué quelques parties de très bon niveau en début de deuxième journée, en essayant justement de se hisser parmi les leaders. Cela s’est beaucoup moins bien passé à ce moment-là, mais il s’est frotté à la super élite sur les premiers échiquiers et a vécu une expérience qui lui sera de toute façon très utile. Sébastien s’est vraiment bien battu tout au long des deux tournois. Il a eu une ou deux journées difficiles, mais il obtient quand même un très bon résultat d’ensemble dans ce contexte aussi relevé.

Nous sommes sortis dans Almaty à la fin du tournoi le 30 décembre. Même si évidemment c’était un peu compliqué pour moi au début, car je n’étais pas forcément d’humeur. Nous sommes rentrés en France le 1er janvier et avons donc passé la soirée de Nouvel An au Kazakhstan, dans un bar à cocktails qui est, paraît-il, dans le Top 10 mondial du genre 😊. Assez improbable, mais une très bonne expérience !

Pour moi, le début de cette nouvelle année 2023 s’annonce très calme au niveau compétitions. Il y aura certainement des petites choses entretemps, mais je ne pense pas disputer de tournoi majeur avant au moins le mois de mai. C’est l’opportunité parfaite pour vraiment évaluer ce qui s’est mal passé tout au long de l’année 2022. Bien sûr, j’ai déjà commencé, au sein d’une nouvelle structure qui impose une mise en place, une approche et des méthodes de travail différentes.

Tout n’a pas marché ces derniers temps. Il y a des choses qui fonctionnent plutôt bien, d’autres qui sont clairement à réévaluer.

Cela va être ma mission des prochains mois…

Les parties de Maxime au Championnat du monde par équipes :
:

Les parties de Maxime au Speed Chess :
:

Les parties de Maxime du Danzhou en ligne :
:

Les parties de Maxime au championnat du monde Rapide :
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Les parties de Maxime au championnat du monde Blitz :
:

Just a wristwatch on my arm

En arrivant pour la deuxième journée du tournoi de blitz à Almaty, Maxime a commis une erreur qui aurait pu lui coûter cher… En effet, il a oublié de retirer sa montre connectée avant de passer les contrôles, et a joué la première ronde contre Petrossian avec cet accessoire. Pendant la partie, en relevant ses manches de chemise, il a réalisé sa méprise mais personne ne l’a remarqué, ni son adversaire, ni les arbitres qui se trouvaient autour des échiquiers ! La partie s’est finalement terminée par une nulle mais Maxime était fortement déconcentré à cause de cet incident, se demandant en permanence comment il avait pu être assez idiot pour ne pas s’en rendre compte avant 😊.

S’il avait été repéré par l’arbitre, il aurait évidemment perdu la partie sur tapis vert…

Changement de cycle

MVL et Etienne Bacrot

Etienne Bacrot et moi avons arrêté notre collaboration depuis maintenant quelques mois… Celle-ci avait commencé il y a plus de sept ans, au printemps 2015, lorsqu’il est devenu mon entraîneur principal ; c’est donc un long cycle que nous avons vécu ensemble. Et ce cycle est maintenant parvenu à son terme, dès lors que nous avons partagé le constat qu’il n’y avait pas suffisamment de renouvellement d’idées et plus suffisamment de nouveaux challenges dans notre collaboration. Au final, une certaine routine s’était installée de mon côté, et elle devenait dommageable pour mes résultats sportifs.

C’est l’occasion pour moi de revenir au commencement – et même avant le commencement – puisque la première fois qu’Étienne m’a parlé de travailler ensemble, ou plutôt que lui travaille pour moi, c’était en 2014, pendant le championnat de France à Nîmes où j’étais passé une journée. Il m’a dit à cette occasion que dès le tournoi de Bienne de l’année précédente où on s’était rencontrés, il avait constaté que j’étais devenu extrêmement fort. Même si je n’avais fait que +1, avec 3 victoires et 2 défaites, il estimait que dans la manière, il y avait vraiment tous les ingrédients pour m’amener au plus haut niveau. Et donc il se proposait de m’aider, de me guider…

Je dois avouer que ma réaction spontanée a été mitigée ; en fait, cette proposition s’avérait compliquée à gérer pour moi. Même si j’étais flatté par son offre, lui et moi étions encore au coude-à-coude en termes de classement Elo ; ça me semblait donc un peu prématuré par rapport à cette rivalité.

Mais pour Etienne, je venais juste de tenir le premier échiquier de l’équipe de France aux Olympiades de Tromso, et le passage de témoin était désormais irréversible. Il considérait qu’il était donc naturel de me proposer ses services. Cette discussion a finalement débouché sur un galop d’essai, à savoir un premier stage de préparation que l’on a fait ensemble fin 2014, sans notion d’entraîneur / entraîné.

A ce moment-là, je travaillais encore avec le Slovène Alexander Beliavsky. Objectivement, ça se passait plutôt bien, mais c’est l’époque où j’ai commencé à participer aux tournois les plus importants et à affronter des joueurs du Top vraiment très bien préparés. Certes, Wijk aan zee en janvier 2015 avait été un franc succès, puisque j’y avais battu mon record Elo, avec 2775. Mais ensuite, j’ai connu un trimestre très compliqué, avec je crois une seule victoire en trois ou quatre mois !

C’est à ce moment-là que j’ai senti qu’il fallait changer quelque chose. Je suis donc revenu vers Etienne, et il a « officiellement » commencé à travailler pour moi. Ca a complètement changé ma perspective sur la préparation dans les ouvertures parce que c’était la première fois que j’étais confronté à quelqu’un qui avait une vision bien plus globale du travail requis. Alexander était un très bon entraîneur, mais en termes d’ouvertures, il était devenu vraiment trop limité, notamment pour essayer d’obtenir l’avantage avec les blancs. Et le travail effectué avec Etienne a trouvé une concrétisation rapidement, dès le deuxième semestre 2015, quand j’ai gravi les échelons en même temps que je commençais à vraiment jouer tous les gros tournois, notamment ceux du Grand Chess Tour, d’abord en Norvège, puis à Saint-Louis, et enfin à Londres – avec une prestation d’ailleurs extrêmement aboutie.

Parfois, on doit jouer ensemble ! Comme ici au Grand Chess Tour 2017 à Paris, avec un certain Garry K qui donne le go (photo : Gct).
Parfois, on doit jouer ensemble ! Comme ici au Grand Chess Tour 2017 à Paris, avec un certain Garry K qui donne le go (photo : Gct).

En termes d’organisation du travail, c’est vrai que je n’étais plus aussi créatif, dans le sens où je cherchais moins d’idées. Ma mission, c’était surtout d’être efficace au niveau de la maîtrise de mes ouvertures, et d’arriver avec autant d’énergie que possible devant l’échiquier ! Quant à Etienne, sa principale tâche consistait à générer les fichiers d’ouverture avec l’aide d’ordis de plus en plus puissants. Ce qui supposait évidemment de vérifier attentivement toutes les nouvelles idées, tout ce qui avait pu être joué dans les parties de la semaine précédente, voire de la veille, afin d’être sûr de ne rien laisser passer. De cette façon, je me suis construit un répertoire beaucoup plus solide avec les noirs, et en capacité de résister dans le temps ; tout en évitant de devoir travailler en dernière minute avant chaque partie, ce qui est évidemment indispensable pour rivaliser avec le top du top. Bien que les ouvertures restent centrales dans la préparation, Etienne a aussi constamment veillé à ce que je conserve ma forme échiquéenne au travers d’exercices et d’études bien choisis.

Tout au long de ces sept années de collaboration, l’évolution principale a bien sûr été l’accès à des logiciels de plus en plus puissants et de plus en plus faciles d’utilisation. Il n’y a plus besoin d’énormes machines depuis l’arrivée d’AlphaZero (même si ce logiciel n’était pas disponible pour le public), qui a tracé la voie en matière d’Intelligence Artificielle. Plus près de nous, le Stockfish actuel, Stockfish 15, est tellement plus fort que Stockfish 8 par exemple… Du coup, ça rend une partie de la tâche plus simple, dans le sens où trouver les bons coups ou les bonnes idées, c’est évidemment plus facile ! Mais le problème, c’est que tout le monde a accès à ces idées et pour faire la différence, il faut donc apporter quelque chose de plus. Ce qui nécessite bien plus de travail, des fichiers nettement plus approfondis, avec le risque majeur de s’y perdre ; comme ça a été un peu mon cas ces derniers temps 🙂 .

J’ai eu une période assez compliquée en 2022, au moins au niveau du Elo ! Mais malgré ça, je n’ai pas compromis mes objectifs pour les deux années à venir, avec notamment ma qualification pour le circuit du Grand Chess Tour en 2023. Je serai donc présent l’année prochaine sur toutes les compétitions majeures et sur les épreuves qualificatives pour les Candidats 2024.

Évidemment, je ne reste pas les bras croisés dans cette période de transition, d’autant que j’ai depuis peu un nouvel encadrement échiquéen, dont le profil correspond aux caractéristiques et aux orientations que j’avais fixées avec mon staff. Bien sûr, travailler dans un nouvel environnement requiert une période d’adaptation et de réglage. La bonne nouvelle, c’est que j’ai la chance de disposer de ce temps, une denrée plutôt rare d’habitude ! En effet, mes prochaines grosses échéances devraient débuter autour de mai 2023, ce qui laisse un peu de marge…

Je vais quand même profiter de ces lignes pour faire un bilan de ma période avec Etienne, en récapitulant mon palmarès de ces sept années… J’ai remporté beaucoup – enfin, je ne sais pas si c’est « beaucoup », mais disons un certain nombre 🙂 – de tournois. En classique, deux fois la Sinquefield Cup, Bucarest, Dortmund, Shenzhen, ainsi que deux nouveaux titres à Bienne et deux demi-finales de Coupe du Monde. Des Rapides/Blitz à Paris et Zagreb, et le titre mondial 2021 en blitz. La 2e place du circuit professionnel (Grand Chess Tour) quatre années de suite ! Sans oublier les compétitions par équipes, qui m’ont apporté plusieurs titres avec mon club allemand de Baden-Baden, avec Clichy en 2017, puis une Coupe de France avec Asnières en 2019. L’équipe de France n’a pas glané de titre pendant les différentes épopées de cette période, mais on retiendra tout de même la belle médaille d’argent obtenue au Championnat d’Europe des Nations 2021 en Slovénie.

Au niveau des classements mondiaux, j’ai eu l’occasion d’occuper la 1e place en blitz comme en rapide, et la 2e place en classique. Et enfin, cette fameuse deuxième place aux Candidats 2020/2021, qui restera en même temps un bon résultat et une déception 🙂 . Entre le jour où la Fide m’a annoncé que je remplaçais Radjabov et l’interruption du tournoi à mi-parcours, il ne s’est passé que 3 semaines ! Encore un grand merci à Etienne pour sa réactivité et pour tout le travail accompli dans ce court laps de temps…

Mini-stage de préparation, juste avant les Candidats 2020 (Photo : Alpha Echecs).
Mini-stage de préparation, juste avant les Candidats 2020 (Photo : Alpha Echecs).

L’ensemble constitue quand même un bilan assez positif, même si les déceptions liées au cycle de championnat du monde sont certainement ce qui aura le plus marqué les gens.

Il y a eu une très belle période en 2015/2016, dès qu’Etienne et moi avons commencé à travailler ensemble, même si le tout premier tournoi a été catastrophique (Grand Prix Fide, Kanty-Mansyik), avec une dernière place et un record de 4 défaites d’affilée. Je suis donc redescendu à ce moment-là sur un point bas de 2723, mais la deuxième moitié de l’année 2015, j’ai fini sur les chapeaux de roue pour arriver à 2785 en début d’année 2016. D’ailleurs, je pense que mes meilleures années en termes de résultats sont 2016 et 2017 ; je suis resté invaincu sur une longue période et je suis parvenu à mon point haut à 2819.

S’il y a une année où il est vraiment dommage que je ne me sois pas qualifié sportivement pour les Candidats, c’est bien 2017, qui était sans doute ma saison la plus aboutie…

Le futur a donc déjà commencé pour moi, et je suis assez excité par le nouvel environnement et les nouvelles méthodes de travail qui sont désormais les miens. Je suis sûr que le semestre qui vient me permettra d’absorber le changement et d’aborder les échéances majeures en étant mieux armé.

D’ici là, il reste quand même quelques objectifs de fin d’année, avec le Championnat du Monde des Nations à Jérusalem (20-25 novembre), et bien sûr la défense de mon titre lors du Championnat du Monde Rapide et Blitz à Astana, Kazakhstan (26-30 décembre). Quant aux premiers mois de 2023, rien n’est très clair dans le calendrier pour l’instant…

La seule fois que Maxime était allé en Autriche, c’était à tout juste 10 ans, début décembre 2000. Il y avait disputé à Graz le Championnat rapide des pays d’Europe Centrale et de l’Ouest (Mitropa), catégorie U12. Maxime avait pris la deuxième place du tournoi. 22 ans plus tard, il a eu l’occasion de revenir deux fois en Autriche en l’espace d’un mois ! Début octobre pour y disputer la Coupe d’Europe avec son club d’Asnières, qui obtiendra finalement la médaille de bronze dans la compétition. Puis début novembre avec son nouveau club de Linz, pour les premières rondes de la Bundesliga autrichienne. Les compétitions étaient organisées dans la région du Tyrol, dans les deux cas assez près d’Innsbruck. En termes de résultat, Maxime a réalisé 4/8 au total (+1, -1, =6, avec 5 fois les noirs), pour ce qui pourrait constituer sa dernière apparition en partie classique avant un long moment…

Des hauts et des bas

Mvl mène la discussion pendant la cérémonie d’ouverture (Photo : St-Louis Chess Club).

Tous les tournois ne se ressemblent pas, et la fin du Grand Chess Tour 2022 aux Usa n’a pas été à la hauteur de son début à Bucarest…
Je suis arrivé à Saint-Louis le 24 août, pour le traditionnel enchainement du Rapid & Blitz puis de la Sinquefield Cup, étapes finales du Grand Chess Tour. J’étais déjà depuis deux semaines sur le sol américain, donc j’étais plutôt bien adapté au changement d’horaire (-7h). Certes, j’avais des heures de sommeil différentes par rapport à d’habitude en France car je dormais plus tôt. Mais je sentais que ce serait de toute façon une bonne chose puisque les parties étaient programmées à 13h.

St-Louis Chess Club
St-Louis Chess Club

RAPID & BLITZ

J’ai été assez convaincant dans les Rapides. Même si j’ai raté quelques occasions, j’en ai converti deux belles contre Mamedyarov et Caruana. J’étais assez satisfait de ma prestation pendant les trois jours du Rapide. C’était assez propre, d’autant que j’avais eu cinq fois les noirs et que j’avais rarement été en danger ; donc je pensais que tout allait bien 🙂 . Mais dès le début du blitz, les problèmes ont commencé… Je ne sais pas si c’était la fatigue – sans doute un peu – mais en tout cas, je n’arrivais pas à jouer aussi rapidement et de façon aussi fluide que d’habitude.

Certes, ce n’était pas non plus au niveau de mon début de tournoi en Norvège où j’avais perdu les cinq premières parties en blitz, mais je sentais qu’il y avait quelque chose qui n’allait pas. Le premier jour, j’ai beaucoup perdu avec les noirs et le deuxième jour, soudainement, ça s’est inversé ! J’ai notamment perdu une partie grotesque contre Nakamura… J’étais en perte complète de sensations. Je sais que ça arrive toujours en blitz d’avoir des journées sans, mais là c’était vraiment brutal par rapport aux Rapides, ce qui était assez bizarre.

Malgré tout, j’ai partagé la 3e place du Rapid & Blitz avec Caruana, conservant la tête du Grand Chess Tour au classement général, d’une courte tête devant Alireza. Je savais qu’il allait falloir assurer à la Sinquefield Cup pour maintenir ce statut, mais les choses ne se sont pas passées exactement comme prévu 🙂 .

SINQUEFIELD CUP

J’ai eu une première partie compliquée contre Dominguez, mais j’ai plutôt trouvé des bons coups donc je me disais que c’était plutôt pas mal. Ensuite, j’ai réalisé deux prestations assez normales contre So et Mamedyarov ; avec trois nulles, dont deux avec les noirs, je pensais que ça démarrait correctement, mais il fallait maintenant passer l’obstacle Caruana, encore une fois avec les noirs.
Au début de cette partie, nous avons tous constaté l’absence de Magnus. Comme les autres, j’ai été perturbé pendant 15-20 minutes, le temps de comprendre ce qui se passait et de mesurer le pataquès que ça allait générer 🙂 . Mais j’ai pu me reconcentrer rapidement sur ma partie.

Comme prévu, Fabiano m’a défié dans un long débat théorique sur la Najdorf. Et sa mémoire s’est une nouvelle fois révélée plus précise.

Caruana-Mvl, Ronde 4.
Caruana-Mvl, Ronde 4.

Ici, je me souvenais de 22.Db7, mais pas de 22.De4. J’ai donc dû réfléchir et j’ai opté pour 22…Te5 (22…Te8! est le plus précis) 23.Dxf4 f6?. Je savais que ce coup intervenait dans certaines lignes, mais ici, ce n’est assurément pas une bonne idée ! J’avais envie d’une solution concrète qui force un peu les événements, mais j’ai manqué de sens du danger et j’aurais dû me contenter d’être un peu moins bien après l’alternative que j’avais envisagée, 23…Db4. Dans la partie, 24.Dd2! (au lieu de 24.Dh2) m’aurait posé de très gros problèmes et le fait est que l’ordinateur s’affole ici en faveur des blancs ; ma Dame est hors-jeu et les blancs menacent de développer une initiative sur l’aile-Roi où mes cases blanches sont affaiblies.
J’ai donc continué à souffrir, mais en pratique, c’était tout sauf facile pour les blancs, et je suis parvenu à rentrer dans une finale de Dames avec de bonnes chances de nulle. Mais je pense que je vais faire des cauchemars si je commence à aller analyser cette finale. En tout cas, les machines nous montrent que Fabiano a raté deux fois le gain, et moi deux fois la nulle, et comme d’habitude, c’est celui qui a fait la dernière faute qui a perdu…

Caruana-Mvl, Ronde 4.
Caruana-Mvl, Ronde 4.

Ici, le seul coup pour faire nulle était 88…De7!, ne me demandez pas pourquoi ! Mais j’ai joué le plus humain 88…De6+? et j’ai perdu…
Je savais que dans ces positions D+ 2p contre D, il y a des versions qui sont gagnées et d’autres nulles, et que par exemple, Meier en avait perdu une similaire contre Carlsen aux Olympiades. Mais après, pour démêler lesquelles sont lesquelles et pourquoi, c’est absolument impossible en partie ! D’ailleurs, je dois avouer que mon intuition penchait plutôt en faveur de la nulle, mais que cette intuition était donc fausse !

Fleur contre ananas… (Photo : St-Louis Chess Club).
Fleur contre ananas… (Photo : St-Louis Chess Club).

Contre Nepo le lendemain, j’ai joué ma prépa et je pensais être un peu mieux dans la finale, mais je pense que je n’ai pas été assez précis pour poser suffisamment de problèmes ; un constat valable de manière générale.

Avec 2/5 avant la journée de repos, j’ai compris que le gain du Grand Chess Tour devenait improbable. Je sentais que je ne jouais pas assez bien de toute façon pour faire vraiment mal. Mais il fallait que je me reprenne dans les quatre dernières rondes, afin de conserver la deuxième ou la troisième place du circuit, qualificatives pour l’édition 2023.

Malheureusement, la partie de la ronde 6 contre Aronian a confirmé mes craintes.

Aronian-Mvl, Ronde 6.
Aronian-Mvl, Ronde 6.

Toujours dans la variante 6.Fe3 de la Najdorf, Levon a joué une idée nouvelle, 16.Thf1!? (au lieu de 16.The1), que je connaissais toutefois – mais pas aussi bien que lui ! Je suis tout de même parvenu à annihiler son petit avantage et je suis bien revenu dans la partie.

Malheureusement, cette amélioration en qualité s’est faite au détriment de la pendule car j’ai dû prendre beaucoup plus de temps par rapport à ma partie contre Caruana. Dans l’ensemble d’ailleurs, j’ai été d’une lenteur jamais vue dans les dix dernières années de ma carrière au moins ! Et du coup j’ai fini par paniquer en manque de temps, par manque d’habitude sans doute de jouer sous pression sur mes dernières secondes.

Aronian-Mvl, Ronde 6.
Aronian-Mvl, Ronde 6.

Ici, avec seulement 1’ à la pendule, j’ai vainement essayé de faire marcher 36…Tb7 ; mais après 37.Txe4 (37.Rc2? Tg5!), 37…Txb3+? serait impossible à cause de 38.Rc2 Tb4 39.Rc3 gagnant du matériel. J’aurais dû trouver le coup de sécurité 36…Te7!, mais avec seulement 3 secondes à la pendules, j’ai craqué avec le ridicule 36…f5?, qui donne la partie en un coup ; après 37.fxe4 Rh6 38.exf5 Txf5 39.Tf1 Tcf7 40.b4, les blancs se sont facilement imposés avec leur pion de plus à l’aile-Dame.

Pensif… (Photo : St-Louis Chess Club).
Pensif… (Photo : St-Louis Chess Club).

J’ai ensuite fini par deux nulles pour clôturer le tournoi. D’abord contre Niemann, sans doute en ratant l’opportunité de prendre l’avantage dans le milieu de jeu. Et ensuite contre Alireza, en sachant que ça me garantissait la troisième place du Grand Chess Tour, quels que soient les autres résultats de la dernière ronde.

Mvl-Firouzja, Ronde 9.
Mvl-Firouzja, Ronde 9.

Ici, il s’est passé quelque chose d’assez marrant ; Alireza a réfléchi une dizaine de minutes, pendant lesquelles je me suis levé et j’ai réfléchi au classement. Et je me suis rendu compte avec effarement que si une nulle contre Alireza me garantissait absolument la 3e place du Grand Chess Tour, ce n’était pas le cas en cas de victoire ! En effet, si Niemann et Aronian s’imposaient contre Nepo et Mamedyarov, alors Caruana aurait partagé la première place du tournoi, et me serait passé devant d’un quart de point au classement du Grand Chess Tour. Autant dire qu’en retournant sur l’échiquier, ma détermination à faire nulle était devenue totale !

Classement final du Grand Chess Tour 2022 (Image : St-Louis Chess Club).
Classement final du Grand Chess Tour 2022 (Image : St-Louis Chess Club).

Il me reste à féliciter Alireza pour son parcours exceptionnel à Saint-Louis. Remporter à la suite le Rapid & Blitz puis la Sinquefield Cup, personnne ne l’avait jamais fait !

Les parties rapides de Maxime à Saint Louis :
:

Les parties de blitz de Maxime à Saint Louis :
:

Les parties classiques de Maxime à Saint Louis
:

Greenwich Village Folk Song Salesman

Avant de participer aux deux tournois du Grand Chess Tour à Saint-Louis, Maxime avait d’abord pris une semaine de vacances en Floride, puis participé à deux exhibitions sur la côte Est. La première s’est déroulée à Bridgeport (Connecticut), en marge de l’Open organisé par le dynamique Dan Starbuck-Pelletier et son équipe. Accueilli en guest star pendant trois jours, Maxime a pu animer des masterclasses, donner des simultanées, et participer à un tournoi de blitz. Ensuite, à l’invitation du Manhattan Chess Club, il a parcouru la centaine de kilomètres qui le séparaient de Greenwich Village au cœur de New-York pour disputer une simultanée dans ce club mythique, qui a déjà accueilli en son sein les plus grands noms des 64 cases.

Magnus et les deux français

Participants GCT Zagreb

Le week-end des 9-10 juillet, j’ai effectué un passage express à Brême pour la fin de la Bundesliga. Bien qu’étant souffrant à ce moment-là, j’ai pu apporter deux nulles aves les noirs, et participer au nouveau titre de champion d’Allemagne de Baden-Baden.

Avec Jules Moussard dans l’enceinte du stade du Werder de Brême (Photo : Paul Meyer-Dunker).
Avec Jules Moussard dans l’enceinte du stade du Werder de Brême (Photo : Paul Meyer-Dunker).

Quelques jours plus tard, je partais pour Zagreb avec mon compatriote Alireza Firouzja, afin d’y disputer le tournoi Rapide & Blitz du Grand Chess Tour 2022.

Voici les moments les plus importants de la partie Rapide, ainsi que quelques moments spectaculaires de la partie Blitz :

TOURNOI RAPIDE

Ronde 1 : TOPALOV-MVL

Un bon démarrage dans le tournoi en dépit d’une ouverture pas très maîtrisée.

Topalov-Mvl, Rapide ronde 1.

Ma manoeuvre …Ca6-c7 n’était pas précise et j’ai tenté de compliquer les choses en préparant …f5. Je pense que Veselin a craint ce coup et il a pris la décision bizarre 12.dxe6? qui s’avère être une faute stratégique car …f5 aurait été au moins aussi risqué pour moi que pour lui ! Après 12.dxe6? Cxe6 suivi de …Fb7, j’ai pu mettre la pression sur e4 et prendre rapidement l’avantage.

Ronde 3 : CARLSEN-MVL

Carlsen-Mvl, Rapide ronde 3.
Carlsen-Mvl, Rapide ronde 3.

Ici, les blancs devaient commencer par 9.Dd2! pour tenter de réfuter mon sacrifice de pion dans l’ouverture. Car après 9.Fb2?!, j’ai pu placer l’élégant 9…Fa3!, et j’avais calculé qu’après 10.0-0-0 Dxc3 11.Fxa3 Cf6! (mais pas le suicidaire 11…Da1+? 12.Rd2 Dxa2 13.Fb5!) 12.Dc4 Da1+ 13.Rd2 Dxa2, les blancs n’avaient pas mieux que le perpétuel qui suit 14.Te1+ Fe6 15.Txe6+ fxe6 16.Dxe6+. Une ligne qui peut sembler dangereuse, mais j’avais compris que les Cavaliers protégeaient en fait plutôt bien mon Roi.

Une partie très marrante pour terminer la première journée…

Ronde 4 : MVL-VAN FOREEST

Mvl-Van Foreest, Rapide ronde 4.
Mvl-Van Foreest, Rapide ronde 4.

Une partie extrêmement complexe dans laquelle j’ai un peu craqué pour me retrouver dans une finale inférieure, mais que j’ai tenue.

Malgré 50 coups de torture, la nulle a été signée au 104e coup !

La photo officielle du tournoi (Photo : Grand Chess Tour).
La photo officielle du tournoi (Photo : Grand Chess Tour).

Ronde 5 : FIROUZJA-MVL

J’ai obtenu une bonne position contre une ligne d’ouverture marginale, avec un très rapide h3-g4-Fg2 sur la Sicilienne. Mais comme souvent, c’est dans la transition ouverture / milieu de jeu que j’ai dû perdre un peu le fil. Certes, c’est une phase qui constitue l’une des principales difficultés aux échecs, mais il est certain qu’il y a là un axe d’amélioration dans mon jeu.

Toujours est-il que je me suis retrouvé vraiment moins bien après 20 coups…

Firouzja-Mvl, Rapide ronde 5.
Firouzja-Mvl, Rapide ronde 5.

Malgré une bonne série de coups en défense, j’aurais continué à souffrir après un coup normal comme 21.Fe4 ou 21.h4, voire le plus brutal 21.f4. Mais Alireza a voulu gagner un pion qu’il n’aurait pas dû prendre ! Après 21.cxb4?! Cxb4 22.Cxe5, j’ai pu activer mes pièces par 22…Td8 23.Fe4 g6 24.h4 Cd5 25.Fd2 Tb8. Ensuite, j’ai fait une très bonne partie je crois, avec pas mal de pointes tactiques. Cela dit, c’est devenu un enfer à calculer, et il y a certainement eu des erreurs de part et d’autre ; dans une position pareille, c’est normal.

Mais ce qui l’est moins, c’est d’avoir raté la conversion alors que j’avais fini par obtenir une finale gagnante, avec en plus un peu d’avance à la pendule.

Firouzja-Mvl, Rapide ronde 5.
Firouzja-Mvl, Rapide ronde 5.

C’était le moment de ralentir et d’investir une bonne partie de mes 2’30’’ restantes pour comprendre que le naturel 52…Ta4! gagnait tranquillement, malgré l’arrivée du Roi en b3 : 53.Rc3 Fxg5 54.Rb3 Te4! et la Tour revient en e8 pour contrôler le pion a, tandis que le pion h5 est un bolide. Dans la partie, j’ai réussi l’exploit de le laisser construire une forteresse sur cases noires après 52…Tb1 53.Fe3 Tb5 54.a6 Fxg5? 55.a7 Ta5 56.Fxg5 Txa7 57.Re4. Quand j’ai vu le soir ce que j’avais raté, je me suis dit que j’étais vraiment un idiot 🙂 .

Ronde 6 : MVL-SARIC

Comme j’avais déjà eu deux très longues parties, j’ai refusé de jouer contre la Najdorf de Saric et opté pour 3.Fb5+, mais je n’ai strictement rien obtenu au cours d’une partie insipide.

L’explication par le geste (Photo : Grand Chess Tour).
L’explication par le geste (Photo : Grand Chess Tour).

Ronde 7 : MAMEDYAROV-MVL

Après avoir une nouvelle fois été imprécis à la fin de l’ouverture pour contrer le sacrifice de pion des blancs, j’ai pris la décision drastique de la fuite en avant ; rendre le pion et en sacrifier immédiatement un derrière, afin d’essayer de libérer mon jeu !

Mamedyarov-Mvl, Rapide ronde 7.
Mamedyarov-Mvl, Rapide ronde 7.

Plutôt que de me défendre passivement, j’ai donc préféré 19…Ce7 20.Fxb7 Txc1 21.Dxc1 d5!?, même si après 22.Fxd5 Tc8 23.De3, l’avantage blanc a certes changé de nature, mais il reste incontestable ; ce n’est plus « un pion de moins avec de grosses compensations », mais « un pion de plus et pas assez de compensations noires » !

Mais sa réticence à affaiblir les cases blanches en jouant e3 m’a permis de revenir dans la partie, en créant juste à temps un contre-jeu miraculeux.

Mamedyarov-Mvl, Rapide ronde 7.
Mamedyarov-Mvl, Rapide ronde 7.

28…e3!. Pas besoin de me le dire deux fois ! 29.f3?! (trop risqué à mon goût ; je pense qu’il aurait dû se résoudre à la nulle par 29.fxe3 Cg4 30.Dd3 Cxe3 31.Dxe3 Dxd1+ 32.Rf2 Dxa4, mais je comprends qu’il ait été difficile pour lui de prendre cette décision…) 29…f4 30.Rg2 Cg6. La machine maintient que c’est égal, mais en pratique, sa majorité à l’aile-Dame est bloquée, ma Da1 contrôle la grande diagonale noire et la case e1. Donc le Fou ne peut pas bouger, et la Dame pas trop non plus…

Ensuite, j’ai amplifié mon contre-jeu avec …h5-h4-h3, arrivant au moment décisif de la partie.

Mamedyarov-Mvl, Rapide ronde 7.
Mamedyarov-Mvl, Rapide ronde 7.

Ici, c’était très dur, mais il fallait prendre et après 34.Rxh3 Df6, trouver 35.g5! Dxg5 36.Dc3+ et 37.De1!, qui tient la boutique. Autant dire que je n’avais pas la ligne, et lui non plus !

Donc, il a joué 34.Rf1?, et là oui, j’ai trouvé le joli 34…Cf8!.

Evidemment, mon premier réflexe instinctif, c’était de jouer 34…Ce5 35.Dd5 Cc4, mais j’ai vu qu’il y avait 36.Dg5+ et perpétuel. Et si je joue 34…Df6 immédiatement, il réplique simplement 35.Fb3, et 35…Dh4 est toujours contré par 36.Dc3+ et 37.De1. Du coup, je me suis replié sur la manoeuvre plus lente commençant par 34…Cf8!, visant e6, mais en n’en mesurant pas complètement l’impact. Je ne savais pas que j’étais gagnant ; je pensais qu’il avait encore une défense, avec 35.Dd5 Ce6 36.g5, mais ce n’était certainement pas suffisant en réalité. De toute façon, j’avais compris que déjà, je ne courrais aucun risque en choisissant cette manoeuvre. Parce que mon Ce6 empêche tous les échecs ; il contrôle vraiment tout et est finalement mieux placé qu’en g6. Quant à ma Da1, elle est toujours aussi forte et j’ai encore en réserve l’idée avec …Df6-h4.

Après 34…Cf8!, j’avais anticipé sa tentative de dégagement 35.a5? Dxa5 36.Dd4+ Rg8 37.Dxf4, et vu que 37…Dd2! devait être léthal. Ce qui était vrai, mais pas sans devoir passer une dernière embûche, que mon adversaire et moi avons tous les deux ratée. A notre décharge, c’était vraiment difficile à déceler avec peu de temps à la pendule. En fait, après 38.Da4, les noirs devaient calmement commencer par 38…Ce6! pour être effectivement gagnants. Mais j’ai cru que 38…Dd6? mettait un terme immédiat à la partie, ce qui s’est avéré exact après 39.Rg1? Ce6 40.Dc2 Dd8! suivi de 41…Dh4 et abandon blanc.

Mais après 38…Dd6?, les blancs avaient la possibilité de se libérer par 39.Fb3, puisque sur 39…Dxh2, il y aurait eu 40.Fxf7+! avec un plus qu’improbable perpétuel ! Que les noirs prennent ou ne prennent pas le Fou, et en dépit de la présence du Cf8 en défense, le Roi noir ne pourra trouver aucun refuge…

Mvl en salle de repos, entouré d’un ami et du GMI péruvien Emilio Cordova, secondant de Dominguez (Photo : Grand Chess Tour).
Mvl en salle de repos, entouré d’un ami et du GMI péruvien Emilio Cordova, secondant de Dominguez (Photo : Grand Chess Tour).

Ronde 8 : NEPOMNIACHTCHI-MVL

Nepomniachtchi-Mvl, Rapide ronde 8.
Nepomniachtchi-Mvl, Rapide ronde 8.

Une petite tragédie d’ouverture !

Je savais que son coup 7…c5? était mauvais et qu’il fallait jouer 7…Cd7 à la place, mais je ne me souvenais plus de la réfutation. Après 8.Cb5 Fe6, j’ai vu 9.c4!, mais pas la continuation 9…dxc4 (9…a6 10.cxd5) 10.Cg5!, qui exploite la faiblesse de la case d6 et gagne en ligne.

C’est dommage, et j’ai d’ailleurs fait une non-partie par la suite, opposant une bien faible résistance.

Ronde 9 : DOMINGUEZ-MVL

Toujours bien préparé, l’Américain a obtenu une position stable et avantageuse dans la variante 7.Fe3 e5 contre la Najdorf, mais j’ai plutôt bien manœuvré en défense, notamment avec mes Cavaliers, pour annihiler complètement son initiative.

TOURNOI BLITZ

Voici donc quels moments-clé ou spectaculaires dans mes parties du tournoi de blitz :

Ronde 1 : MVL-SARIC

Mvl-Saric, Blitz ronde 1.
Mvl-Saric, Blitz ronde 1.

28.Fxh5? ; un sacrifice à l’intuition, qui aurait été possible à condition d’intercaler 28.fxg6 fxg6 29.Fxh5!? puisque 29…gxh5? serait maintenant impossible à cause 30.Dxh5, profitant de la case f5 pour le Cavalier et de la diagonale h5-e8 pour la Dame. Or, après 28.Fxh5? immédiatement, Saric aurait pu prendre tranquillement car après 28…gxh5 29.Cxh5 Fh6, le potentiel d’attaque des blancs est clairement insuffisant. Mais il m’a fait confiance et après 28…De3? 29.fxg6 Dxc3 30.gxf7+ Rf8 31.Dg4!, mon attaque est devenue irrésistible.

Le t-shirt jaune spécial blitz ! (Photo : Grand Chess Tour).
Le t-shirt jaune spécial blitz ! (Photo : Grand Chess Tour).

Ronde 3 : MAMEDYAROV-MVL

Mamedyarov-Mvl, Blitz ronde 3.
Mamedyarov-Mvl, Blitz ronde 3.

Dans cette position égale, j’ai décidé en quelques secondes de tenter le tout pour le tout avec 42…Fxf2?, même si je n’étais pas du tout sûr de mon coup ! Après 43.Rxf2 g3+, Mamed devait cependant trouver le difficile 44.Rf1!, l’idée étant que 44…Cd2+ 45.Re1 f2+ n’est pas possible à cause de 46.Rxd2 f1=D 47.Tf8+. Mais dans la précipitation d’une fin de blitz, il a joué le coup humain 44.Rg1?, après quoi la position est à nouveau nulle : 44…Cd4 45.Tf7+ Re3 46.Te7+ Rd2 47.Td7. Malheureusement, j’ai pris la mauvaise direction ici et après 47…Re1? (47…Rc3! 48.Txd4 Rxd4 49.Fxf3 b5! 50.axb5 Rc5 et nulle) 48.Fxf3? (48.Fb5! et +- d’après la machine !) 48…Cxf3+ 49.Rg2 Cd2 50.Rxg3 et là encore je n’ai pas su garder mon Roi près de l’aile-Dame ; 50…Cc4? 51.Rf4 Re2 52.Re4 Cb2 53.Td4 1-0. Pourtant, la nulle était toujours là après 50…Rd1! 51.Rf4 (51.Tc7 Ce4+ 52.Rf4 Cc5 = ou 51.Td6 Rc2 52.Txb6 Ce4+ 53.Rf4 Cc3 54.Tc6 Rb3 =) 51…Rc2 = ; le Roi noir participe à la défense, ce qui change tout.

Ronde 5 : CARLSEN-MVL

Une très bonne partie de part et d’autre, qui s’est décidée dans les toutes dernières secondes.

Carlsen-Mvl, Blitz ronde 5.
Carlsen-Mvl, Blitz ronde 5.

Je viens de rater la nulle quelques coups plus tôt, et Magnus n’a plus qu’à jouer le trivial 63.a8=D Fxa8 64.Txa8 et j’abandonne. Mais dans la frénésie finale, il a opté pour 63.Te8??, et après 63…Ta4?? 64.h8=D 1-0. Je n’ai évidemment pas eu le temps de trouver 63…Fc2!, qui menait à une nulle forcée, mais envisageable uniquement avec du temps à la pendule, donc aucun regret ! Le mécanisme de défense est cependant très joli et vaut le détour : les blancs commencent par avoir le choix de leur promotion Dame ! 64.h8=D (en fait, 64.a8=D n’y change rien) 64…Td1+ 65.Rf2 Td2+ 66.Rg1 (66.Rf1 Td1+ 67.Te1 Fd3+ 68.Rf2?? serait réfuté par 68…Td2+ 69.Rg1 f2+) 66…Td1+ 67.Te1!? (la dernière tentative !) 67…Txe1+ 68.Rf2 Te2+ 69.Rf1 Fe4 70.a8=D Fxa8 71.Dxa8 et le plus simple est maintenant 71…Rg5 72.Dxf3 Te6! suivi de 73…Rg6 et c’est une forteresse !

Des spectateurs de luxe pour les derniers instants d’une partie folle (Photo : Grand Chess Tour).
Des spectateurs de luxe pour les derniers instants d’une partie folle (Photo : Grand Chess Tour).

Ronde 9 : DOMINGUEZ-MVL

Dominguez-Mvl, Blitz ronde 9.
Dominguez-Mvl, Blitz ronde 9.

Dans une Najdorf hyper sauvage avec roques opposés, l’attaque des blancs a été plus rapide. Avec mon dernier coup 29…Tf2, j’ai cependant réussi à poser un problème complexe aux blancs : comment conclure ? Evidemment, 30.Ce6? ne va pas à cause de 30…Txb2+ 31.Ra1 Txa2+ suivi du mat. La bonne solution était loin d’être évidente, et aucun de nous ne l’a vue : 30.The1! (pas facile de penser à quitter la colonne h !) et si la Dame bouge, 31.De6+ gagne instantanément. Pour la beauté du geste, signalons que les noirs auraient encore eu une défense diabolique qui a l’air très forte après 30.The1! Td2!. Malheureusement, elle ne suffit pas si on va vraiment au bout de la ligne : 31.Txe3 Txd1+ 32.Rc2 Cxe3+ 33.Rb3 Txd4 34.De6+ Rh7. Tout semble aller pour les noirs car la Dame blanche ne peut pas prendre la Tc8 et le Ce3 simultanément. Mais les échecs sont parfois magiques ! 35.g6+! Rh8 36.Dxe3+ Rxg6 (36…Rh5 37.Dh3+) 37.De6+ Rg5 38.Dxc8 et le tour est joué !

A la place, Dominguez a choisi 30.Dh7+? Rf8 31.Td3? (31.Ce6+ était cette fois impératif, et après 31…Dxe6 32.dxe6 Txb2+ 33.Ra1 [33.Rc1?? Txc4+ et mat] les noirs ont le choix entre le perpétuel ou continuer la partie par 33…Th2+) 31…Fxd4! (la pointe !) 32.Txe3? (32.Txd4 Dxd4 33.Dh8+ Dxh8 34.Txh8+ Re7 35.Txc8 offrait encore quelques chances pratiques en blitz) 32…Txb2+ 33.Rc1 Txc4+ 34.Tc3 Fxc3! 35.Tf1+ Ff6+ 36.Rd1 Ce3+ 0-1, c’est mat au coup suivant.

Ronde 10 : SARIC-MVL

Saric-Mvl, Blitz ronde 10.
Saric-Mvl, Blitz ronde 10.

En blitz, même les finales avec matériel très réduit sont difficiles : ici, 59.Rd3?, choisi par Saric, perd car le Roi blanc est exclu du jeu après 59…a4 60.Tg6 a3 61.Tg2+ Rb3 (mais pas 60…Rb1? 61.Rc3!) 62.Tg1 a2 0-1.

Nécessaire était 59.Rc5!, mais qui peut être sûr de défendre parfaitement une telle finale avec seulement deux secondes par coup ?

Ronde 11 : NEPOMNIACHTCHI-MVL

Nepomniachtchi-Mvl, Blitz ronde 11.
Nepomniachtchi-Mvl, Blitz ronde 11.

Ian n’a pas vu la menace introduite par mon dernier coup et est tombé dans le piège ! 33.Fc7? (33.Td1 était nécessaire) 33…d2! et tout s’écroule : 34.Dxa3 (34.De2 Dc6!) 34…d1=D 35.Fxd8 Dc6! 36.f3 (36.Txh3 Dh1+! 37.Rxh1 Dxf1 #) 36…Dcc2 0-1.

Le choc des frenchies (Photo : Grand Chess Tour).
Le choc des frenchies (Photo : Grand Chess Tour).

Ronde 13 : FIROUZJA-MVL

Après une partie pleine de rebondissements, Alireza et moi-même avons été victimes d’un double aveuglement dans le rush final :

Firouzja-Mvl, Blitz ronde 13.
Firouzja-Mvl, Blitz ronde 13.

Je suppose que la position noire doit être gagnante à la longue, mais pas après 45…Cf3?, oubliant complètement 46.Td1 et je reperds la pièce. S’en est suivi 46…Cxh2 47.Txg1 Cg4 et la position est nulle, personne ne pouvant rien entreprendre, sauf après 48.Rh4?? Tc7! et 0-1, le mat étant imparable.

Ronde 15 : VAN FOREEST-MVL

Van Foreest-Mvl, Blitz ronde 15.
Van Foreest-Mvl, Blitz ronde 15.

Un désastre d’ouverture, après m’être emmêlé les pinceaux (poussées …c4 et …b4 au lieu d’échanger en d4). Après 13.Cfg5, je voulais presque abandonner. J’ai quand même continué par 13…Fe7 14.Dh5 (14.Df3! Tf8 15.Cxh7 est encore plus simple) 14…g6 15.Dh6 Db6 16.Dg7 Tf8. Ici, les coups qui protègent d4, comme 17.Fe3 ou 17.Td1, sont bons. 17.Fa4 est fort aussi. Mais pas le coup choisi par Jorden, 17.Cxh7?, c’était tout ce que j’espérais ! 17…Dxd4 (je suis fou de joie de donner la qualité !) 18.Fg5 Dxe5 19.Dxe5 Cxe5 20.Fa4+ Fc6 21.Fxc6+ Cxc6 22.Cxf8 Rxf8 et les noirs sont parfaitement ok. Je l’ai échappé belle, et je l’ai même finalement emporté !

Ronde 18 : MVL-DOMINGUEZ

Mvl-Dominguez, Blitz ronde 18.
Mvl-Dominguez, Blitz ronde 18.

Dans cette position, j’ai joué 31.Fd3 Fg6 32.Fxg6 fxg6 33.De4 avec un très léger avantage dans la finale de Dames, transformé en gain après de nombreuses aventures. Mais à la place de cette variante, la position recelait un gain somme toute assez élémentaire, mais à côté duquel je suis complètement passé : 31.c5! dxc5 32.d5 et le pion file !

Classement final à Zagreb (Image : www.chess.com).
Classement final à Zagreb (Image : www.chess.com).

Le bilan d’ensemble est plutôt positif : 5/9 dans les rapides (avec 5 fois les noirs), et une médiocre première journée de blitz (4/9), compensée par un énorme come-back le lendemain (8/9). Bizarrement, l’ami Alireza a réalisé un parcours presque similaire au mien, et c’est donc en toute logique que nous partageons la deuxième place au classement final, un demi-point derrière Carlsen, intouchable en Croatie.

Je me suis déjà exprimé plusieurs fois sur ma non-participation aux Olympiades en Inde, et je profite de l’occasion pour souhaiter bonne chances aux équipes de France. La prochaine étape pour moi sera un déplacement de plus d’un mois aux Etats-Unis à partir du 12 août. Après quelques jours de repos, je rejoindrai le Connecticut, où je serai présent pendant l’Open de Bridgeport (19-21 août). Le 23, le mythique Marshall Chess Club de New-York m’a invité à donner une conférence et une simultanée dans ses locaux. Le lendemain, je rejoindrai le Missouri, où le Grand Chess Tour reprendra ses droits avec le Rapide & Blitz de Saint-Louis, du 26 au 30 août, puis la Sinquefield Cup du 2 au 12 septembre.

Les parties de Maxime en Bundesliga
:

Les parties rapides de Maxime à Zagreb :

Les parties blitz de Maxime à Zagreb :

La veille de son départ à Zagreb, Maxime est allé à Saint-Denis, en banlieue parisienne, pour s’initier au nouveau jeu de raquette à la mode, le padel. Accompagné de quelques amis, dont les GMI Laurent Fressinet et Sébastien Mazé, il a pu découvrir ce sport intense, comme en témoigne cette photo prise par Laurent Fressinet… quelques instants avant le drame !

Pour l’instant, tout va bien… (Photo : Laurent Fressinet).
Pour l’instant, tout va bien… (Photo : Laurent Fressinet).

En effet, quelques minutes plus tard, un smash malheureux a valu à Maxime un retour de raquette sur le visage, avec cependant plus de peur que de mal. Mais les lunettes, elles, n’ont pas résisté… Trop tard pour en refaire avant l’avion du lendemain matin, mais heureusement pour lui, une vieille paire de rechange traînait dans un tiroir. Ce qui lui a évité de devoir jouer en Croatie quasiment « à l’aveugle » !

Un mois très chargé

Norway chess

Me revoilà donc après une séquence où j’ai enchaîné le Norway Chess, le Championnat de France par équipes à Chartres, un petit périple de 48h à Madrid pour le lancement public de la plateforme Immortal Game dont je suis l’ambassadeur, et pour finir les demi-finales et finale de la Coupe de France à Paris !

NORWAY CHESS

Vu mon emploi du temps assez dense ces temps-ci, je vais revenir assez rapidement sur ces compétitions… Je suis donc arrivé en Norvège le 29 mai, dans une ville de Stavanger que je commence à bien connaître. C’est un cadre familier où j’ai mes petites habitudes et à vrai dire, c’est plutôt un avantage ; surtout dans un environnement sain, où l’on peut se balader et respirer l’air frais ! Par rapport à d’autres villes, c’est un énorme plus. Après, il n’y a pas tant de choses que ça à faire à Stavanger, mais du coup, le contexte d’ensemble est assez reposant. En plus des balades et de la préparation échiquéenne en elle-même, je dois avouer que j’avais toujours un oeil sur le tournoi de Roland Garros ! J’ai pu suivre pas mal de gros matches, mais pas les demies ni la finale, qui se déroulaient en même temps que mes parties.

Au niveau du format, le Norway Chess a repris celui qui avait été expérimenté pour la première fois en 2019, avec des parties de 2 h sans incrément, et un Armaggedon en cas de nulle. La veille de la première ronde, un tournoi de blitz était organisé, avec l’objectif de donner aux 5 premiers le privilège d’avoir 5 fois les blancs.

J’ai fait quelque chose qui ne m’était jamais arrivé de ma vie et qui est un peu perturbant pour un champion du monde en titre… perdre mes 5 premiers blitz d’affilée ! Heureusement, il y a eu une petite pause de dix minutes qui m’a permis de reprendre mes esprits et donc de finir en boulet de canon, mais les 4 victoires n’ont cependant pas suffi à compenser les 5 défaites !

Topalov en pleine forme à la cérémonie d’ouverture ! (Photo : Norway Chess).
Topalov en pleine forme à la cérémonie d’ouverture ! (Photo : Norway Chess).

Place au tournoi principal :

Ronde 1 : ANAND-MVL 1-0

Anand-Mvl, Ronde 1.
Anand-Mvl, Ronde 1.

Ici, influencé par le fait que les autres options me semblaient un peu passives, j’ai décidé d’être ambitieux avec le sacrifice de pion 17…b5?. Malheureusement, ce choix s’est avéré être une mauvaise décision, prise au mauvais moment ! J’ai juste oublié qu’après 18.cxb5 Cxd4 19.Fxd4 Fxd4+ 20.Txd4 axb5, les blancs ne jouaient pas 21.Dxb5 Ce5! qui laisse beaucoup de contre-jeu, mais le très fort 21.Dd2!, et les noirs sont très mal. Je dois aussi dire que Vishy a fait une partie impeccable et a converti de façon très convaincante.

Anand montre le chemin ! (Photo : Norway Chess).
Anand montre le chemin ! (Photo : Norway Chess).

Ronde 2 : MVL-MAMEDYAROV 1/2

Une nulle sans trop d’histoires suivie d’un gain chaotique dans l’Armaggedon…

Ronde 3 : TARI-MVL 0-1

Encore une Sicilienne avec 3.Fb5+, dans laquelle il m’a placé une prépa plutôt réussie. Mais à la fin de l’ouverture, j’ai réussi à retourner les choses, notamment à partir de la position suivante :

Tari-Mvl, Ronde 3.
Tari-Mvl, Ronde 3.

Il n’avait pas anticipé 13…Cc7! et n’a même pas vraiment réfléchi à accepter le sacrifice et à prendre en d6 : 14.Cxd6 Ce6 aurait en effet complexifié la position 🙂 . Il a préféré jouer à l’économie d’énergie par 14.g4 Ce6 15.g5 Fe7, qui n’était pas inintéressant, mais à condition de continuer par 16.Cxe7+ Dxe7 17.f5 car je n’aurais certainement pas joué 17…Cxg5 18.Dg3 qui me semblait trop risqué pour mon Roi, mais plutôt 18…Cd4 avec une position compliquée. Dans la partie, il a opté pour la suite inférieure 16.fxe5?! Dxe5 17.Cxe7+ Dxe7 18.Dg3. Et pas de chance pour lui, cette position n’est pas seulement un peu désagréable pour les blancs, comme on pourrait le penser de prime abord, mais quasiment perdue après l’excellent 18…f6!. Je pense avoir converti de façon clinique après 19.gxf6 Txf6 20.Txf6 Dxf6 21.Ce2 Tf8 22.Fd2 Cf4 23.Cxf4 exf4 et la marche en avant du pion f, combinée à la vulnérabilité du Roi blanc, est décisive.

En pleine réflexion contre Tari (Photo : Norway Chess).
En pleine réflexion contre Tari (Photo : Norway Chess).

Ronde 4 : RADJABOV-MVL 1/2

Après avoir bien tenu une longue ligne théorique de la Grünfeld qui est sans gros danger si les noirs sont précis, j’ai cédé dans l’Armaggedon, faute d’avoir tous les réflexes adéquats dans le Gambit-Dame Accepté, que j’ai intégré à mon répertoire il y a quelque temps.

Ronde 5 : MVL-TOPALOV 1/2

Pas une grande réussite avec les blancs car je me suis clairement emmêlé les pinceaux dans l’ouverture. Heureusement, j’ai plutôt bien réglé mes problèmes et réussi à tenir la position. Et dans l’Armaggedon, Veselin a eu la gentillesse d’oublier une petite combinaison perdant un pion à la fin de l’ouverture !

Mvl-Topalov, Ronde 5 Armaggedon.
Mvl-Topalov, Ronde 5 Armaggedon.

Les blancs sont sans doute déjà mieux après un coup normal comme 19…Cf6, mais après 19…Df6? 20.Dxf6 Cxf6 21.hxg6 hxg6 22.Fxg6 et si 22…fxg6 23.Txe6, ils sont tout de suite gagnants.

Photo de groupe à la traditionnelle garden party (Photo : Norway Chess).
Photo de groupe à la traditionnelle garden party (Photo : Norway Chess).

Ronde 6 : WANG HAO-MVL 1/2

Une nulle facile et rapide avec les noirs, suivie d’un Armaggedon où j’ai clairement dominé.

Ronde 7 : MVL-SO 1-0

Mvl-So, Ronde 7.
Mvl-So, Ronde 7.

Dans une position normale, Wesley a joué ici 18…Ce4?, un coup qui perd deux temps après 19.f3 Cd6 (19…b5 20.fxe4 bxa4 21.Dc4 n’est vraiment pas beau non plus) 20.Cc5 Dc8 21.Ff4, et c’est plus que la position noire ne peut tolérer en termes pratiques. Je n’ai pas du tout compris son choix, d’autant que c’est justement le genre de chose qui ne lui arrive jamais !

Pas vu le photographe ! (Photo : Norway Chess).

Ronde 8 : CARLSEN-MVL 1/2

Clairement le temps fort et le moment-clé du tournoi pour moi. Le champion du monde est arrivé avec une idée spécifique contre ma Grunfeld. Sans doute une de celles qui avaient été préparées pour son match de championnat du monde ; enfin, c’est probablement une idée parmi d’autres, qu’il a donc décidé d’utiliser contre moi. Mais je pense qu’il a mal négocié la sortie de l’ouverture. Je me suis retrouvé tout de suite un peu mieux et en plus, il a dépensé pas mal de temps de façon un peu bizarre. Cette mauvaise gestion du temps m’a surpris parce que d’habitude, c’est un de ses énormes points forts justement : savoir s’arrêter aux moments importants et jouer rapidement quand il n’y a pas grand-chose à décider.

Du coup, surtout sans incrément, il s’est retrouvé avec très peu de temps et une position vraiment difficile à défendre. D’où cette erreur qui aurait dû être décisive au 40e coup, basée sur une faute de calcul.

Carlsen-Mvl, Ronde 8.
Carlsen-Mvl, Ronde 8.

40.f4? Fe3 41.Td7 exf4 et je pense qu’il avait raté que 42.Txf7? est impossible à cause 42…Tb2 43.Rf3 fxg3.

Quelques coups plus tard, nous avons atteint la position suivante :

Carlsen-Mvl, Ronde 8.
Carlsen-Mvl, Ronde 8.

Ici, les noirs sont gagnants, mais ça demande toutefois une précision millimétrique. Avant de jouer 47…g5, j’avais anticipé sa contre-attaque sur f5, mais via h7, empêchant au passage l’option …Rg6. Du coup, quand il a joué 48.Fe6, pour moi 48…Rg6? était la réaction naturelle, puisque j’avais déjà calculé que 48…gxh4 49.Fxf5 h3+ 50.Fxh3 Tg3+ 51.Rh2 ne suffisait pas car aucune découverte ne fonctionnait, la Tour d7 étant protégée ; si j’avais passé un peu plus de temps ici – et c’est là mon grand regret – j’aurais trouvé le coup d’étude 51…Fb8!, et les blancs sont en zugzwang intégral ; tout coup de Tour laisserait la pièce en prise sur une découverte, et idem pour tout coup de Fou. Pas si difficile en fait !

La position est donc redevenue nulle mais Magnus s’est à nouveau trompé ultérieurement. Malheureusement, j’ai une nouvelle fois raté ma chance, mais franchement ce deuxième gain était beaucoup plus difficile que le premier !

Je pense quand même que c’était une bonne partie de ma part, mais avec un petit goût d’inachevé…

Fin de l’Armaggedon ; plus qu’une seconde à la pendule pour Maxime ! (Photo : Norway Chess).
Fin de l’Armaggedon ; plus qu’une seconde à la pendule pour Maxime ! (Photo : Norway Chess).

L’Armageddon a été un peu fou. Pendant les vingt minutes de pause, j’ai décidé de jouer exactement la même ligne s’il répétait, ce qui me paraissait peu probable mais qu’il a fait quand même. Impossible de décrire tous les aléas de cette partie un peu dingue mais disons que j’ai réussi à trouver les bons coups et à gérer la position. Evidemment, ça m’a coûté du temps sur certaines décisions. Et au moment où je pensais avoir fait le plus dur, je me suis retrouvé avec un cavalier enfermé. Avec une seule seconde d’incrément généreusement allouée après le 40e coup, ça a été panique à bord et j’ai dû m’incliner !

Ronde 9 : MVL-GIRI 1/2

J’avais encore une chance théorique de concourir pour la première place avant cette dernière ronde, mais il aurait fallu un alignement des planètes assez improbable. De toute façon, Giri m’a vite ôté tout espoir avec sa très surprenante idée dès le 5e coup dans la Rossolimo !

Mvl-Giri, Ronde 9.

Une dizaine de coups sont déjà connus ici, mais pas 5…h6!?. Incompréhensible au premier abord, ce coup n’est en fait pas si ridicule et je vous épargnerai les tentatives d’explication compliquées 🙂 .

Toujours est-il qu’il a très bien fonctionné après 6.b3 a6 7.Fxc6 Cxc6 8.Fb2 b5 9.Cc3 Fe7 10.a4 bxa4! 11.Cxa4 0-0 et les noirs ont complètement résolu leurs problèmes. A notre grande surprise, il s’est avéré après coup que l’on avait joué une partie quasi parfaite !

J’ai ensuite remporté le dernier Armaggedon pour finir à une honorable 4e place.

Site officiel : https://norwaychess.no

CHAMPIONNAT DE FRANCE PAR EQUIPES

Au premier échiquier du match décisif pour le titre, contre Laurent Fressinet (Photo : Ffe).
Au premier échiquier du match décisif pour le titre, contre Laurent Fressinet (Photo : Ffe).

En rentrant de Norvège, j’ai à peine eu le temps de défaire mes valises que je repartais pour Chartres, afin de rejoindre mon équipe d’Asnières qui était en train de disputer le Top 16 (Championnat de France par équipes).

J’étais content de retrouver mes coéquipiers et de jouer pour la gagne dans les 6 dernières rondes. Malheureusement, ça ne s’est pas passé comme prévu… Même si le suspense est resté entier jusqu’au bout puisqu’il nous fallait battre Bischwiller à la dernière ronde pour leur prendre le titre, et que nous avons dû nous contenter d’un match nul sur le fil 4-4.

Avec 3 nulles et 1 victoire, je ne suis pas spécialement fier de mon parcours, mais je retiens quand même la sympathique combinaison que j’ai eu l’occasion de jouer contre Tiviakov dans le match Asnières-Chartres :

Mvl-Tiviakov, Ronde 8.

En zeitnot, mon adversaire n’a pas senti le danger et a joué le très risqué 36…Dxa3?. Après le joli double clouage croisé 37.Tc2! b4 (37…Db4 était plus résistant, mais le problème demeure que le Roi noir est trop faible, par exemple 38.Tcxc3 Txc3 39.De1 Tb3 [39…d4 40.Dd2!] 40.Dxb4 Txb4 41.Tc3! Rf8 42.Tc7) 38.h6! Da5 39.Dg4 g6 et ici, de nombreux chemins mènent à Rome, mais j’ai choisi le plus linéaire : 40.Tcxc3 bxc3 (40…Txc3 41.Cxg6! fxg6 42.Dxe6+ ou 41…hxg6 42.Dd4! ou encore 41…Txd3 42.Ce5+! Rf8 43.Dg7+ Re7 44.Cc6+) 41.Dh4 Da3 (41…Dd8 42.Txc3!) 42.Df6 Df8 43.Txc3! Txc3 (43…Tb8 44.Tc7) 44.Cd7! 1-0.

Site officiel : http://www.echecs.asso.fr/Actu.aspx?Ref=13997

COUPE DE FRANCE

Les verdoyants locaux du Boston Consulting Group, en plein cœur de Paris (Photo : Ffe).
Les verdoyants locaux du Boston Consulting Group, en plein cœur de Paris (Photo : Ffe).

Organisées dans les locaux du Boston Consulting Group à Paris, les deux dernières étapes de la Coupe de France ont donné lieu à des combats très serrés : d’abord un match nul 2-2 contre Châlons, mais avec une victoire prédominante au deuxième échiquier d’Alekseenko. J’ai pour ma part annulé avec les noirs contre Grandelius (2645).

En finale en revanche, pour ce qui constituait la même affiche que la dernière édition disputée en 2019, nous avons disposé de Tremblay-en-France sur le score de 3-1, malgré ma nulle avec les blancs contre Malakhov (2652).

Asnières conserve donc la Coupe une année de plus !

Site officiel : http://echecs.asso.fr/Actu.aspx?Ref=14032

Les parties classiques de Maxime au Norway chess :

Les parties armaggedon de Maxime au Norway chess :

Les parties de Maxime au Top16 :

Les parties de Maxime en Coupe de France :

A l’initiative d’Apollo Magazine, Maxime est allé à la rencontre de Mathieu Bodmer, 20 ans de carrière de footballeur professionnel derrière lui. Le Normand a sillonné les stades de France et d’Europe, sous les couleurs notamment du SM Caen, de Lille, du PSG, de l’Olympique Lyonnais, avant de raccrocher les crampons pendant la pandémie.
Apollo anime une chronique Vice Versa, qui a pour objectif de permettre à deux personnalités, fan du champ d’activité de l’autre, de se rencontrer mais surtout d’échanger. On sait l’intérêt de Maxime pour le sport en général et le football en particulier, tandis que Bodmer, nommé Directeur sportif du Havre quelques jours après la publication de la vidéo, est féru de mathématiques et d’échecs.

Voir leurs échanges ici ;

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