Mes débuts en Chess960

Tous les ans en septembre, le club de Saint-Louis organise un « Champions Showdown ». Cette année, les organisateurs avaient concocté un programme un peu spécial, avec cinq matches en parallèle de Chess 960 (le placement des pièces est tiré au sort), à la cadences rapide et blitz.

Les duels Kasparov-Topalov, Nakamura-Svidler, Aronian-Dominguez, Giri-So et Mvl-Shankland étaient au programme, avec 20 parties prévues. Une grande première pour moi !
Chacun des quatre jours de jeu donnait lieu à une position nouvelle tirée au sort, et même à deux positions distinctes le dernier jour, uniquement composé de blitz. L’idée de « confiner » les joueurs, sans accès à l’ordinateur, une heure avant le début des parties, était très intéressante. Dans ce contexte bon enfant, laisser les joueurs découvrir la position et analyser entre eux, généralement par binômes, était de très bon aloi. Evidemment, dans un contexte plus compétitif, il faudrait certainement imaginer des ajustements.

Mais qui a placé les pièces n’importe comment ? (photo Spectrum Studios).
Mais qui a placé les pièces n’importe comment ? (photo Spectrum Studios).

Mais dans le cas présent, l’analyse d’une position nouvelle ajoutait un peu de piment à notre quotidien habituel. Déjà en nous délestant de la prépa du matin… Mais aussi en retrouvant le travail d’analyse pur, tel qu’il était pratiqué par les Anciens, avant l’arrivée des ordinateurs ! Après, il est également très instructif de comparer ce que l’on a fait durant la journée avec les évaluations de l’ordinateur. Quelles sont les idées qui nous ont échappé ? Quelles sont celles que l’ordinateur valide ?
Il est vrai aussi qu’à cause du manque de repères, on peut vite avoir des surprises, et je pense notamment à une partie Topalov-Kasparov…

Topalov-Kasparov, Partie 12. Un champion comme Kasparov peut commettre une faute au 2e coup !
Topalov-Kasparov, Partie 12. Un champion comme Kasparov peut commettre une faute au 2e coup !

Ici, les blancs ont joué 3.b3, mais le binôme que je formais avec Aronian avait déjà découvert que le dernier coup noir 2…c5? est faux à cause de 3.Dh5!. La menace est 4.Dxh7, gagnant la Tg8 ; si 3…Cg6 4.Df5+ et 5.Dxf7 ; si 3…h6 4.Df5+ et 5.Dh7 vise encore la Tg8.

L’intérêt du temps de préparation qui nous était offert avant la ronde était évidemment de repérer quelques lignes concrètes, comme celle que je viens de mentionner ci-dessus. Mais plus important encore était de repérer les idées-clé, d’avoir un plan de jeu d’ensemble, et de trouver le bon timing. Par exemple, on cherchait à déterminer comment on allait sortir les pièces, si on allait roquer et où, quelles étaient les manœuvres de Tour typiques – souvent sur la troisième rangée d’ailleurs – et où étaient les bonnes diagonales pour un Fou qui n’était pas déjà en fianchetto.

A St-Louis, chaque joueur a un grand calicot à son nom (photo Spectrum Studios).
A St-Louis, chaque joueur a un grand calicot à son nom (photo Spectrum Studios).

Pour ce qui est de mon match contre le champion des Usa Sam Shankland, j’en suis très satisfait dans l’ensemble, avec un score total de 17.5-8.5 en ma faveur (et 10.5-3.5 en blitz).
Pourtant, j’ai eu un peu de mal à rentrer dans le match, et j’ai commencé par deux nulles plutôt chanceuses. Heureusement, j’ai déroulé dans les blitz.

Shankland-Mvl, Partie 3 ; une combinaison hyper-esthétique.
Shankland-Mvl, Partie 3 ; une combinaison hyper-esthétique.

16…exf2!! 17.Cxe5 Fh4! et l’attaque de mat est imparable : 18.g3 Fh3+ 19.Tg2 Fxg3! 0-1.

La deuxième journée a été de loin la moins convaincante, puisque j’ai même perdu le mini-match sur cette position particulière. Le troisième jour, par un hasard assez incroyable, nous avons disputé nos parties dans une position sur laquelle Shankland s’était entraîné quelques jours auparavant !

Mvl-Shankland, Parties 9 à 12. Une position que Shankland connaissait déjà !
Mvl-Shankland, Parties 9 à 12. Une position que Shankland connaissait déjà !

Mais je crois avoir vraiment bien appréhendé cette position de départ avec Levon, et malgré ce petit handicap, tout s’est passé comme sur des roulettes.
Du coup, j’ai abordé la quatrième journée, uniquement composée de blitz, avec match quasiment gagné, et une série de sept victoires de suite a scellé le débat.

Au final, j’ai gagné avec exactement le même score qu’Aronian face à Dominguez. J’ai trouvé Levon très impressionnant en 960, et on sentait qu’il avait pas mal d’expérience en la matière. Tout comme Svidler et Nakamura d’ailleurs, et leur affrontement a sans doute été le match le plus intéressant de tous.

Un mot de Kasparov quand même, puisque chacune de ses rares apparitions est un événement en soi. Il a été assez rapidement en difficulté contre Topalov, mais a tout de même montré qu’il avait de beaux restes, même si lui espérait sans doute mieux. J’ai également eu l’impression, certes lointaine, qu’il abandonnait un peu vite les positions difficiles…

Parfois, on préfère être dans sa bulle… (photo Austin Fuller).
Parfois, on préfère être dans sa bulle… (photo Austin Fuller).

Pour conclure, je dirais qu’à ce stade, le Chess960 n’est sans doute pas amené à remplacer les échecs classiques. Mais comme je l’ai toujours soutenu, il y a à mon avis de la place pour toutes les cadences et tous les formats. Plus il y aura de variété, mieux on s’en portera ! Je crois qu’il y a une sorte de consensus autour de cette idée parmi les joueurs. En revanche, je ne sais pas trop ce qu’il en est des spectateurs. Accrochent-ils à cette nouvelle forme de jeu, ou bien sont-ils un peu perdus ? Souhaitent-ils que les parties retrouvent au plus vite une apparence « normale » ? Pour ma part, j’ai fait le maximum pour que les positions continuent le plus longtemps possible à ne ressembler à rien de connu !

Retour à un placement de pièces normal pour le prochain rendez-vous, les Olympiades de Batumi (Géorgie), du 24 septembre au 5 octobre ! Selon toute vraisemblance, je jouerai au premier échiquier de l’Equipe de France.

TennisHistoire de rentabiliser son deuxième voyage aux Etats-Unis en quelques semaines, Maxime avait décidé de partir trois jours plus tôt, et de faire une halte touristique à New York. Evidemment, il aurait été dommage de ne pas en profiter pour faire un petit saut au Stadium Arthur-Ashe, où se déroulait l’US Open de tennis ! Dès son arrivée sur le sol américain, Maxime a donc filé au Stadium, afin d’assister aux deux demi-finales hommes qui se sont succédé, Nadal-Del Potro, puis Djokovic-Nishikori…

De l’art de joindre l’utile à l’agréable !

Les parties de Maxime :

Site officiel : https://uschesschamps.com/2018-champions-showdown/2018-champions-showdown-chess-960