Battu par le roi de la souris

Le 11 octobre, j’ai disputé le ¼ de finale du Speed Chess 2018 organisé par le site chess.com. Rappelons la cadence de cette compétition en ligne : 90’ de parties en 5’+1’’, 60’ de 3+1, et 30’ de 1+1 (bullet). En l’absence cette année de Magnus Carlsen, j’étais confronté à celui qui est à mes yeux son dauphin incontestable dans le jeu rapide en ligne, Hikaru Nakamura.

Certes, l’Américain semble en perte de vitesse ces derniers temps dans les tournois classiques, mais il n’en restait pas moins le clair favori de notre match en ligne. D’autant plus que j’ai déjà perdu trois fois contre lui dans ce format. Alors, évidemment je commence à connaître le bonhomme, mais je savais que devrais être à 100% pour espérer rivaliser. Sa grande force, c’est l’instinct. Il sait à peu près quoi faire dans n’importe quelle position. Il a joué sur Internet des dizaines de milliers de parties. Il calcule toujours très bien, ce qui prend de plus en plus d’importance au fur et à mesure que la cadence s’accélère. Je savais que ma meilleure chance résidait dans le segment en 5/5, où on a quand même le temps de réfléchir. Evidemment, Hikaru est un monstre en bullet, mais je pensais avoir quand ma chance, car c’est une cadence qui est basée sur l’instinct. Mon point faible contre lui, je savais que ce serait la cadence intermédiaire 3/3, qui est un peu entre les deux, et dans laquelle il est clairement plus à l’aise que moi.

Le match a plutôt bien démarré, avec de nombreux duels théoriques. Je me suis acharné sur l’Italienne avec les blancs, sans doute un peu trop d’ailleurs, car je n’ai jamais vraiment réussi à avoir les positions que j’espérais. Avec les noirs, j’ai plutôt bien aimé les positions que j’ai obtenues dans la Grünfeld, contre laquelle il a systématiquement joué la ligne peu fréquente 7.Fg5 de la variante d’échange. Mais il a su insister, jusqu’au moment où ça n’a plus très bien marché pour moi ! Du coup, à la mi-match, le score était toujours égal, 9-9. Malheureusement, je n’ai pas su tenir la cadence alors même qu’il se mettait à élever son niveau de jeu. Du coup, au cœur du segment en 3/3, j’ai eu un trou d’air, et j’ai perdu quatre parties de suite. Je savais qu’il fallait que j’arrive au minimum avec un score de parité pour les bullet afin d’espérer gagner le match, mais cette mauvaise série m’en a définitivement empêché.
Au final, je me suis écroulé à la fin, et j’ai perdu sur le score de 13.5-21.5 qui, je crois, ne reflète pas complètement la physionomie du match.

Voici quelques moments intéressants de ce duel :

Nakamura-Mvl, Partie 9.
Nakamura-Mvl, Partie 9.
Les noirs sont mieux, mais après 33.Re1, la partie continue quand même. En revanche, après 33.Rg3? choisi par Hikaru, les noirs ont un gain forcé : 33…d2 34.Fe2 Dc1 35.Df3 De1+ 36.Rh2 Dxh4+ 37.Rg1 De1+38.Rh2 Fg4 39.Da8+ Rg7.

Nakamura-Mvl, Partie 11.
Cette finale sera nulle après application de la règle des 50 coups. Les noirs n’auront jamais réussi à progresser. Pourtant, les tablebases montrent qu’ils ont eu une occasion, après que les blancs aient joué le fautif, mais oh ! combien naturel, 61.Ff3?. La machine indique que 61…Tb6 forçait le mat en 52 coups, et 61…Rf5 en 54 coups, tous les autres coups menant à la nulle ! Pauvre de moi, j’ai joué 61…Rh4?. Pas facile d’être un mortel !

Nakamura-Mvl, Partie 21.
Nakamura-Mvl, Partie 21.
Evidemment, à ces cadences-là, il y a toujours des gaffes. Ici, après 25…Tfe8, la partie continuait. Après 25…Ff4?? 26.Dxd4+, elle s’est arrêtée tout de suite…

Nakamura-Mvl, Partie 29.
Nakamura-Mvl, Partie 29.
Parfois, à l’instar de ce qui se passe au foot lorsqu’on mène au score et que la fin approche, on « gagne du temps »… C’est ce qu’a fait Hikaru en bullet dans la position du diagramme, laissant la règle des 50 coups imposer la nulle…

Pour la suite de la compétition, Hikaru reste toujours à mes yeux le favori, même s’il lui faudra passer l’obstacle Aronian en demi-finale (Ndlr ; l’autre demi-finale opposera So à Duda).

L’Ile de Man, entre l’Angleterre et l’Irlande du Nord (image Google Map).
L’Ile de Man, entre l’Angleterre et l’Irlande du Nord (image Google Map).

Maintenant, j’ai les yeux rivés sur mon prochain tournoi, l’Open de l’Ile de Man, au plateau prestigieux, puisque les dix joueurs classés entre la 5e et la 14e place mondiale seront présents, à l’exception de Yu Yangyi !
Je m’envole vendredi pour Douglas, la capitale de cette petite Ile, et le tournoi débute dès samedi 20 octobre. C’est une destination plutôt agréable, même si dans cette petite ville côtière, le beau temps n’est pas forcément toujours au rendez-vous !
Au niveau des objectifs, j’aimerais bien capitaliser sur ma meilleure forme du moment, car depuis 3-4 mois, je joue mieux qu’au début de l’année. Ce qui veut clairement dire me mêler à la lutte pour la victoire dans ce tournoi. Mais aussi gagner quelques points Elo, avec en ligne de mire la liste de Janvier 2019, qui sonnera le début des calculs pour la qualification par le Elo, au tournoi des Candidats 2020. Idéalement, j’aimerais gagner une quinzaine de points sur l’Ile de Man et au tournoi de Shenzhen (Chine), qui lui succède quelques jours plus tard. Même si à l’heure qu’il est, nous n’avons encore aucune certitude sur les règles de qualification que choisira la FIDE pour le cycle de championnat du monde 2019-2020 !

Bienvenue à ParisTout le monde sait que Maxime et Levon Aronian sont bon amis, même si ils croisent très souvent le fer sur l’échiquier. Sur l’Ile de Man, ils seront concurrents, tout comme au mois de décembre, lors de la finale du Grand Chess Tour 2018.

Deux jours avant de partir pour Douglas, Maxime a reçu un coup de fil de Levon. « Coucou, devine où je suis ! ». En provenance d’Erevan, l’Arménien avait décidé en dernière minute de faire une halte à Paris avant de rejoindre l’Ile de Man !

Les parties de Maxime :

Site officiel : https://www.chess.com/news/view/nakamura-still-too-strong-for-mvl-in-speed-chess