L’Afrique !

Abidjan

Le Grand Chess Tour 2019 a débuté en Afrique, une grande première pour un tournoi d’élite mondiale. C’était également la première fois que je jouais sur ce continent. Le tournoi lui-même se déroulait à l’Hôtel Pullman, où nous étions également logés. De ce point de vue-là, rien de très dépaysant, tout étant au niveau des standards occidentaux, sauf peut-être la nourriture, qui affichait quelques couleurs locales. Evidemment, le luxe de notre environnement détonnait avec la réalité de la ville d’Abidjan, que j’ai eu l’occasion de visiter pendant le tournoi, ce qui ne m’arrive pas si fréquemment ! En effet, organisé en partenariat avec les équipes de Vivendi et de Canal+ – comme l’étape parisienne – ce tournoi a également donné lieu à une autre première ; le tournage d’un documentaire en deux parties de 26 minutes à destination des publics francophones, qui met donc l’accent sur mon parcours… La deuxième partie sera tournée pendant le Grand Chess Tour Paris, fin juillet. Du coup, j’ai eu l’occasion de faire des visites les premiers jours avec l’équipe de tournage, d’autant que les parties rapides commençaient à 17h. J’ai pu me retrouver au contact des ivoiriens, et partager de très sympathiques moments, avec des séances de blitz un peu au milieu de nulle part, de mémorables parties de foot improvisées avec les enfants 🙂 , ou simplement autour d’un verre.

Quelques blitz contre le champion ivoirien, MF Simplice Degondo (Photo Almira Skripchenko).
Quelques blitz contre le champion ivoirien, MF Simplice Degondo (Photo Almira Skripchenko).

Au-delà du Grand Chess Tour lui-même, les organisateurs ont vraiment essayé de populariser les échecs dans cette partie du monde, avec la participation du n°1 africain, Amin Bassem, mais aussi par la mise en place parallèle d’une compétition par équipes des pays de l’Ouest africain.

Pour revenir au tournoi, c’était mon premier Rapide depuis Saint-Louis en août dernier. Au bout des deux premières journées, j’avais déclaré sur place qu’en dépit d’un résultat très moyen (2.5/6), je trouvais que le contenu était correct. La suite m’aura donné raison 🙂 .

Regardons maintenant quelques moments importants de mon parcours :

Il n’est jamais agréable de commencer par une défaite…

Nakamura-Mvl, Rapide ronde 1.
Nakamura-Mvl, Rapide ronde 1.

Dans cette position, j’avais prévu 18…d4 19.Ce2 d3 avec une facile égalité. Sauf qu’en réalité 20.Cg3! contrôle f5 et gagne un pion pour les blancs. Du coup, j’ai dû me replier sur 18…The8 et je n’égalise jamais complètement, même si j’aurais certainement pu mieux me défendre par la suite (1-0, 52 cps).

L’accès à la salle de jeu (Photo Grand Chess Tour).
L’accès à la salle de jeu (Photo Grand Chess Tour).

Le deuxième jour a mieux commencé, avec une victoire technique sur le thème de la paire de Fous :

Mvl-Wei Yi, Rapide ronde 4.
Mvl-Wei Yi, Rapide ronde 4.

Après 27.Rc2, avec l’idée de monter jusqu’en a6 pour prendre a7, je savais que sa seule chance était 27…Ch5 afin de générer du contre-jeu à l’aile-Roi. Mais il a cherché à ramener son Roi à l’Aile-Dame et ce plan ne marche tout simplement pas ; j’avais déjà calculé qu’après 27…Rg8 28.Rb3 Rf8 29.Ra4 Re7 30.Rb5 Rd8 31.Ra6 Rc7 32.Fd5!, c’était rideau (1-0, 43 cps).

Contre Carlsen, je me suis mis en difficulté tout seul, car je ne me rappelais strictement de rien – et surtout pas des bonnes lignes ! – sur cette variante spécifique de la Najdorf 6.Fe3 Cg4. D’ailleurs, d’une manière générale, on peut dire que presque tout le monde est venu me chercher sur la Najdorf, chacun employant sa petite ligne préparée, et il n’est jamais évident pour moi de me souvenir de tout. Cela dit, malgré quelques positions difficiles, je ne crois pas devoir incriminer l’ouverture elle-même dans toutes ces parties 🙂 .

Carlsen-Mvl, Rapide ronde 5.
Carlsen-Mvl, Rapide ronde 5.

Après un milieu de jeu extrêmement complexe, j’ai eu le sentiment de m’en tirer pas trop mal, jusqu’à cette position critique ou Magnus vient de jouer 33.g4. On a beaucoup critiqué mon coup 33…Txa4?, et à juste titre d’ailleurs puisqu’il est totalement perdant après l’ouverture sur mon Roi par 34.g5!. Cela dit, ce qui paraît évident avec une machine sous les yeux l’est beaucoup moins devant l’échiquier où, en dépit du danger flagrant, on peut facilement imaginer qu’il existera des ressources défensives.

Mais il y a une autre explication à cette faute. D’abord, j’ai compris que mon coup prévu 33…Dc4 ne marchait pas, à cause de 34.Da7+ Rf8 35.Da8+ Rg7 36.Dd5!. Au passage, j’ai vu que 33…Re8 n’arrangeait rien. Et ensuite, j’ai mal évalué le plan B 34…Dc5 35.Dxc5 dxc5 36.Td5, pensant souffrir dans cette finale de Tours alors qu’elle offre de bonnes chances de nulle après 35…Tc3. D’où mon choix par défaut de 33…Txa4? pour pêcher en eaux troubles (1-0, 42 cps).

Après une nulle finale contre So, le bilan des deux jours n’était pas brillant sur le plan comptable, mais j’y ai remédié en remportant mes trois dernières parties rapides le lendemain !

Topalov-Mvl, Rapide ronde 7.
Topalov-Mvl, Rapide ronde 7.

Après une ouverture plutôt bien menée, dans laquelle j’ai bien aimé la manoeuvre …Tc8-c6 qui fait du bien, j’ai obtenu cette position certes gagnante, mais à condition de trouver le bon chemin ! 27…Txc3! 28.bxc3 Txc3 29.Td2? Db5+ 0-1. Il fallait quand même s’assurer que 29.Tdh1 n’aurait pas suffi après 29…Db5+ 30.Rd2 Cf3+ 31.Rxc3 Cxd4 32.Th7+ Rf8 33.Th8+ Re7 34.T1h7+ Re6 (la Dame noire couvre e8 !) 35.Rxd4 et les blancs ayant trop de faiblesses, la Dame va dominer les deux Tours.

Tournage dans Abidjan (Photo : Leenart Ootes).
Tournage dans Abidjan (Photo : Leenart Ootes).

Cette belle journée s’est conclue par une troisième victoire, contre le local de l’étape, Amin Bassem, mais non sans quelques frayeurs, notamment dans la position suivante !

Amin-Mvl, Rapide ronde 9.
Amin-Mvl, Rapide ronde 9.

Ici, Amin a joué le terrible 32.T1e2? et les noirs sont gagnants après 32…dxe5, le pion étant imprenable à cause de …Df1 mat après les échanges. Pourtant s’il avait joué 32.Tf4, je pense que j’aurais perdu ! Pas que ma position eut été catastrophique d’un seul coup, mais simplement parce que j’avais prévu, contre un adversaire disposant de peu de temps, de dérouler la jolie variante 32…Fh6 33.exd6 Fxf4 34.gxf4 Txf4 35.Te7 Dxe7 36.dxe7 Tg7+ suivi de 37…Tf1 mat ou 37…Tf3 mat. Et sur 33.Txf5 (à la place de 33.exd6), je pensais avoir l’échec de dégagement 33…Db7+ 34.Rg1 Fxd2 ; malheureusement, cette dernière variante est minée ! 35.Txf8 Fxe1 36.e6!, et la double menace 37.Th8 mat et 37.Tf7+ est décisive. Est-ce que je m’en serais aperçu à temps ? Rien n’est moins sûr !

Ca va chauffer ! (Photo Grand Chess Tour).
Ca va chauffer ! (Photo Grand Chess Tour).

Avec 5,5/9 dans le Rapide, j’ai pu aborder le Blitz plus sereinement, et j’ai commencé avec 5 victoires, portant à 8 le nombre de mes gains consécutifs. Je sais que ça reste anecdotique, mais c’est suffisamment rare pour être mentionné ! Des séries comme celle-ci reposent également sur des détails qui tournent dans le bon sens, puisque j’étais complètement perdant contre So dès le premier blitz, et mal contre Carlsen dans le second !

Carlsen-Mvl, Blitz ronde 2.
Carlsen-Mvl, Blitz ronde 2.

Ici, le champion du monde a perdu pied avec 43.a6? (43.Cd5 !) 43…Fh4! 44.Dd2 Cf4 et 0-1 car l’attaque de mat est imparable.

Contre Nakamura la ronde suivante, j’ai pu placer une longue prépa maison dans le Mur de Berlin, que j’avais en magasin depuis plusieurs tournois !

Mvl-Nakamura, Blitz ronde 3.
Mvl-Nakamura, Blitz ronde 3.

Je savais que 24…fxg6 était correct, car le Roi aura besoin de la case f7, mais Naka a joué 24…Fxg6?, qui perd après 25.Cc5 b6 (25…Cc3 26.Th1! est la pointe, le Roi noir n’a pas de case !) 26.Ca6, attaquant simultanément c7 et le Cd1. J’ai cependant très mal joué la phase de conversion, et il s’en est fallu de peu que je ne gagne pas, ce qui eut été embarrassant… Car je ne crois pas que ça m’arrivera de sitôt de me retrouver avec 4 minutes contre 15 secondes à Naka ! (1-0, 88 cps).

C’est Ding Liren qui a stoppé ma série de 8 victoires en annulant à la ronde 6. Un juste retour des choses, puisque c’est moi qui avait mis fin en décembre à sa série record de 100 parties classiques sans défaite !

Ensuite, la fatigue a pris un peu le dessus et j’ai lâché prise contre Topalov.

Topalov-Mvl, Blitz ronde 7.
Topalov-Mvl, Blitz ronde 7.

Je suis incapable de me souvenir de la raison pour laquelle j’ai été attiré par 20…Dxb6? au lieu du normal 20…axb6. Et après 21.Tfe1?! (21.b5! est meilleur), j’ai oublié que sur 21…Dxb4 22.Fa3, j’avais 22…Db7!. La position n’était toutefois pas encore catastrophique, mais j’ai continué sur ma lancée et j’ai perdu sans véritablement résister (1-0, 36 cps).

J’ai conclu cette première journée de blitz par deux nulles chaotiques contre les Russes Karjakin et Nepo, et un score de 6.5/9.

Le Ministre des Sports ivoirien, Paulin Claude Dahno, a négligé son développement ! (Photo : Leenart Ootes).
Le Ministre des Sports ivoirien, Paulin Claude Dahno, a négligé son développement ! (Photo : Leenart Ootes).

Le lendemain, j’ai perdu d’entrée contre So, poussant un peu hardiment mes pions de l’aile-Roi avant de succomber à un joli petit coup tactique. Pas terrible comme entrée en matière, surtout quand on doit jouer Carlsen et Nakamura juste derrière !

Le champion du monde voulait sans doute prendre sa revanche de la veille, et même si je n’ai sûrement pas fait tous les bons choix dans le milieu de jeu, la position est restée sensiblement équilibrée.

Mvl-Carlsen, Blitz ronde 11.
Mvl-Carlsen, Blitz ronde 11.

Avec son dernier coup 33…Ce5, menaçant de pénétrer en d3, je pense que Magnus a cru me mettre la pression. Mais après 34.f4 Cd3 35.Rf1!, j’avais anticipé que son Cavalier serait enfermé en d3. Magnus a blitzé 35…Ta1+ 36.Re2 Td7, puis a semblé paniquer sur 37.Cf3. Il a pris du temps pour finalement jouer 37…Tb1 38.Td2 Tb2? qui perd en force, alors que 38…Txb3 39.Ce1 Cxf4+ 40.gxf4 Txd2+ 41.Txd2 Th3! lui assurait encore de très bonnes chances de nulle, car il ne va plus rester beaucoup de pions blancs. Dans la partie, après 39.Txb2 Cxb2 40.Ce5, je me suis tranquillement dirigé vers le gain (1-0, 55 cps).

Mon parcours un peu erratique de cette dernière journée s’est poursuivi par une défaite contre Nakamura, puis une prestation catastrophique contre Amin Bassem, malgré la victoire. Contre Wei Yi, je me suis imposé à nouveau, mais vraiment à l’énergie. Après une nulle sans histoire contre Ding Liren, c’est à nouveau à l’énergie que j’ai battu Topalov, dans une partie contenant beaucoup d’erreurs de part et d’autre. A l’avant-dernière ronde, nouveau coup d’arrêt contre Karjakin…

Karjakin-Mvl, Blitz ronde 17.
Karjakin-Mvl, Blitz ronde 17.

Ici, j’ai joué le coup pseudo-libérateur 24…d5?, et après 25.exd5 Txd5 26.Txd5 Cxd5 27.De4, je me suis retrouvé avec trop de faiblesses à défendre. Je ne sais pas vraiment pourquoi j’ai joué ce coup. J’étais au coude-à-coude avec Naka pour la deuxième place, je me suis juste dit qu’il fallait que je gagne cette partie, et qu’il fallait donc que je joue 24…d5. Par la suite, j’ai perdu mes pions un à un et j’ai abandonné très tardivement, par inertie.

Dernière partie contre Nepo, sous l’œil attentif de Carlsen et Wesley So (Photo : Leenart Ootes).
Dernière partie contre Nepo, sous l’œil attentif de Carlsen et Wesley So (Photo : Leenart Ootes).

Heureusement, tout s’est bien terminé, avec un scénario idéal lors de la dernière ronde. Naka a perdu avec les blancs contre Carlsen une position qui avait pourtant l’air symétrique et complètement égale. Et de mon côté, j’ai conclu par une bonne victoire contre Nepo, qui m’a permis de rattraper in extremis l’Américain à la deuxième place !

Mvl-Nepomniachtchi, Blitz ronde 18.
Mvl-Nepomniachtchi, Blitz ronde 18.

Concentré sur ma partie, je n’avais pas vu que Carlsen avait battu Nakamura. Mais je savais que je devais l’emporter pour espérer, d’autant qu’une défaite ne m’aurait rien coûté. Pour parer les menaces d’infiltration de la Tour en e7 ou en e8, les noirs devaient impérativement opter pour 50…Dd6!. Il aurait alors fallu que je trouve 51.Te4! pour conserver l’avantage. Dans la partie, Nepo a joué pour un perpétuel, qui n’existe cependant pas avec un bon jeu de jambes du Roi blanc ! 50…Td2? 51.Te8! Txg2+ 52.Rxg2 Dd2+ 53.Rg3 Dd3+ 54.Rh4 g5+ 55.Rg4 Dd1+ 56.Rf5 Dd3+ 57.Rxf6 Dd4+ 58.Rxg5 Dg1+ 59.Rf5 Dc5+ 60.Cd5 Dc2+ 61.Te4 Dc8+ 62.Rg5 h6+ 63.Rh4 Cg6+ 64.Dxg6 1-0, et il n’y aura jamais de pat à cause du pion h6 !

Evidemment, le tournoi d’Abidjan a une nouvelle fois été marqué par la domination de Carlsen, qui termine sur une avance de 3.5 points. Avec 23 points, Nakamura et Maxime partagent la deuxième place, alors que ce score est souvent suffisant pour l’emporter !

Mais Maxime aura lui aussi marqué les esprits avec les deux blitz remportés contre le champion du monde, dont vous pouvez voir un extrait ci-dessus. Mais les amateurs auront également apprécié le chassé-croisé permanent à la première place du live rating de la discipline. C’est finalement Carlsen qui conserve d’extrême justesse le leadership avec 2922, devant Maxime 2921. Nakamura est 3e avec 2902, et il faut redescendre jusqu’à 2827 pour trouver le 4e, Aronian !

Grenke : Carlsen loin devant

Grenke 2019

Trois mois après mon dernier tournoi à Gibraltar, la saison débutait vraiment pour moi le 20 avril, à l’occasion du traditionnel Grenke Chess Classic, organisé par mon club allemand de Baden-Baden. Comme d’habitude, le tournoi démarrait à Karlsrühe, en marge du monstrueux Grenke Open, qui a réuni pour cette édition 2019 plus de 2.000 participants, dont de nombreux amis français, emmenés par mon entraîneur Etienne Bacrot, et mon coéquipier d’Asnières Jules Moussard. Bien qu’invaincus tous les deux, ils n’ont pas pu jouer les premiers rôles, à cause d’un trop grand nombre de nulles concédées.

Le Grenke Classic proposait cette année un plateau alléchant, dominé par la présence d’un Magnus Carlsen en état de grâce depuis quelques mois. Avec le vice-champion du monde Caruana, ainsi qu’Anand, Aronian et moi-même, c’est la moitié du Top 10 mondial qui était réuni en Allemagne. Trois membres de Baden-Baden, Svidler, Naiditsch et Vallejo, étaient également du voyage, ainsi que les Allemands Meier et Keymer. Ce dernier, âgé seulement de 14 ans, faisait une entrée remarquée dans un tournoi de ce niveau, grâce à sa victoire dans l’Open de l’année précédente.

Ronde 1 : Mvl – Anand (2774) 1/2

Une entrée en matière assez compliquée à gérer, car je ne m’attendais pas à ce que Vishy entre dans cette ligne très tactique de la Caro-Kann, variante d’avance. Du coup, je me suis retrouvé « le cul entre deux chaises », hésitant entre prendre la nulle par répétition déjà connue de la théorie, ou essayer de me rappeler de toutes les subtilités analysées. Quand j’ai compris que je n’arriverais pas à me remémorer les détails, j’ai choisi la voie de la sagesse !

Les noirs contre Caruana (photo George Souleidis)
Les noirs contre Caruana (photo George Souleidis)

Ronde 2 : Caruana (2819) – Mvl 1/2

J’attendais avec intérêt le débat sur la Najdorf, mais Fabiano s’est défilé et m’a pris à contre-pied avec 2.Cc3 suivi de 4.Dxd4 ! J’ai eu le sentiment d’égaliser, mais il a en fait pris l’avantage grâce à quelques bons coups, notamment 19.Rd1! dans la position suivante.

Caruana-Mvl, ronde 2.
Caruana-Mvl, ronde 2.

Après 19…f6 20.Cxc6 Fxc6 21.Cd4 Fd7?!, il aurait pu gagner un pion par 22.c4! (au lieu de 22.f3), car ce que j’avais prévu 22…Ff8 23.cxd5 Cc3+? ne marche pas : 24.Fxc3 Txc3 25.Fc4! et l’enfermement de la Tour va coûter la qualité. Cette frayeur passée, j’ai pu défendre la position sans trop de difficulté.

Ronde 3 : Mvl – Naiditsch (2695) 1/2

On sait que je suis l’un des rares à continuer d’affronter le Mur de Berlin ! Pour le coup, l’ouverture s’est bien passée et j’ai obtenu un avantage. Le problème, c’est que j’avais beaucoup d’options, et je n’ai peut-être pas choisi la meilleure sur le plan pratique.

Mvl-Naiditsch, ronde 3.
Mvl-Naiditsch, ronde 3.

24.f4 Tf8 (sinon 25.f5!) 25.Cf6+!? est spectaculaire, mais a le désavantage de fournir aux noirs une série de coups forcés. Le plus efficace était sans doute 24.Te3!, que je n’ai pas retenu à cause du contre-jeu sur c4 avec …Cd7-b6. Mais en fait, après 24…Cd7, la manœuvre 25.Tg3! Th7 26.Tgd3 Cb6 27.Fc1! donne un avantage quasi-décisif. La menace est 28.Fg5, et si 27…Cxc4 28.Td7!. Dans la partie, après 25…gxf6 26.exf6 Fd6 (26…Txf6? 27.Fxf6 Fxf6 28.Txe6+ Rf7 29.Txf6+! Rxf6 30.Td8 est décisif), j’avais encore l’option 27.Td5! pour conserver l’avantage. Mais je n’ai pas envisagé ce coup, et j’ai choisi 27.Txe6+?!, après quoi je n’ai plus que la nulle : 27…Rf7 28.Tde1 (28.Tdxd6 cxd6 29.Te7+ Rg6 30.Rf2 Td8 31.Tg7+ Rf5 32.Rf3 Cd7 33.Tg5+ Re6 34.f5+ Rf7 35.Tg7+ Rf8 reste très obscur) 28…Td8 29.g4!? hxg4 30.h5 Cd7 31.Te7+ Fxe7 32.Txe7+ Rg8 et je n’aurai finalement pas plus que le perpétuel.

 Contre Naiditsch, le début d’un combat tactique spectaculaire (Photo George Souleidis).
Contre Naiditsch, le début d’un combat tactique spectaculaire (Photo George Souleidis).

Ronde 4 : Meier (2628) – Mvl 0-1

J’ai facilement égalisé contre la tentative 5.h3 sur la Grünfeld. Après quelques imprécisions de part et d’autre, notamment sur le gros zeitnot de l’Allemand, nous sommes arrivés après les 40 coups dans une finale sans doute nulle, mais quand même pas facile à défendre pour les blancs. Il l’a tout de même fait, et plutôt bien, pour obtenir une position clairement nulle. Du coup, j’ai continué par inertie, avec le vague espoir de le tester un peu dans T+C c. T si l’occasion se présentait. C’est là qu’il a commencé à prendre quelques décisions un peu bizarres, jusqu’au point culminant dans la position suivante :

Meier-Mvl, ronde 4.
Meier-Mvl, ronde 4.

Ici, j’avais vu qu’il devait jouer 71.Td1!, pour pouvoir garder le Roi sur la seconde rangée, par exemple 71…g3+ 72.Re2 Tb2+ 73.Td2!. Mais il a joué 71.Ta1?, et après 71…g3+ 72.Rg1 Cf3+ 73.Rh1 Tb2, je sentais bien que je devais être gagnant. Mais je ne trouvais pas exactement comment et j’ai tâtonné un peu, avant de découvrir l’idée de zugzwang de la partie.

Meier-Mvl, ronde 4.
Meier-Mvl, ronde 4.

J’ai transféré mon Roi de l’aile-Roi jusqu’en b3. Ici, Meier devait impérativement trouver 82.Rh1!, seul coup, obtenant la même position que dans la partie, mais avec le trait inversé ! Par exemple 82…Rb2 83.Te1 Cf3 84.Td1. Dans ce joli cas de zugzwang réciproque, j’aurais dû admettre que le transfert du Roi était inutile, et trouver un autre plan de gain avec le Roi à l’aile-Roi. Meier m’a simplifié la tâche avec 82.Td1? Cf3+ 83.Rh1 Rb2! inversant le trait, et les blancs n’ont plus que 84.Tg1, donnant la qualité. Mais attention, ce n’est encore pas si simple après 84…Cxg1 85.Rxg1,car le Roi noir est loin. Mais j’avais vu une suite clinique, qui donne le pion g mais permet de désolidariser le Roi et le Cavalier blancs. 85…Rc3 86.Ce3 Rd3 87.Cf1 Re2! 88.Cxg3+ Rf3 89.Cf5 Td2 90.Ch4+ Rg3 91.Cf5+ Rg4 92.Ce3+ Rf3 93.Cf5 Td5 94.Ce7 Tc5 0-1.

Ronde 5 : Mvl – Aronian (2763) 1/2

Levon m’a joué une idée nouvelle dans une position de l’Anti-Marschall dont nous avions déjà discuté de nombreuses fois, qui consistait à fermer le centre. Peut-être que je n’aurais pas dû accepter la nulle si rapidement, mais tous mes plans pour prendre l’avantage passaient par une expansion à l’Aile-Roi, qui m’a semblé risquée sur l’échiquier.

Après cette partie, nous avons eu une journée de repos, mise à profit pour effectuer le (court) déplacement entre le tumulte de la salle de jeu de Karlsrühe, et l’intimité de celle de Baden-Baden !

 Carlsen sur un nuage… (Photo George Souleidis).
Carlsen sur un nuage… (Photo George Souleidis).

Ronde 6 : Svidler (2735) – Mvl 1/2

J’ai égalisé confortablement contre l’Anglaise, et Peter a pris un risque en refusant d’échanger les Dames au 12e coup. Du coup, j’ai essayé de jouer contre sa Dame un peu hors-jeu en h3.

Svidler-Mvl, ronde 6.
Svidler-Mvl, ronde 6.

Malheureusement, j’ai pris ici la décision d’échanger les Fous de cases noires par 18…Fh6?! ; un choix pas très heureux, qui s’explique par le fait que je ne voyais pas comment continuer l’attaque. Je n’étais pas sûr d’être plus rapide en cas d’attaque de roques opposés, car a4-a5 arrive vite, tandis que la Dame blanche peut revenir en jeu si ça s’ouvre. Mais l’ordi me réfute , estimant qu’avec le simple 18…Fe7 comme avec le tranchant 18…f5!? 19.exf5 Cd5, j’aurais pris un clair ascendant. Dans la partie, après 19.Fxh6 Txh6 20.De3 Th7 21.Tfd1 Thd7 22.Cf1 et l’échange des quatre tours, la position s’est rapidement aplanie.

Ronde 7 : Mvl – Vallejo (2693) 1/2

Une longue partie de manœuvres, typique de la variante d’Avance de la Française. Le problème avec ce genre de position, c’est qu’on a toujours l’impression d’être bien, avec l’avantage d’espace, mais ce n’est jamais si simple. J’ai essayé de m’organiser pour sacrifier une pièce à l’aile-Roi, mais je n’ai pas trouvé de façon convaincante de le faire.

Ronde 8 : Mvl – Keymer (2516) 1-0

Le jeune allemand est un adepte de la Sicilienne Najdorf, mais j’ai choisi de transférer le combat en milieu de jeu avec 2.c3. Dans une position assez simple et relativement équilibrée, il a choisi la solution radicale 17…b5?! qui vise, au prix d’un peu de temps, à gagner le contrôle de la case d5. Rien ne l’y obligeait pourtant.

Mvl-Keymer, ronde 8.
Mvl-Keymer, ronde 8.

Après 18.cxb5 Cb4 19.Ce5 Dxb5 20.Th3, j’ai pu coulisser ma Tour sur la 3e rangée, alternant menaces à l’aile-Roi et à l’aile-Dame, pour finalement forcer l’affaiblissement …f5. Peut-être qu’en théorie, ça doit quand même tenir pour lui, mais en pratique, c’est vraiment infernal à défendre ! Il a eu une dernière chance dans la position suivante, avec cependant très peu de temps pour jouer ses 4 derniers coups.

Mvl-Keymer, ronde 8.
Mvl-Keymer, ronde 8.

Ici, le meilleur objectivement était sans doute 37.gxf5 exf5 et les blancs conservent l’avantage, mais j’ai quand même joué 37.De3 car j’avais senti que son idée était de ramener la Tour en g8 via c8 et j’avais anticipé que c’était mauvais ! En effet, après 37…Tc8? 38.gxf5 Tg8+ 39.Rh2 Cxf5 40.Cxf5 exf5, j’ai pu jouer une jolie manœuvre en escalier gagnante ; 41.Db3+ Rf8 42.Db4+ Rf7 43.Dc4+ Rf8 44.Dc5+ Rf7, et maintenant 45.Ta1! Ta8 46.Ta6! est létal car les noirs ne peuvent plus bouger (1-0, 49 cps). Or, sur 37.De3, il avait encore l’échappatoire 37…fxg4 38.Dxh6 g3!, et la position reste nébuleuse après 39.Dh7+ Re8 40.Cf3.

Dernière partie… (Photo George Souleidis).
Dernière partie… (Photo George Souleidis).

Ronde 9 : Carlsen (2845) – Mvl 1-0

Une partie difficile contre un Carlsen éblouissant, qui avait déjà quasiment assuré le gain du tournoi avant cette dernière ronde. J’ai décidé sur l’échiquier de ne pas jouer mes systèmes habituels contre l’Anglaise, et de préférer une variante flexible avec …d6 et …Ff5, évitant au passage sa prépa. Néanmoins, j’ai été un peu surpris par son coup 9.Fe3, avec clairement l’idée de jouer d4 dans de bonnes conditions.

Carlsen-Mvl, ronde 9.
Carlsen-Mvl, ronde 9.

Rien ne justifiait cependant que je surréagisse avec …a6-…b5, et j’avais plusieurs autres options « normales » à ce stade ; par exemple 9…a6 10.Dd2 Tb8, avec l’idée …b5 sans sacrifier le pion ! Mais ayant dit A, j’ai poursuivi mon idée et j’ai dit B, poussant 10…b5? en pensant avoir des compensations après 11.cxb5 axb5 12.Cxb5 Da5. J’ai vite réalisé que ces compensations étaient bien maigres en réalité ! Malgré tout, j’ai pu poser des problèmes tactiques, et il a dû trouver une transition en finale de Dames avec un pion de plus.

Carlsen-Mvl, ronde 9.
Carlsen-Mvl, ronde 9.

Ici, j’aurais certainement pu opposer une bien meilleure résistance par 34…Rg8 35.Dxd5 Da3, et les blancs doivent encore faire la démonstration technique du gain. A la place, j’ai voulu être actif par 34…f6? 35.Dxd5 h5, facilitant la tâche des blancs après 36.gxh5 gxh5 37.Dd7+ Rg6 38.a4 De2 39.Dd5! et tout est sous contrôle (1-0, 44 cps).

Grâce à cette ultime victoire, Carlsen s’est imposé sur le score ahurissant de 7.5/9. Il n’y a rien à ajouter ; juste applaudir…

Grille finale du Grenke Chess Classic 2019.
Grille finale du Grenke Chess Classic 2019.

Pour ma part, je ne me suis pas senti spécialement en forme au Grenke, et je n’ai pas disputé de partie référence sur laquelle s’appuyer. Le résultat est correct, la manière un peu moins…

Le calendrier s’accélère, et je m’envolerai lundi 6 mai pour Abidjan (Côte d’Ivoire), où se déroulera du 8 au 12 le premier tournoi du circuit Grand Chess Tour 2019.

Il arrive parfois à Maxime d’être interpellé dans les rues de Paris, notamment au Jardin du Luxembourg proche de son appartement, qu’il arpente régulièrement. Oh, ce n’est pas si fréquent :), mais c’est l’occasion pour les amateurs d’échecs qui le reconnaissent d’échanger quelques mots avec lui, et de l’encourager pour les prochaines échéances.
Dans Paris avec un amateur, quelques jours avant le départ…
Dans Paris avec un amateur, quelques jours avant le départ…

Les parties de Maxime :

Un long week-end d’enfer !

week-end

Après la fin du tournoi de Gibraltar, le 31 janvier, mon emploi du temps des mois de février et mars était particulièrement léger. Ce qui m’a permis de recharger les batteries et de m’entraîner plus en profondeur, dans la perspective d’une période de huit mois, entre le 20 avril et Noël, qui s’annonce clairement comme la plus dense de ma carrière. Mais je ne serai pas seul dans ce cas, la plupart de mes collègues devront eux aussi en passer par là ! La faute à un calendrier qui n’a pas pu être harmonisé, et qui nous oblige à jouer tous les tournois FIDE (Grand Prix, Coupe du Monde et Grand Swiss), tous ceux du Grand Chess Tour, ainsi que les tournois privés et le Top 12, entre fin avril et décembre !
J’ai toutefois eu ces derniers jours comme un avant-goût de la période de folie qui m’attend, et qui commencera le 20 avril avec le Grenke Classic, où je retrouverai notamment Carlsen, Caruana, Anand et Aronian.
En effet, tout a commencé jeudi 4 avril, avec une journée consacrée au tournage d’un reportage pour Eurosport, qui devrait être diffusé très prochainement.

Séquence blitz pour Eurosport, tournée dans le Jardin du Luxembourg à Paris, avec le GMI Jules Moussard (photo : 7L Brand Agency).


Le lendemain à la mi-journée, j’ai pris un vol pour Düsseldorf. Je devais rejoindre mon équipe de Baden-Baden, qui disputait le dernier week-end de Bundesliga à Solingen, distante d’une trentaine de kilomètres. Le match décisif pour le titre était programmé le samedi après-midi, contre Solingen justement.

Mvl-Harikrishna (Baden-Baden vs Solingen).
Mvl-Harikrishna (Baden-Baden vs Solingen).

Au premier échiquier, j’ai fait face au n°2 indien, Pentala Harikrishna (2723) :

Jusqu’ici, Hari a suivi ma partie contre Anand disputée l’année dernière au Grenke Chess (1-0, 39 cps).

23.Db3+! Dxb3 24.Cxb3.

Un choix surprenant car il a réfléchi longuement, et je me demandais où il comptait améliorer. Mais dans la position du diagramme, j’ai été le premier à dévier avec 19.Tee2. En effet, je me suis souvenu que contre Anand, après 19.Fxf8 Thxf8 20.f4, les noirs auraient pu jouer 20…Dc4! 21.Dxd7 Ff7! et la double menace 22…Tfd8 et 22…Da2 leur permet de maintenir l’équilibre. Je savais que 19.Tee2 était le meilleur coup, mais il m’a fallu du temps pour comprendre pourquoi après 19…e5 ! J’ai finalement trouvé l’astuce 20.b3 Da5 21.Dh3!, et si 21…Dc3 22.Dxd7+ Rg8, qui a l’air fort pour les noirs, j’ai en réserve 23.Td3! donnant la case d2 au Roi (23…Fxd3? 24.De6 mat). Il a donc opté pour 21…Td8, mais j’ai pu prendre un énorme avantage après 22.b4 (la Dh3 protège a3 !) 22…Da4

Maxime sur le point de jouer 23.Db3+! (photo : Guido Giotta).
Maxime sur le point de jouer 23.Db3+! (photo : Guido Giotta).

23.Db3+! Dxb3 24.Cxb3.
Malheureusement, j’ai mal joué la phase technique. En voulant éviter les complications et stopper tout contre-jeu noir, je l’ai laissé revenir dans la partie, jusqu’à un moment où il pouvait forcer une nulle claire, qu’il a laissé passer ! Nous nous sommes alors retrouvés dans la finale suivante :

Mvl-Harikrishna
Mvl-Harikrishna

Ici, la dernière chance des noirs était 57…Rg7 58.Ce5 Ta5+ (58…Fc8? 59.Tg6+) 59.Rd6 (59.Rd4 Fc8 60.Tg6+ Rh7 61.Txg5 Ta7! et le pion c7 tombe) 59…Fc8 et l’issue reste incertaine. En revanche, après le choix de Hari 57…Re7?, j’ai pu jouer le simple 58.Tg6 Ta2 59.Txg5 après quoi j’étais presque sûr de l’emporter, surtout que je voyais mon adversaire devenir d’une grande fébrilité (1-0, 67 cps).

Nous avons donc battu Solingen, et le lendemain, il nous fallait confirmer contre une équipe beaucoup moins forte sur le papier (Düsseldorf), afin de garantir le titre de champion 2019. J’ai eu l’occasion de jouer pour la première fois de ma vie contre une légende, toujours actif à 67 ans, Jan Timman (2549).
J’ai joué assez rapidement avec les noirs, essayant d’éviter les variantes de nulle forcée et de laisser de la vie dans la position. Timman a plutôt réagi correctement et a maintenu l’équilibre jusqu’à la position suivante :

Timman-Mvl (Düsseldorf vs Baden-Baden).
Timman-Mvl (Düsseldorf vs Baden-Baden).

Ici, au lieu de 29.g4 ou 29.h4, Timman a choisi le catastrophique 29.Db3? qui perd du matériel. Ce n’est pas apparent tout de suite, mais après 29…b6 30.Tb5 (30.Tc4 Rh8! et les blancs ne devraient pas survivre à la menace 31…f5) 30…Dc6!, le clouage sur la grande diagonale blanche s’avère décisif. La partie s’est poursuivie par 31.Tb4 (31.f3 Txe4! suivi de 32…Td2+ et 33…Dd7 avec attaque de mat) 31…Rh8 32.Rh2 f5 33.Cg5 Td2! 0-1

A nouveau champion d’Allemagne avec Baden-Baden ! (photo : schachbundesliga.com).
A nouveau champion d’Allemagne avec Baden-Baden ! (photo : schachbundesliga.com).

Le calendrier étant ce qu’il est, www.chess.com n’avait pas pu trouver de date idéale pour organiser son premier championnat de Bullet en ligne, finalement programmé en même temps que le dernier week-end de Bundesliga, mais en soirée. Le Bullet, surtout sans incrément, est un format impitoyable (une minute chacun KO), qui fait la part belle à la rapidité de calcul, au maniement de la souris, et à la science du « premove » ! (anticiper son coup avant de voir celui de l’adversaire afin de gagner du temps). Du coup, la hiérarchie n’est pas forcément la même, et de vrais experts de cette cadence, comme l’Ukrainien Oleksander Bortnik ou le prodige iranien Alireza Firouzja, ont intégré le tableau final a 8 joueurs.

Tableau final du premier championnat de Bullet en ligne.
Tableau final du premier championnat de Bullet en ligne.

Ma « vraie » partie du samedi contre Harikrishna ayant été assez longue, j’ai juste eu le temps d’avaler un morceau avant de foncer dans ma chambre pour mon quart-de-finale contre le GMI argentin issu des qualifications, Federico Perez Ponsa. Je me suis imposé de justesse dans le temps additionnel (8.5-7.5), avant de retrouver Bortnyk en demi-finale plus tard dans la soirée. J’avais déjà eu l’occasion de faire de longues séries de Bullet contre lui il y a de nombreuses années, avec un score très légèrement en ma faveur. Mais c’était peut-être un peu trop d’échecs en une seule journée , et je me suis incliné 12.5-16.5.
Le lendemain soir, après avoir empoché le titre en Bundesliga, j’ai enchaîné avec le match pour la 3e place contre Aronian, joué au meilleur des trois sets de 6 victoires. Je me suis imposé (6-2, 6-0), tandis que quelques instants plus tard, Nakamura décrochait facilement le titre face à Bortnyk (6-1, 6-2, 6-1).

Il était temps alors d’aller se coucher, car le marathon n’était pas fini ! Le lendemain matin, je devais rejoindre Gonfreville l’Orcher, près du Havre, où j’allais assister à la cérémonie de clôture de leur 50e Open International et donner une simultanée sur 28 échiquiers. Sous la houlette de Cyrille Vaugeois, le sympathique club normand est réputé pour ses organisations très réussies, et j’avais d’ailleurs pu le constater lorsque j’étais passé en spectateur au Championnat de France Jeunes 2016.

Séance de dédicaces après la simultanée de Gonfreville l’Orcher (photo : Cyrille Vaugeois).
Séance de dédicaces après la simultanée de Gonfreville l’Orcher (photo : Cyrille Vaugeois).

Bien sûr, le résultat d’une simultanée reste anecdotique, mais je dois signaler que seul le rouennais Bilguun Bat (2163), âgé d’à peine 12 ans, m’a pris un demi-point. Ca n’aurait d’ailleurs pas été un scandale s’il m’avait battu ! D’autres jeunes joueurs ont essayé de placer des propositions de nulle malicieuses, mais j’ai été impitoyable ! 🙂
Après la séquence dédicaces, le cocktail dînatoire, et l’inévitable session nocturne de blitz, j’ai pu rejoindre mon hôtel et goûter un repos bien mérité après ces cinq intenses journées !

Jouer une compétition d’échecs online, ce n’est pas toujours facile. Il faut une connexion fiable, une bonne souris, un environnement calme… Jouer depuis un hôtel à l’étranger n’arrange rien à l’affaire. C’est pourtant ce que Maxime et son camarade de Bundesliga Levon Aronian ont dû faire, depuis le lobby de l’hôtel Maritim à Solingen, afin de disputer le Championnat de Bullet. Ayant tous deux perdu leur demi-finale, ils devaient s’affronter pour la petite finale le lendemain. Heureusement, ils ont pu échapper à un duel en ligne à deux mètres l’un de l’autre – qui aurait été certes cocasse – puisque Maxime avait réservé une chambre hôtel à l’aéroport de Düsseldorf, afin d’être sûr d’attraper l’avion du lundi matin (à 6h40  !) qui lui permettait d’arriver à la mi-journée à Gonfreville l’Orcher !

Les parties de Bundesliga :

Les parties du tournoi de bullet sur chess.com :

« Ma nouvelle chaîne »

Ma nouvelle chaîne

Les échecs ont fait leur entrée dans le monde du esport, qui constitue désormais une véritable industrie. Certes pas encore dans les grand-messes de gamers qui génèrent des audiences incroyables, mais il est clair désormais que le jeu d’échecs a un avenir sur ce terrain-là. La plateforme www.chess.com l’a bien compris. Fort de ses plus de 27 millions de membres, le site échiquéen leader sur le marché a notamment noué un partenariat avec le géant du streaming, www.twitch.tv, qui diffuse des contenus variés, mais essentiellement basés sur le jeu en ligne et le sport électronique.

Soutenu par chess.com, j’ai lancé il y a quelques semaines ma propre chaine de streaming, www.twitch.tv/mvlchess. En fonction de mon actualité, je libère quelques heures pour jouer et commenter les parties en direct. Par exemple quand je participe à des compétitions en ligne, comme la Pro Chess League ou le récent match Usa-France en consultation, pour lequel le MF Kevin Bordi et moi-même affrontions le MI Danny Rensch et Nakamura. Je dispute également des parties informelles contre les forts joueurs connectés, et parfois même, je dédie des séances spécifiques au jeu contre mes abonnés. Enfin, il m’arrive également de relever des défis, comme le 5 mars, lorsque j’ai tenté de battre en direct le record du monde de « Puzzle Rush » détenu justement par Nakamura. Ce jeu fait fureur parmi les joueurs d’échecs de tous niveaux ; il consiste à résoudre le maximum d’exercices tactiques de difficulté croissante en 5 minutes chrono (avec une tolérance de deux fautes, la troisième étant éliminatoire). Pour la petite histoire, lors de ma tentative de record en direct, je me suis arrêté à 53, à un point de mon record personnel, et à deux points du record de Naka (55)…

Attardons-nous quelques instants sur ma série la plus aboutie ce jour-là.

Avec seulement 27 secondes restantes et une seule faute au compteur, je me suis vu proposer de marquer mon 54e point dans la position suivante :

« Puzzle Rush », Essai à 54, Trait aux blancs.

Après 1.Df4+ Rb6 2.Dxb4+ Ra6, j’ai malheureusement joué 3.Tf5 qui mate rapidement, mais ce jeu est impitoyable… 3.Tb8! matait un coup plus vite, et j’ai donc commis là ma deuxième erreur !

Adieu le record, mais pour l’honneur, je voulais arriver à 54. Il me restait 14 secondes pour résoudre l’exercice suivant…

« Puzzle Rush », Essai à 54, Trait aux blancs.

Après 1.Ce3+ Rg3 2.Dg4+ Rf2, j’ai malheureusement joué 3.Cd1+? sous la pression du temps, réalisant immédiatement que le bon coup était 3.Df4+!, car les blancs matent ou gagnent la Dame après 3…Re2 4.Df1+ Rd2 (4…Rxe3 5.De1+) 5.Dd1+ Rc3 6.Dc2+ Rb4 (6…Rd4 7.Cf5+) 7.Db2+ Cb3 (7…Ra5 8.Cc4+ Ra6 9.Db6 #) 8.Da3+!! Rxa3 9.Cc2 #.

Ce n’est que partie remise pour le record !

Revoir la vidéo complète de la tentative de record :

Watch Vive la France! MVL’s Puzzle Rush record attempt from mvlchess on www.twitch.tv

La saison régulière 2019 de Pro Chess League est terminée pour les Marseille Migraines de Maxime. Son équipe termine à la première place non-qualificative pour les playoffs de son groupe, juste derrière l’autre équipe française, les Cannes Blitzstreams. Malheureusement, ces derniers ne sont pas sortis des playoffs, et ne seront donc pas du voyage pour la phase finale à quatre équipes. Car celle-ci, certes organisée elle aussi sur Internet, aura lieu sur scène devant le public, début mai au Folsom Street Foundry https://folsomstreetfoundry.com de San Francisco (Usa) !

Petite consolation, Maxime obtient la meilleure performance individuelle de la saison régulière, avec 31/44 et une perf à 2753 Elo (juste devant Caruana 2752, et Nakamura 2751 !).

Les parties des dernières rondes de Pro Chess League :


« L’imagination gouverne le monde »

Trophée Napoléon 2019

Cette célèbre citation de Napoléon Bonaparte vient fort à propos illustrer l’événement échiquéen qui s’est déroulé le 16 février à La Roche sur Yon.

Mais quel rapport entre Napoléon et la préfecture vendéenne, me direz-vous ? Il se trouve que par décret du 25 mai 1804, celui qui allait devenir Empereur quelques mois plus tard, ordonna la fondation d’une nouvelle cité administrative et militaire au centre de la Vendée. La Roche sur Yon est de ce fait une « ville napoléonienne », qui fête régulièrement son fondateur.

Cette année, pour célébrer le 250e anniversaire de la naissance de Napoléon, la municipalité a donc décidé de créer un événement échiquéen, l’Empereur ayant été un amateur du noble jeu. Va donc pour un match-exhibition en blitz, entre moi-même et le grand espoir néerlandais, Jorden Van Foreest ! Et comme « l’imagination gouverne le monde », les organisateurs ont opté pour un format particulièrement original, sept parties au total, avec un mix de deux parties classiques, deux en Chess 960, deux sur une ouverture thématique, et une à l’aveugle pour finir !

Vue de la salle (Photo Ville de La Roche-sur-Yon).

La grande qualité de l’organisation a permis à cet événement de se dérouler dans les meilleures conditions, aussi bien pour les joueurs que pour les spectateurs. Un auditorium de 300 places rempli pour une exhibition d’échecs, dans une ville moyenne comme La Roche sur Yon, c’est un grand succès et ça fait toujours très plaisir.

Dans le match en lui-même, Jorden a opposé une bonne résistance. Je me suis rapidement trouvé en danger en perdant la première partie « classique ».

Mvl-Van Foreest, Partie 1

Ici, au lieu du normal 9.Cxd7, j’ai été tenté par le sacrifice de pion 9.d4?! cxd4 10.Ff4, mais après 10…Dc8, je n’ai pas pu démontrer de compensation.

Heureusement, j’ai pu passer la vitesse supérieure dans la deuxième partie classique, puis dans les deux parties de 960, enchaînant donc trois victoires consécutives. Voici une jolie petite combinaison finale dans la dernière d’entre elles :

Mvl-Van Foreest, Partie 4.

Les blancs viennent de jouer 23.Fxc5 et la position semble bien symétrique, mais les noirs ont le trait et les thèmes tactiques sont en leur faveur ! 23…Db3! et bizarrement, les blancs n’ont qu’un seul coup pour éviter de perdre du matériel, et il n’est pas si facile à trouver avec peu de temps. La partie s’est poursuivie par 24.Dxb3? (24.Te1? Fd4+!) 24…Fxb3 25.Td3 (25.Tc1 Txc5! 26.Txc5 Fd4+ ou 25.Fd5+ Fxd5 26.Txd5 Txc5!) 25…Fc4 26.Td4 Ff7! (mais pas 26…Txc5? 27.Txc4! et le thème tactique serait inversé ! Ni 26…Fxd4+ qui ne gagnerait « qu’une qualité ») 27.Td7 Txc5 0-1.

Pour revenir à la position du diagramme, le seul coup après 23…Db3!, c’était 24.Ff3! et tout tient !

La place Napoléon à La Roche sur Yon (Photo Etienne Mensch).

Les deux parties thématiques ne pouvaient pas proposer autre chose qu’une « ouverture Napoléon » !

Parties 5 & 6.

Guère impressionnés par le deuxième coup impérial, nous nous sommes tous deux facilement imposés avec les noirs !

Place ensuite à la partie à l’aveugle, à une cadence légèrement plus lente (15’ +10’’/cp). Voilà un type d’exercice que l’on n’a plus du tout l’habitude de pratiquer ! C’est d’ailleurs dommage car en dépit de son côté ultra intense – ou peut-être grâce à lui – le jeu à l’aveugle est vraiment intéressant. Il requiert un niveau de concentration supérieur et inhabituel. Je sais que certains joueurs trouvent ça trop difficile…

Mise en place de la partie à l’aveugle (Photo Ville de La Roche-sur-Yon).

A noter que dans cette dernière partie, nous avons joué trop vite l’ouverture pour qu’elle soit retransmise correctement ! Heureusement, le duo de MI Mullon/Mensch a rattrapé le coup au plus vite, découvrant au passage que j’avais opté pour le Dragon, et pas pour ma Najdorf favorite. Un choix qui n’a d’ailleurs pas été un franc succès, mais j’ai pu prendre le demi-point quand même, et remporter finalement le match sur le score de 4.5 à 2.5.

L’après-midi s’est conclue par une simultanée géante sur 100 échiquiers, donnée à quatre, Jorden et moi-même étant épaulés par les commentateurs, le MI Jean-Baptiste Mullon et le MF Yannick Berthelot. Autrement dit, chacun de nous retrouvait sa position quatre coups plus tard ! Autant dire qu’on la redécouvrait à chaque fois ! Evidemment, il y a eu quelques petits couacs, Jorden et moi étant un peu plus rapides que nos petits camarades . Du coup, il nous arrivait parfois de doubler l’un d’eux, et de créer des embouteillages sur quelques échiquiers. Avec comme conséquence de ne laisser que très peu de temps de réflexion à certains joueurs, et beaucoup trop à d’autres…

Du coup, dans la bonne humeur générale, quelques pièces ont été laissées en prise, et quelques parties perdues !

Simultanée dans l’Atrium (Photo Ville de La Roche-sur-Yon).

Le Trophée Napoléon à La Roche sur Yon ayant été un franc succès, il sera peut-être reconduit l’année prochaine. C’est tout ce qu’on souhaite à une équipe d’organisation qui a placé la barre remarquablement haut pour une première édition, bien soutenue par une municipalité motivée.

Site officiel : http://www.larochesuryon.fr

J’en profite pour rappeler qu’en direct sur ma chaine www.twitch.tv/mvlchess, j’assure le streaming en live de nombreux événements auxquels je participe sur www.chess.com, comme la Pro Chess League, les Titled Tuesday, ou autre… Parfois, je me contente simplement de streamer des parties amicales contre de forts, (voire très forts ) joueurs, ou encore de me livrer à des résolutions d’exercices tactiques en temps limité ! Souvent en anglais, parfois en français, je partage mes impressions quand je joue, et je réponds à de nombreuses questions en direct…

Mi and l’Au, c’est le nom du groupe de musique composé du duo franco-finnois Laurent Leclère et Mira Romantchouk, qui a déjà sorti plusieurs albums reconnus des amoureux de musique folk et éthérée. Ce couple amateur d’échecs qui vit donc en Finlande, nous a écrit pour nous faire partager quelques-unes de leurs mélodies. Particularité de celles-ci, elles ont été composées au bord d’un lac près de leur maison, tout en regardant les parties de Maxime… Voilà qui n’est pas banal !
Ci-dessus un de ces morceaux à la genèse si singulière :

Leur page Facebook : https://www.facebook.com/wearemiandlau