Gibraltar puissance 9

Gibraltar

C’est en effet la 9e fois que je participais au grand Open de début d’année dans l’Hôtel Caleta de Gibraltar, un tournoi que j’apprécie particulièrement. Après la tension des derniers mois de 2019 avec le Grand Chess Tour et les tournois qualificatifs pour les Candidats, il était agréable pour moi de disputer un Open, avec la plupart du temps des adversaires contre lesquels je n’avais jamais joué auparavant.

Ronde 1 : MVL – SUKANDAR (2402) 1-0

Cette rencontre contre une MI indonésienne a constitué une bonne partie de chauffe pour entrer dans le tournoi. Il y avait beaucoup de lignes à calculer, après 14…Db6 déjà, un coup qui m’a forcé à sacrifier un pion. De manière générale, il y a eu pas mal de choses assez concrètes à évaluer, dont quelques lignes sympa 🙂 . Par exemple, après 22.b4 :

Mvl-Sukandar, Ronde 1.
Mvl-Sukandar, Ronde 1.

Mon adversaire a joué 22…Da7, mais en cas de 22…Dxc4, j’avais prévu 23.Cb6 Dxb4 24.Cxa8 Txa8 25.f6! exf6 26.exf6 Ce8 (26…Te8 27.Dc3) 27.Cxc6 bxc6 28.Txa6!.

Derby français (Photo: www.saund.co.uk/John Saunders).
Derby français (Photo: www.saund.co.uk/John Saunders).

Ronde 2 : FLOM (2510) – MVL 1/2

Le MI français m’a joué une ligne de la variante d’Echange de la Grünfeld que je connaissais, bien sûr.

Flom-Mvl, Ronde 2.
Flom-Mvl, Ronde 2.

Dans cette position, je savais que 20…Fxe5 menait à la nulle. Du coup, j’ai voulu jouer autre chose, mais bon, qui n’apporte pas grand-chose ; je me souvenais que 20…Fd7 n’était sans doute pas terrible, mais jouable pour éviter la nulle immédiate. Mais ensuite, je me suis senti pousser des ailes. En effet, après 21.Thg1 Fb5 22.Tc3 Rh8 23.f4 Td5 24.Rc2 Fxd3+ 25.Txd3 Tc8+ 26.Rd2 Tcd8 27.Txd5 Txd5+,je ne m’attendais pas à 28.Rc2, mais à 28.Re2 ; je me suis rendu compte que si je le laissais jouer 29.Td1, c’était nulle tout de suite. J’ai donc calculé 28…f6? pour continuer la partie, par exemple après 29.exf6 Fxf6 30.Tg6 Tf5. Mais il a joué 29.Tg6!, et je me suis rendu compte à ce moment-là qu’il n’y a pas 29…fxe5 30.fxe5 Txe5? à cause de 31.Fd4 car le Roi est en c2, et pas en e2 ! Du coup, j’ai été obligé de donner deux pions et de prier pour que ça fasse nulle… Bon, il me semblait que ça faisait nulle quand même après 30…Fxe5 31.Txh6+ Rg8 32.Txe6 Fd4, mais c’était un peu sport, on ne va pas se mentir.

En effet, la position finale, c’est la fameuse nulle de Vancura en finale de Tours, connue depuis un siècle. Donc s’il y avait une réfutation, elle aurait déjà été trouvée 🙂 .

Flom-Mvl.
Flom-Mvl.

En fait, j’ai obtenu la position de Vancura, mais avec le pion h5 en plus, qui ne joue cependant aucun rôle. J’ai eu une petite frayeur car j’ai mis un peu de temps à retrouver le chemin exact vers la nulle, mais j’y suis finalement parvenu avant que mon adversaire ne teste mes connaissances ! Après 51…Tf6 52.Rc5 Tf5+! (mais pas 52…Th6? 53.Rb5 Txh5+ 54.Rb6 Th6+ 55.Rb7 et le fait qu’il n’y ait pas d’échec sur la 7e coûte la partie) 53.Rc6 Tf6+ 54.Rd7, j’ai vu le schéma où 54…Tb6 annulait (dans cette position précise, 54…Tf7+ est encore plus simple). 55.Rc7 Tf6 (seul coup) 56.h6+ Rh7 (seul coup) 57.a7 Tf7+ (seul coup !) et dès que le Roi blanc veut sortir des échecs latéraux, il doit laisser la Tour noire passer sur la colonne a, avec une nulle triviale.

Dans la pénombre (Photo: www.saund.co.uk/John Saunders).
Dans la pénombre (Photo: www.saund.co.uk/John Saunders).

Ronde 3 : MVL – BARON (2529) 1-0

La troisième ronde a été marquée par une coupure d’électricité dans tout le quartier ! Par chance, l’hôtel Caleta avait pas mal de petites lampes de bureau fonctionnant sans électricité, qui devaient être utilisées pour la cérémonie de clôture. Certains joueurs courageux avaient choisi de continuer la partie dans cette espèce d’ambiance tamisée…

D’autres, dont mon adversaire Tal Baron, continuaient à réfléchir dans la pénombre, pendule arrêtée ; ce qui s’est avéré contre-productif dans son cas, puisqu’il a fait une erreur de calcul fatale dès la reprise !

Ronde 4 : VAIBHAV (2593) – MVL 1/2

Ronde 5 : MVL – SANAL (2569) 1/2

Après une nulle quasi-théorique contre Vaibhav, j’avais les blancs contre le GMI turc Sanal ; la seule de mes 6 parties blanches que je n’ai pas remportée 🙂 .

Elle avait d’ailleurs mal débuté à cause d’une erreur de calcul…

Mvl-Sanal, Ronde 5.
Mvl-Sanal, Ronde 5.

Ici, j’avais anticipé 13.d4, mais finalement, la position après 13…Dc7! 14.dxe5 dxe5 15.Cxe5 0-0! 16.0-0 (16.Ff4 Td8) 16…Dxe5 (16…Td8 17.De1) 17.Ff4 Dh5 18.Fxb8 Fg4 ne m’a pas plu.

Du coup, j’ai joué 13.h3 0-0 14.c4, avec l’idée d’encercler le pion b3. Mais ce plan est lent et je pense qu’il a pas très bien réagi car il m’a laissé reprendre l’avantage. Sauf que j’ai moi-même mal géré la position en retour, et j’ai même dû faire attention dans la finale pour annuler.

Bilan, une première moitié de tournoi assez inégale, avec quelques parties où j’ai plutôt bien calculé, et quelques parties assez moches, je pense notamment à celles contre Flom et Sanal.

Face à la GMI russe Dina Belenkaya pendant le tournoi de blitz, sous le regard bienveillant d’Ivanchuk ! (Photo : Niki Riga).
Face à la GMI russe Dina Belenkaya pendant le tournoi de blitz, sous le regard bienveillant d’Ivanchuk ! (Photo : Niki Riga).

Ronde 6 : MVL – PERALTA (2574) 1-0

Une partie plutôt bien maîtrisée dans l’ensemble, notamment parce que j’ai réfuté sa conception dans l’ouverture :

Mvl-Peralta, Ronde 6.
Mvl-Peralta, Ronde 6.

Je ne connaissais pas 10…Ca5 immédiatement, et j’ai trouvé sur l’échiquier le coup très intéressant 11.h4!?, alors que 12 autres coups ont déjà été essayés dans cette position !

Je ne sais pas si c’est si fort, mais en tout cas, il est tombé directement dans mon piège, car après 11…h5?! 12.Ce3 Cxe3 13.fxe3, j’ai déjà un bon avantage. On passera sur l’épisode final de cette partie, déjà bien documenté sur les sites spécialisés 🙂 . Dans une position complètement gagnante, j’ai joué un coup qui le laisse revenir dans la partie, mais il a eu la même hallucination que moi, croyant qu’il se faisait mater, et il a abandonné !

Ronde 7 : KARTHIKEYAN (2606) – MVL 1/2

Karthikeyan est un jeune indien qui m’avait battu lors de la dernière ronde l’année dernière, malgré une Najdorf qui avait plutôt bien tourné pour moi au début. Cette fois, il a bien joué l’ouverture et a réussi à obtenir l’avantage, mais par chance, il a sous-estimé sa position à deux reprises, et m’a permis de stabiliser le jeu.

Sympa d’analyser avec Mvl à ses côtés ! (Photo : Niki Riga).
Sympa d’analyser avec Mvl à ses côtés ! (Photo : Niki Riga).

Ronde 8 : BASSO (2600) – MVL 1/2

Ronde 9 : MVL – CAN (2600) 1-0

Après une nouvelle nulle avec les noirs dans une Grünfeld très théorique contre le GMI Italien Basso – sans que jamais je ne puisse jouer pour le gain – j’ai affronté le Turc Can à l’avant-dernière ronde :

Je crois qu’il m’a facilité la tâche en forçant rapidement le passage dans un milieu de jeu sans les Dames :

Mvl-Can, Ronde 9.
Mvl-Can, Ronde 9.

Can s’est certainement dit que la position n’était pas si dangereuse, mais en fait, elle me semble vraiment inférieure parce qu’en plus du pion isolé, le Fb7 est mal placé et le pion a6 est faible également. Ici, il aurait quand même dû essayer d’être actif par 17…Te4 18.Fg3 Tde8 19.Rf1 Fc6, plutôt que de laisser 17…Cf8?! 18.a5!, et la position devient une longue torture pour les noirs après 18…Ce6 19.axb6 Fxb6 20.Fd2 Cd4 21.Cxd4 Fxd4 22.Fd3!. Peut-être que j’avais une solution plus concrète après 22…Te6 23.Ta4 Ff6 24.Tb4 Fc8. Au lieu de 25.Ta1, 25.Txe6 fxe6 26.Tb8 (idée 27.Ta8) gagnait sans doute le pion a6. Mais bon, est-ce que tu as envie de prendre des décisions concrètes dans cette position-là? Pas du tout en fait ! Parce que même si je prends a6, les noirs auront peut-être du contre-jeu par …Tc8 et …e5. Il y a beaucoup de détails à vérifier, et la position ne nécessite pas une telle approche sur le plan pratique, à mon avis.

Ronde 10 : MVL – MAGHSOODLOO (2674) 1-0

Une victoire lors de cette dernière ronde me laissait une petite chance de finir dans le groupe de tête, et j’ai eu l’agréable surprise de doubler les blancs contre l’ancien champion du monde junior. J’ai joué 1.d4, qui me semblait un choix pertinent contre cet adversaire spécifique.

Mvl-Maghsoodloo, Ronde 10.
Mvl-Maghsoodloo, Ronde 10.

J’ai obtenu une finale avec un pion de plus, mais certainement nulle. Le plus simple pour lui, je crois que c’était ici 30…Txc5! (au lieu de 30…Td8) 31.dxc5 Ce4+ (31…Cc4 est peut-être nulle aussi, mais les éventuelles finales de pions à prévoir de très loin après 32.Tc3 Tc8 33.c6 bxc6 34.Fxc4 dxc4 35.Txc4 Rd5 peuvent faire peur) 32.Fxe4 dxe4 et les noirs vont s’en sortir sans difficulté. Dans la partie, après 30…Td8 31.Tac3 Td7 32.a4, il n’avait certainement pas besoin de me donner la case c6 par 32…b6? 33.Tc6 Tdd8 34.Re2 Td7 35.Tc1 Th8 36.a5! et la position noire ne tient plus qu’à un fil. Je n’ai peut-être pas joué de manière optimale par la suite, mais il est toujours difficile de ne laisser aucun contre-jeu.

La fameuse soirée « Bataille des Sexes ». Ici, Mvl sur le ring avec l’ancienne championne du monde Antoaneta Stefanova (Photo: www.saund.co.uk/John Saunders).
La fameuse soirée « Bataille des Sexes ». Ici, Mvl sur le ring avec l’ancienne championne du monde Antoaneta Stefanova (Photo: www.saund.co.uk/John Saunders).

Le bilan de ce tournoi est contrasté ; 5.5/6 avec les blancs c’est très correct, mais le fait d’annuler toutes mes parties noires contre des joueurs moins forts sur le papier ne peut pas me satisfaire. Certes, je termine dans le groupe de tête à 7.5/10 (avec 6 autres joueurs). Mais comme un symbole de cette année, je suis 5e au départage (perf Elo), un tout petit point derrière le 4e et dernier qualifié pour les départages décernant le premier prix de 30.000 £ 🙂 .

Je n’ai aucun tournoi prévu avant avril ou mai, c’est donc une bonne période pour faire le point et trouver des pistes d’amélioration !

Nul besoin de la Fédération pour réunir une des plus fortes équipes française de tous les temps. Maxime, avec Etienne Bacrot (2669 Elo), Maxime Lagarde (2655), Romain Edouard (2653), Christian Bauer (2625), Yannick Gozzoli (2599), Matthieu Cornette (2556), Fabien Libiszewski (2526) et Kévin Bordi (2288) participe à la prochessleague 2020. Après 6 matches, les Français sont 2e de la division centrale.

Les parties de Maxime à Gibraltar :

Les parties de Maxime en ProChessLeague

Décembre en noir et blanc

Londres 2019

Je suis arrivé à Londres le 1er décembre, dans un environnement familier et dans une ville que j’aime bien, pour disputer une finale du Grand Chess Tour au format identique à l’année précédente.

J’ai appris ma qualification en dernière minute, puisqu’elle dépendait des résultats des autres joueurs, et notamment de Anand. Ce n’était pas le plus probable, mais je me suis qualifié à sa place. Ce qui a évidemment surchargé mon calendrier de décembre, à un moment où la qualif pour les Candidats allait se jouer. Mais j’étais plutôt content quand même d’être qualifié. Le challenge était intéressant évidemment ; d’abord jouer contre Magnus bien sûr, et puis le deuxième match également, contre Aronian ou Ding Liren. Donc j’étais motivé, dans format qui me convient bien en général. Le match contre Magnus a été très, très tendu. Dans la première partie par exemple, c’était vraiment d’une complexité extrême et tout aurait pu arriver. Finalement, ça s’est conclu par un perpétuel après que l’on ait raté pas mal de trucs. Après plusieurs nulles, c’est moi qui ai gagné le premier en blitz, à partir de rien du tout d’ailleurs. Cependant, il a répliqué tout de suite, là où au contraire j’avais une très bonne position, mais pris de mauvaises décisions. De manière générale, le niveau de notre match était quand même assez élevé. Peut-être que le moment-clé c’est quand j’ai défendu le dernier blitz avec peu de temps et une finale quand même désagréable.

Carlsen-Mvl, Londres 8e partie ; le pion en c6 rend la défense noire délicate.
Carlsen-Mvl, Londres 8e partie ; le pion en c6 rend la défense noire délicate.

Après évidemment, il y a eu la première partie du tie-break avec les Noirs, qui était complètement folle ; l’avantage a changé de camp tout le temps, c’était vraiment hyper tactique, mais j’ai fini par l’emporter. Après, il ne restait plus qu’à faire nulle dans la deuxième partie ; ce que j’ai fait 🙂 .
Evidemment, j’étais très content de remporter un match en 10 parties contre le champion du monde, surtout avec un mix de cadences. Psychologiquement, c’était un boost, car qui d’autre peut se prévaloir d’un tel résultat ? Malheureusement, il fallait enchaîner avec la finale, et Ding Liren m’a fait redescendre de mon nuage illico en me mettant sous énorme pression dans la première partie longue. Après, il n’a pas été suffisamment précis dans une finale qui était complètement foutue pour moi. Bon, je me suis accroché comme je l’ai pu, et il a paniqué à plusieurs moments. J’ai finalement tenu la nulle dans une position de dingue à quatre Dames !

Mvl-Ding Liren, Londres 1e partie ; et non, M. Ding, les noirs n’ont pas de mat dans cette position !
Mvl-Ding Liren, Londres 1e partie ; et non, M. Ding, les noirs n’ont pas de mat dans cette position !

Rebelote dans la deuxième partie, où je me suis retrouvé en difficulté dès le début dans une Anglaise. J’ai mal jugé la position et avec l’avantage, il a été clinique. C’est dans l’ensemble une partie où il n’y a pas eu grand-chose à faire. Je n’ai pas été suffisamment alerte, et lui a été impeccable…. Bon ensuite dans les rapides, j’ai essayé de revenir mais ça a vite mal tourné ! J’ai quand même sauvé l’honneur en remportant largement le match de blitz.

Le bilan du Grand Chess Tour n’est quand même pas si mauvais, je termine second pour la troisième année consécutive.

Ensuite, la bascule vers le Grand Prix FIDE a été compliquée, car je n’ai pas pu arriver à Jérusalem avant le mardi en fin d’après-midi – au terme d’un long voyage – et le tournoi commençait dès le lendemain. La bonne nouvelle quand même, c’est que le tirage était plutôt bon. Malheureusement, j’ai pu voir tout de suite que je n’étais pas à un très bon niveau de jeu. Dès la première partie contre Topalov, j’ai été en grand danger ; j’ai réussi à m’accrocher et je m’en suis sorti un peu par miracle, mais j’ai frisé la correctionnelle. Du coup j’ai décidé de ne pas prendre de risques inconsidérés dans les parties longues. D’autant que j’ai vite compris que les points bonus ne serviraient strictement à rien, ce qui a effectivement été le cas. L’important, c’était la qualif tour après tour…

Donc je me suis concentré sur les rapides. D’abord contre Topalov, et ensuite contre Andreikin, après que mon ouverture dans la première partie ait tourné court (nulle), suite à une erreur de mémoire !
En revanche, dans les rapides, ça s’est bien passé ; contre Andreikin, la première partie était ultra chaude. Mais au final, j’ai vu plus de choses que lui, c’est donc normal que j’aie gagné 🙂 .

Ensuite, il y a eu le match décisif contre Nepo, et là, je dois admettre que je n’ai pas pris les bonnes décisions, c’est sûr. D’abord, j’ai été surpris par le rare 8.Fe3.

Nepomniatchi-Mvl, Jérusalem, ½ finale aller.
Nepomniatchi-Mvl, Jérusalem, ½ finale aller.

Du coup, j’ai perdu beaucoup de temps à regarder 8…Cg4 9.Fg5!?, qui pouvait être son idée. Sur 9.e5, qu’il a joué, j’avais plusieurs possibilités, pas seulement celle de prendre en e3. Mais je me suis dit : ” On va aller au plus simple ” ; malheureusement, le plus simple en question n’était pas le meilleur… Il a donc pris un bon avantage, mais il m’a laissé ensuite du contre-jeu. Le moment critique, c’est évidemment après 19.Da3

Nepomniatchi-Mvl, Jérusalem, ½ finale aller.

Bien sûr, j’ai vu le naturel 19…c5 20.dxc5 Dc8, que je me souviens avoir rejeté à cause de 21.exf6 Fxf6 22.Fc4! Fxh4+ 23.Txh4 Cxh4 24.Td6!. Je n’ai pas du tout analysé la partie depuis, mais sur l’échiquier, ça avait l’air très dangereux pour moi en tout cas. Ce qui s’est passé dans la partie après mon choix 19…fxe5 20.dxe5 De8 (avec l’idée de contre-jeu …Dc6-b6), c’est que je n’ai réalisé qu’après 21.Fg2 que la suite prévue 21…Fxe5 22.fxe5 Cxh4+ 23.Rg1 Cxg2 était réfutée par l’horrible coup intermédiaire 24.Ce4!, et les blancs sont gagnants.

Le duel contre Ian Nepomniachtchi
Le duel contre Ian Nepomniachtchi – Photo : www.worldchess.com

Le dos au mur, j’ai réussi à placer une bonne idée dans la deuxième partie. Et j’ai obtenu une très bonne position ; malheureusement gâchée par des mauvaises décisions… D’abord, 15.Cf4 était moins précis que 15.Fd2!.

Mvl-Nepomniatchi, Jérusalem, ½ finale retour.
Mvl-Nepomniatchi, Jérusalem, ½ finale retour.

Mais surtout, 19.b4? s’est avéré être vraiment catastrophique, au lieu du normal 19.Cfe2 qui maintenait l’avantage. En fait j’ai complètement oublié en jouant 19.b4 – trop vite ! – que la Dame noire revenait en c4 via a6.

Mvl-Nepomniatchi, Jérusalem, ½ finale retour.
Mvl-Nepomniatchi, Jérusalem, ½ finale retour.

Et enfin, il y a la dernière grosse erreur 25.Cg3?, à la place de 25.Cd3. En fait, sur 25…f5, je voulais 26.e5 f4 27.Fxf4 gxf4 28.Ch5, mais je me suis vite rendu compte que les noirs gagnaient après 28…Fxe5! 29.dxe5 0-0-0!. Du coup, je suis moins bien après 26.exf5, et j’ai rapidement proposé nulle. De toute façon il n’y avait vraiment rien à faire, si ce n’est la perdre ! Et j’ai suffisamment perdu de parties bêtement en situation de must win, à commencer par Jakovenko il y a deux ans dans des circonstances identiques…

Eliminé, j’ai pris un avion tôt le lendemain matin, et je me suis retrouvé à devoir patienter à la maison dans l’attente du match Nepo-Wei Yi. Je n’avais plus mon destin entre les mains, mais une victoire du Chinois m’envoyait quand même directement aux Candidats ! Malheureusement, la pièce est une nouvelle fois tombée du mauvais côté, mais j’ai quand même pris la décision de ne pas renoncer aux championnats du Monde Rapide & Blitz à Moscou. Je savais que j’étais complètement cuit physiquement, mais en termes d’effort c’était moins compliqué quand même, et toujours assez fun. Je sais aussi que j’ai une bonne capacité à rebondir, alors j’y suis allé un peu la fleur au fusil 🙂 . On ne va pas se mentir, j’ai fait un peu n’importe quoi… J’ai eu trois journées catastrophiques, les première et troisième rapide, et le premier blitz. Soit seulement deux journées correctes. Au final, terminer 14e au Rapide et 4-5e au Blitz dans ces conditions, il n’y a pas de quoi se pavaner, mais vu mon état de forme, je prends ! Et vu le niveau des parties, je suis encore plus obligé de prendre 🙂 .

Maxime Vachier-Lagrave lors du championnat du monde de blitz. Photo : Dmitry Ikunin | http://ikunin.ru
MVL répond à un media norvégien. Photo : Dmitry Ikunin | http://ikunin.ru

Maintenant, regardons vers 2020, qui va être une saison beaucoup plus light. Ce sera l’occasion pour moi de réaliser une meilleure préparation foncière, sur le plan technique comme sur le plan physique. Au niveau des événements, je jouerai à Gibraltar à la fin du mois, au Norway Chess début juin, et je participerai au Grand Chess Tour 2020 pour lequel je suis qualifié. Ce sont les seules certitudes pour l’instant !

Si vous voulez en savoir plus sur tout ce qui concerne le cycle de championnat du monde, la qualif aux Candidats, la lettre ouverte de Laurent Vérat sur la wild-card, la polémique qui a suivi, mais aussi les rapports entre joueurs français de l’élite, la possible naturalisation française de Firouzja, et bien d’autres sujets encore, allez lire sans tarder la longue interview donnée par Maxime il y a quelques jours au site www.chess.com.

Les parties de Maxime à Londres :

Les parties de Maxime à Jérusalem :

Les parties de Maxime au championnat du monde de parties rapides :

Les parties de Maxime au championnat du monde de blitz :

Hambourg : le sprint est lancé !

Hamburg GP

Il reste deux places à distribuer « sportivement » pour le Tournoi des Candidats, via le Grand-Prix FIDE 2019. Celui-ci arrive à son terme, avec le tournoi de Hambourg qui vient de se terminer, et l’ultime étape, programmée à partir du 11 décembre au cœur du quartier historique de Jérusalem.

A Hambourg, il s’agissait donc de se placer avant le sprint… Pour l’occasion, la grande ville portuaire du nord de l’Allemagne avait mis un théâtre à disposition de l’événement. Certains se sont émus du niveau de l’organisation. Pour ma part, je n’ai guère de plaintes à formuler par rapport à la salle de jeu. Juste un bémol pour l’accès un peu pénible au niveau des toilettes ; il y avait un grand escalier à monter, guère pratique pendant une partie. Mais il est vrai que c’était lié à la configuration des lieux, au cœur d’un vieux théâtre. Pour le reste, je n’ai pas eu de problème de bruit à gérer, j’ai trouvé la salle silencieuse, assez spacieuse, même quand on était 16. Peut-être un peu sombre aussi, mais bon… Ce n’était pas le grand luxe, mais il n’y avait vraiment pas de quoi se plaindre, contrairement à ce qu’on a connu à Zagreb cet été ! (Ndlr, étape du Grand Chess Tour ).

Conférence de presse avec Mvl, tête de série n°1 (Photo : Nadja Wittmann).
Conférence de presse avec Mvl, tête de série n°1 (Photo : Nadja Wittmann).

1/8 de Finale :

MVL – WEI YI (2724) 1,5-0,5

Dans la première partie, j’ai pu placer une prépa contre la Najdorf, qui avait été imaginée par Matthieu Cornette pendant le Top 12 en mai. Il m’avait envoyé un fichier par mail pendant le Norway Chess en juin. J’ai aimé l’idée de jouer 6.g3 sans mettre le Fou en g2, et j’ai décidé de la jouer à la prochaine opportunité ! Du coup, ça a bien fonctionné et j’ai pris l’avantage dans l’ouverture.

Plus tard, je n’étais pas certain de mon coup 21.Cd5.

Mvl-Wei Yi, 1/8 finale aller.
Mvl-Wei Yi, 1/8 finale aller.

Bien sûr, après 21…Cxd5 22.exd5 Tc7 (si 22…Tc5 23.Cxb6 Td8 24.Fc4! suivi de b4-a5 est très favorable aux blancs) 23.Cxe5 (maintenant 23.Cxb6 serait moins bon à cause de 23…Tb8 24.a5 Fc8! idée …Fg4 et il a du contre jeu) 23…dxe5 24.d6 Td7 25.dxe7 Txe7 26.Td6, j’ai obtenu une finale très supérieure, mais pas sûr qu’elle soit objectivement gagnante. Avant la finale de Fous pure, je ne sais pas trop ce que j’aurais pu faire de mieux ? J’avais envisagé 35.Txe5 (au lieu de 35.Ff1) 35…Tc1+ 36.Ff1, mais il a 36…Rf6!, et après 37.Te3 Fd5 38.Ta3 (et pas 38.Td3? comme j’avais initialement prévu, à cause de 38…Fc4 39.a7? Txf1+!) 38…Fc4 39.a7 Fxf1 (39…Txf1+? perdait très joliment sur 40.Rg2 Td1 41.a8=D Fd5+ 42.Tf3+! contre-échec 🙂 ) 40.f3 Fc4+ 41.Rf2 Fd5 et nulle.

Mvl-Wei Yi, 1/8 finale aller.
Mvl-Wei Yi, 1/8 finale aller.

Dans la transition vers la finale de Fous, il a craqué avec 42…Rd4? 43.Txc5 Rxc5 44.Re3 +-, alors que 42…Txb5 43.Fxb5 f4! devait garantir la nulle. Pendant la partie, je comptais sur 44.g4!?. Malheureusement, ça n’aurait sans doute pas suffi; après par exemple 44…Rd4 45.Fd7 Rc5 46.Fc8 Rb6 47.Rc3 Rc7 48.Fb7 Fxb7 49.axb7 Rxb7 50.Rd4 Rc6 (mais pas 50…e3? 51.fxe3 f3 52.Rd3 Rc6 53.Rd2! Rd5 54.Re1 Re5 55.Rf2 Re4 56.h3! zugzwang, tandis que 53.e4? aurait manqué la cible : 53…Rd6 54.Re3 Re5 55.Rxf3 Rd4 56.h3 Rc5! – seul coup – 57.Re3 Rc4 =) 51.Rxe4 Rc5 52.Rf5 Rd4 53.Rg6 Rd3! (surtout pas l’autre trajet 53…Re4? 54.Rxh6 Rf3 55.Rxg5) 54.Rxh6 Re2 55.Rxg5 f3 56.h4 Rxf2 57.h5 Rg3 58.h6 f2 59.h7 f1=D 60.h8=D Df4+ =.

Malgré tout, je dirais que c’était quand même une partie plutôt maîtrisée dans l’ensemble (1-0, 51 cps).

Lancement du tournoi (Photo : Nadja Wittmann).
Lancement du tournoi (Photo : Nadja Wittmann).

Nouvelle Najdorf, mais couleurs inversées, pour le match retour. Sur la variante 6.Cb3, c’est Peter Svidler qui m’avait expliqué après mon match contre lui en Coupe du Monde, que le plus simple était 6…e6. J’ai été obéissant et j’ai effectivement obtenu une bonne position assez rapidement, avant de prendre carrément le dessus.

Je sais qu’il y a des gens qui ne comprennent pas pourquoi j’ai souvent accepté la nulle dans des positions supérieures lors de ces mini-matches à élimination. D’abord parce que la course au Elo dans la perspective des Candidats est terminée pour moi depuis un moment 🙂 . Ensuite parce que dans le contexte, assurer le point de bonus reste le plus important. Et enfin, je n’ai aucune raison de me taper deux heures de partie en plus, car l’énergie économisée pour le tour suivant est un facteur qui rentre aussi en ligne de compte. (1/2, 27 cps).

¼ de Finale :

MVL – TOPALOV (2740) 1,5 – 0,5

Dans la première parie, j’ai joué une sorte de Benoni différée avec les noirs. J’ai longtemps retardé la prise en d5, et j’ai un peu regretté de l’avoir fait au 14e coup.

Topalov-Mvl, 1/4 finale aller.
Topalov-Mvl, 1/4 finale aller.

Si j’avais commencé par 14…a6, j’aurais permis 15.Cf1 exd5 16.exd5 avec un changement de structure, même si 16…Ta7 maintenant aurait quand même été confortable pour moi. Du coup, j’ai préféré 14…exd5 15.cxd5 (15.exd5 Ff5! serait maintenant inférieur) 15…a6 16.Ff1 Cd7 (maintenant que la case c4 est libérée, sur 16…Ta7, les blancs auraient 17.Cc4 Tae7 18.Fg5! h6 19.Fh4 g5 20.Fg3 et si 20…Cxe4 21.Cxe4 Txe4 22.Txe4 Txe4 23.Cxd6 avec net avantage) 17.Ca2 (j’attendais plutôt 17.f4, mais en bon joueur de Benoni lui-même, Topalov a senti que c’était dangereux après 17…Fd4+ 18.Rh2 Cf6 19.Cf3 Fg4! 20.hxg4 Cxg4+ 21.Rg3 Ff2+ 22.Rh3 Dd7, comme après 18.Rh1 Cf6 – voire 18…f5!?) 17…Ta7 18.Cc4 Ce5 avec une position équilibrée.

Le moment critique par la suite, c’est quand il a décidé de donner une qualité par 28.Te3!?.

Topalov-Mvl, 1/4 finale aller.
Topalov-Mvl, 1/4 finale aller.

Un sacrifice intéressant en pratique, d’autant que 28.Td3 f5 n’était pas spécialement attirant pour lui. Après 28…Ff4 29.Ff3 Fxe3 30.Fxe3 Tc8 31.Dd4, j’ai vu que la variante 31…De5 32.Dxb4 Tc3 33.Ff4 Txb3! 34.Dxb3 Dxf4 forçait plus ou moins la nulle, avec l’autre ordre de coups a priori identique 31…Tc3 32.Dxb4 De5. Sauf qu’en commençant par 31…De5?!, je lui ai laissé l’option 32.Da7!, et la position devient un peu hors de contrôle ; 32…Fe8 33.g3 Tc3, et là, il aurait dû jouer 34.Ff4!, même si c’est contre-intuitif de ne pas mettre le Fou sur la grande diagonale. Après 34…Df6 35.Db8, il aurait fallu que je trouve 35…Txf3 36.Dxe8+ Rg7 37.e5 Df5 38.exd6 (38.e6 fxe6 39.dxe6 g5 40.Fe3 Txe3!) 38…Dxd5! 39.d7 Dd1+ 40.Rg2 Txf4! – seul coup – 41.gxf4 Dd5+ 42.Rg3 Dd3+ 43.f3 Dd1! avec perpétuel.

Topalov-Mvl, 1/4 finale aller.
Topalov-Mvl, 1/4 finale aller.

Dans les complications, il a gaffé avec 36.Ff1? Txb3 et les blancs n’arrivent plus à générer de contre-jeu. (0-1, 44 cps).

J’avais vu que 36.Rg2? ne marchait pas non plus, à cause de 36…Dxe2 37.De7 Df3+! 38.Rh2 Tc8. En revanche, le coup paradoxal 36.Rh2! sauvait les blancs : après 36…Tc7 (surtout pas 36…Dxe2? maintenant, à cause de 37.De7 Tc8 38.Df6 Rf8 39.Dxd6+ Rg8 40.Df6 Rf8 41.d6 +-) 37.Dxc7 Dxd4 38.Rg2 Dxe4+ 39.Ff3 De5 40.Da5! =.

On refait le match ! (Photo : Valeria Gordienko/World Chess).
On refait le match ! (Photo : Valeria Gordienko/World Chess).

J’ai plutôt bien maîtrisé le match retour avec les blancs, en jouant la variante d’échange contre la Française, récemment utilisée quelques fois par Etienne Bacrot, mon secondant.

J’ai bien tout verrouillé, mais le truc important dans ces cas-là, c’est quand même de jouer avec un plan, aussi basique soit-il, et de ne pas attendre bêtement. ; en l’occurrence a4 puis b4-b5.

Mvl-Topalov, 1/4 finale retour.
Mvl-Topalov, 1/4 finale retour.

Dans la position finale, je ne me suis pas rendu compte que 27.Ta1! était si fort. Mais encore une fois, si je gagne ça ne change vraiment rien… (1/2, 26 cps).

1/2 Finale :

MVL – GRISCHUK (2771) 0,5-1,5

Avec les blancs, j’ai été surpris de son choix de l’Espagnole Arkhangelsk. Du coup, j’ai hésité entre 13.Fc2 et la tonne de théorie qui en découle, et 13.Fe3, qui est moins risqué. J’ai choisi ce dernier coup, et obtenu un très léger plus, mais j’ai commencé à faire des petites fautes de calcul.

Mvl-Grischuk, 1/2 finale aller.
Mvl-Grischuk, 1/2 finale aller.

Notamment quand j’ai joué ici 23.Fa4?! et que je me suis instantanément aperçu que je laissais 23…Cd5!. Ce que Sacha et moi avons tous les deux raté, c’est qu’après 24.Cc6, les noirs n’ont pas que 24…Dh4 25.g3, mais aussi 24…Df6! 25.Dxd5 Dxf4, et la position tourne en leur faveur. Du coup, pendant que Sacha réfléchissait, je m’étais décidé, en cas de 23…Cd5, pour 24.Df3 avec léger avantage noir.

Peut-être que si je m’étais un peu plus concentré sur la position, j’aurais plutôt choisi 23.Fa2 avec l’idée Dd2-Tad1, et un micro-plus pour les blancs.

La suite de la partie a vu un aplanissement rapide (1/2, 27 cps).

Le début d’une partie fatale (Photo : Nadja Wittmann).
Le début d’une partie fatale (Photo : Nadja Wittmann).

Dans la deuxième partie, sur ma ligne habituelle de l’Anglaise avec les noirs (1.Cf3 Cf6 2.c4 c5 3.Cc3 d5 4.cxd5 Cxd5 5.e3), j’avais décidé avant le début du tournoi que je ne rejouerais pas 5…Cxc3, mais 5…e6.

Grischuk-Mvl, 1/2 finale retour.
Grischuk-Mvl, 1/2 finale retour.

Pendant la partie, j’ai choisi d’éviter 12…Fb7 13.d5 exd5 14.Fxd5 Tad8 15.c4, même s’il semblerait que ce soit ok pour les noirs. J’ai préféré 12…Td8, avec l’idée que sur 13.d5, maintenant je jouais 13…Ca5 14.Fd3 c4 15.Fc2 e5!?.

Après 13.Fe3 Ca5 14.Fd3 Fb7 15.h4!, je me suis rendu compte à quel point ce genre de position était désagréable. Du coup, j’ai joué 15…b5!?. Et après 16.Fxb5 Fxe4, j’étais à fond sur 17.Cg5. Il ne l’a pas joué à cause de 17…cxd4 18.cxd4 a6, mais moi j’étais plutôt parti sur 17…Ff5!? 18.g4 Fg6 19.h5 Fxg5 20.Fxg5 Td5 qui me semblait hyper nébuleux. Du coup, quand il a joué 17.dxc5, il m’a pris par surprise et j’ai mal réagi avec ce 17…Fxf3? intempestif, que j’analyse comme étant juste un bug dans la compréhension de la position. J’ai bien pensé au coup de la machine 17…Fd5, mais je n’y ai pas cru… En revanche, j’ai rejeté le naturel 17…Fxc5 à cause de 18.Txd8+ Txd8 19.Fg5 Tb8 20.Dxe4 Txb5 21.Td1 et avec les pièces aussi mal placées, la position m’avait l’air suspecte.

Après 18.Dxf3 Fxc5, nous avons tous les deux raté la réfutation 19.Fg5 Fe7 20.Td7!, qui était dure, mais pas impossible à trouver : 20…Txd7 21.Fxd7 Tb8 22.Fxe7 Dxd7 23.Dg3 Cc6 24.Ff6 g6 25.Df4 avec gros danger sur les cases noires.

Malgré tout, après 19.Ff4 Db7 20.De2, les blancs restent mieux. Mais je me disais que, l’ouverture étant ratée, forcément j’allais avoir un mauvais moment à passer, mais peut-être pas si catastrophique.

Grischuk-Mvl, 1/2 finale retour.
Grischuk-Mvl, 1/2 finale retour.

Après, il semblerait qu’il ait raté un gain de machine avec 26.De4! au lieu de 26.Dd1?!. Il ne l’a pas joué à cause de 26…Dc1+ 27.Rh2 Tf8, et si 28.Txa7 Dc5! avec quadruple attaque, mais l’ordi améliore cette variante par 27.Ff1! Dc6 28.Dd3, et prétend que l’avantage blanc est décisif.

Les demi-finales vues du dessus (Photo : Valeria Gordienko/World Chess).
Les demi-finales vues du dessus (Photo : Valeria Gordienko/World Chess).

Dans la partie, après 26…h6 27.g3 Tf8 28.Txa7 Cc6 29.Td7 Ce5 30.Td8, j’ai vu arriver cette finale D+C contre D+F avec le pion a passé, et je me suis dit que je devrais trouver des ressources. Après, c’est vraiment dur d’être précis dans cette position, très difficile à jouer. J’ai choisi la transition vers cette finale par 30…Dc7 31.Txf8+ Rxf8 32.a4 Re7 ; en fait, je voulais avoir le Roi vers le centre, et pas cornerisé après 30…Txd8 31.Dxd8+ Rh7. Je pensais que c’était plus important que de laisser ma Dame active ; mais encore une fois, ce sont vraiment des décisions extrêmement difficiles à prendre.

Grischuk-Mvl, 1/2 finale retour.
Grischuk-Mvl, 1/2 finale retour.

Ensuite, il m’a offert un peu de répit avec 37.Dd7?! ; j’avais vu que sur 37.Da8!, qui menace d’amener mon Roi en balade, je n’étais vraiment pas beau !

Après le 40ème coup, j’ai compris que si je gardais les Dames, je n’allais pas tenir la position. C’est contre-intuitif, car normalement tu te dis que justement, la Dame va permettre de générer du contre-jeu et de laisser le Roi blanc à distance. Mais en réalité, comme mon Cavalier est hors jeu, c’est en fait le couple Dame-Fou qui fait trop de dégâts, notamment après m’avoir forcé à affaiblir mes cases blanches en touchant à mon pion f7 !

Après, la finale de pièces mineures qui résulte est trop dure à évaluer, je ne sais toujours pas si elle est gagnante.

Grischuk-Mvl, 1/2 finale retour.
Grischuk-Mvl, 1/2 finale retour.

Ce qui est sûr, c’est que j’aurais dû jouer 47…Re6! (au lieu du repli défensif 47…Rf6? 48.Rh5 Rg7 qui laisse aux blancs un plan clair pour gagner : attaquer le pion d5 sur la grande diagonale, le forcer à venir en d4, puis revenir avec le Roi en e4 pour l’encercler) 48.Rh5 d4 49.Rxh6 Rd5 et s’il existe, ce qui est bien possible, il faudrait Sesse pour nous démontrer le gain ! C’est trop dur, il y a trop de choses à calculer 🙂 .

De toute façon, Sacha a très bien joué. Parfois, il faut juste accepter que l’on n’a pas fait une bonne partie et que l’adversaire a mieux joué. (1-0, 53 cps).

Au final, même s’il se termine sur une mauvaise note, le tournoi n’est pas non plus raté. Je suis pour l’instant à la 2e place qualificative pour les Candidats, j’ai un peu d’avance sur mes poursuivants et mon destin entre les mains avant le dernier tournoi à Jérusalem.

Classement du Grand Prix FIDE avant le dernier tournoi (image Wikipedia).
Classement du Grand Prix FIDE avant le dernier tournoi (image Wikipedia).

En revanche, ce qui est plutôt marrant, c’est que par rapport à la qualif pour les Candidats, ça ne change finalement pas grand-chose que je sois éliminé au premier tour à Jerusalem, ou que je fasse demi-finale ! Si Mamedyarov ou Nepo vont loin, j’ai intérêt à aller loin moi aussi. Sinon, je peux même perdre au premier tour et passer quand même. La différence de pourcentage de chances de qualif entre perdre au premier tour et aller en demi finale passe peut-être de 40 à 80%, alors qu’on a l’impression que ça devrait être de 20 à 100% ! Enfin, il ne faut pas oublier non plus que tous les joueurs qui ont entre 1 et 5 points au classement général ont encore une chance théorique de se qualifier, certes infinitésimale pour les premiers nommés !

Ce qui est sûr en tout cas, c’est que clairement, le tirage au sort va être déterminant…

Je vais aussi dire un mot sur l’annonce qui a été faite par la Fédération Russe concernant l’octroi de la fameuse wild card pour les Candidats…

Sur le principe, que ce privilège soit donné à un Russe, c’est pas un gros souci en soi. Non seulement c’était quand même assez attendu 🙂 , mais en plus, je ne cours pas après ce mode de qualification ; je pense qu’il faudrait définitivement le supprimer…

En revanche, sur le timing de l’annonce, c’est vraiment du délire. Comme en 2017, ils n’attendent pas que les tournois soient terminés, ils n’attendent pas que le cycle soit terminé. Du coup ils génèrent une situation pas claire. Qu’est ce qui se passe si par exemple Karjakin ou Jakovenko font 3ème du Grand Prix ?

Ensuite, pourquoi nous faire jouer un match pour la troisième place de la Coupe du Monde ? J’ai disputé ce match, je l’ai gagné, et ça ne sert à rien.

Je terminerai sur une note positive en félicitant Sacha Grischuk pour son succès à Hambourg, et pour ce qui ressemble à une quasi-qualification pour les Candidats !

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La ligue Ile-de-France des Echecs et les Beaux-Arts de Paris ont organisé, dans le cadre du festival d’automne et de l’exposition d’Anna Boghiguian « Le carré, la ligne et la règle », plusieurs animations échiquéennes. Notamment le 31 octobre, pour Halloween, a eu lieu une « Rencontre des sortilèges », sous la forme d’un Escape game « Arts, échecs et mathématiques », auquel Maxime a participé, quelques jours avant son départ pour Hambourg.

Disputé dans la Chapelle des Beaux Arts – mise en scène pour l’occasion – cet Escape Game consistait à résoudre des énigmes mathématiques, logiques et artistiques à l’aide du jeu d’Echecs, et ce en temps limité.

Au fait, l’équipe de Maxime s’est imposée 🙂 .

Les parties de Maxime :

Ma Coupe du Monde (Partie 2)

Ma coupe du Monde (2e partie)

¼ FINALE :

MVL – ARONIAN (2758) 2.5-1.5

Dans la première partie avec les noirs, je savais dans quoi je m’embarquais quand je suis rentré dans cette ligne de la Grünfeld 5.Fg5. Une position un petit peu difficile à défendre où je vais devoir trouver un ou deux coups précis pour égaliser complètement ; ce qui a été le cas après 25…f5! (nulle, 44 coups).

Aronian-Mvl, ¼ finale aller.
Aronian-Mvl, ¼ finale aller.
¼ de finale contre Aronian, un classique (Photo : Fide).
¼ de finale contre Aronian, un classique (Photo : Fide).

Dans la deuxième partie, j’ai amélioré la variante de l’Italienne jouée quelques jours plus tôt contre Jakovenko, avec 15.Ce4 au lieu de 15.De4.

Mvl-Aronian, ¼ finale retour.
Mvl-Aronian, ¼ finale retour.

Mais j’ai vite commis l’erreur 19.Fg5? qui n’a aucun sens en fait, et que j’ai joué beaucoup trop vite. Dans mon esprit 19…h6 20.Fh4 ne changeait rien, mais en fait 20…g5 21.Fg3 Rg7 suivi de …f5-f4 n’allait pas du tout, et j’ai donc dû me résoudre au triste 20.Fxe7.

C’est dommage parce que tout était mieux pour les Blancs avec la paire de Fous, par exemple 19.a4, ou 19.Cd2-c4, voire 19.Ff4 (nulle, 31 coups).

Dans la première partie rapide, j’ai fait une bonne ouverture avec les noirs.

Aronian-Mvl, ¼ finale tie-break (1).
Aronian-Mvl, ¼ finale tie-break (1).

A un moment, en voulant mettre la pression au temps, je me suis un peu enflammé avec 15…Fc6, oubliant 16.Ce4!. J’aurais dû jouer 15…Cc6. Je sais que Magnus, qui commentait en direct, a plutôt critiqué le coup suivant 16…Fxe4, mais devant l’échiquier j’ai eu le sentiment que j’avais déjà gâché. Donc, Magnus et moi arrivons à la même conclusion mais avec un coup de décalage !

Après, dans mon esprit, je continuais quand même à jouer pour l’initiative. D’ailleurs, je suis étonné que ce soit limite moins bien pour les Noirs, car ça n’a quand même pas une tête à être défavorable ! Du coup, j’ai été un peu surpris qu’il me propose nulle, car je voyais arriver une finale complexe où tout le monde allait avoir sa chance (nulle, 31 coups).

La salle de jeu s’éclaircit ! (Photo : Fide).
La salle de jeu s’éclaircit ! (Photo : Fide).

Dans la deuxième, j’ai obtenu une bonne position mais je me suis vraiment emmêlé les pinceaux.

Mvl-Aronian, ¼ finale tie-break (2).
Mvl-Aronian, ¼ finale tie-break (2).

Dans cette position, je me suis rendu compte que le Cavalier noir allait arriver en c5 et que je n’aurais plus rien. J’ai donc pris la décision de jouer 22.Dc1 Cd7 23.Da3 Cc5 24.f4. Evidemment, c’est faux à cause de 24…exf4 25.Cf5 Df8 26.gxf4 Tf6 suivi du sacrifice de qualité 27…Txf5! qui profite de l’éloignement de la Dame blanche. Mais il fallait le voir dès le début de la variante, et j’ai raté ce coup. Sans ce sacrifice de qualité, ce que j’ai fait n’aurait pas été aussi critiqué ! Du coup, ça a été la douche froide pour moi, parce qu’à aucun moment de la variante je n’ai réalisé qu’il y avait ce 27…Txf5!. Quelques coups plus tard, Levon a raté un gain direct, que je n’avais pas vu non plus d’ailleurs 🙂 ; mais en rapide, dans des positions très riches tactiquement, vraiment ce sont des choses inévitables, on ne peut pas tout voir comme la machine.

Après, je sentais qu’il n’avait plus trop d’avantage ; et au lieu de prendre la nulle par perpétuel, il a gaffé horriblement en donnant une pièce. Evidemment, il a compris tout de suite et il s’est un peu décomposé (1-0, 53 coups).

Il faut dire que le format est très violent ; on a eu le même jour l’Armaggedon dramatique entre Yu Yangyi et Vitiugov, un summum dans le genre…

En interview avec l’ami arménien (Photo : Fide).
En interview avec l’ami arménien (Photo : Fide).

½ Finale :

MVL – RADJABOV (2758) 0.5-1.5

Dans le match aller, j’ai joué le premier coup du tournoi dont j’étais fier, c’est 11.Te1.

Mvl-Radjabov, 1/2 finale aller.
Mvl-Radjabov, 1/2 finale aller.

D’ailleurs, ce n’est pas le coup que j’avais dans mon fichier 🙂 mais sur l’échiquier, 11.Te1, avec l’idée de pouvoir jouer Fe3, m’a beaucoup plu. Je me disais que c’était un peu un coup à la Grischuk ! Tu réfléchis 15 minutes sur cette position, on se demande bien pourquoi et ça a l’air d’être n’importe quoi, puis tu lâches un petit coup qui a l’air anodin. Heureusement pour lui, après 11..Cf7 12.Fe3, il a 12…Db7, seul coup. Si 12…Dxb2? 13.Tab1! Dxc3 14.Fd4 Dd3 15.Tbd1 et la Tour protège e4 ! Et si 12…Da6 13.Dxa6 Fxa6 14.Tad1 suivi de 15.c5 est désagréable pour les noirs. Après 12…Db7, le problème pour moi, c’est que je ne peux plus jouer 13.c5 car b2 devient prenable, la Dame noire ressortant maintenant du piège via d3 et a6.

Du coup j’ai joué 13.Db3, et j’étais plutôt content de moi sur le coup ! Je pensais être un peu mieux, ce qui a effectivement été le cas dans la partie, mais parce qu’il a raté 13…Tb8! 14.Dxb7 Txb7 15.b3 f5 16.Fd4 e5!, et son contre-jeu dynamique compense ce qui me semblait être un avantage blanc statique. En revanche, après 13…Dxb3?! 14.axb3 Tb8 15.Txa7 Txb3 16.Ca4 Tb7 17.Txb7 Fxb7 18.Cb6!, j’ai pris l’avantage.

Malheureusement, il y a eu un moment où je n’ai pas bien cerné la position. Après 18…d6 19.c5 e5, j’aurais dû jouer 20.Ta1! au lieu de 20.b4?!.

En fait, j’y ai renoncé car sur l’échiquier, je n’aimais pas la position après 20…d5 21.Ta7 Tb8, et 21.exd5 cxd5 22.b4 d4 me semblait également très incertain ; je pensais que ça pouvait mal tourner… Mais c’est juste un net avantage pour moi, même si ça devient beaucoup plus tendu, et sans garantie ! Tel que j’ai joué, j’ai juste abandonné l’avantage (nulle, 31 coups).

Dans le match retour, comme d’habitude, je me suis planté dans l’ouverture. Je sais que je n’aurais pas dû jouer si vite…

Radjabov-Mvl, 1/2 finale retour.
Radjabov-Mvl, 1/2 finale retour.

… Ce qui s’est passé dans ma tête c’est qu’au lieu de 10…0-0, je pensais jouer 10…Fc6, mais j’ai vu le très désagréable 11.b4! ; si 11…cxb4 12.cxb4 Fxb4 13.Db2!, et si 11…b6 12.b5 Fb7, les blancs vont manoeuvrer le Cavalier vers c4. Du coup, je suis revenu vers 10…0-0, et je me suis dit que sur 11.e5 j’avais 11…Fc6 ; j’empêche 12.De4 ; j’empêche aussi 12.Fg5. Et c’est quand j’ai posé le Roi en g8 que j’ai vu 11.e5 Fc6 12.Cg5! et constaté l’horreur de ma position !

Et ensuite y’a pas grand-chose à faire, l’attaque blanche est terrible. Ce que j’aurais dû jouer en pratique, mais je n’ai pas trouvé l’idée, c’est 12…g6 au lieu de 12…h6. Après 13.Cxh7, certes 13…Rxh7? perd en ligne sur 14.Dh5+ suivi de 15.Fxg6, mais j’avais 13…c4!? qui lui compliquait la vie et qui était beaucoup moins facile pour lui que dans la partie.

Plus tard, les commentateurs ont estimé que j’aurais eu de petites chances en échangeant les Dames, ce que j’aurais pu effectivement faire par deux fois. Mais pour moi, les finales étaient techniquement perdues, donc ce n’était pas vraiment une option non plus (1-0, 45 coups).

Si près, si loin… (Photo : Fide).
Si près, si loin… (Photo : Fide).

Du coup, je suis sorti de la Coupe du Monde par la petite porte, en ratant une nouvelle fois ma qualification directe pour les Candidats au dernier obstacle. Ce soir-là, j’étais dégouté et je serais bien rentré à Paris tout de suite, mais non, il y avait encore une semaine sur place afin de disputer le match pour la 3e place contre Yu Yangyi !

Match pour la 3e place :

MVL-YU YANGYI (2763) 4-2

Du coup, j’ai essayé de penser à autre chose, j’ai fait un peu tout et n’importe quoi pendant les deux jours off qui précédaient ce dernier match. J’étais déjà en mode économie d’énergie depuis quelques temps, et ça a été encore plus le cas contre Yu. Dans la première partie, il a joué un coup nouveau dans la ligne principale de la Grünfeld avec 5.Db3.

Yu Yangyi-Mvl, Match pour la 3e place (1).
Yu Yangyi-Mvl, Match pour la 3e place (1).

Je l’attendais depuis bien longtemps, ce 15.e5 ! Ca fait en effet 6 ans que je l’ai dans mes fichiers, y compris la position de finale que nous avons obtenue après 15… Cg4 16. e6 fxe6 17. h3 Ce5 18. dxe6 Fxe6 19. Dxd8 Taxd8 20.Fxb5 Fc4 21. Fxe8 Cd3+ 22. Rf1 Fxc3 23. bxc3 Cxc1+ 24. Rg1 Ce2+ 25. Rh2 Txe8 26. The1 ! Je pense que tous les spécialistes de cette ligne connaissaient également ce coup, et savaient qu’il donnait des positions où les noirs doivent faire 2-3 coups précis pour égaliser (nulle, 36 coups).

Dans la deuxième partie, je ne m’attendais pas à ce qu’il rejoue une ligne de la Petroff qu’il avait essayée quelques semaines auparavant contre Wei Yi, mais qui me semblait un peu artificielle. Mais le fait est que je n’ai rien obtenu… (nulle, 30 coups).

Dans la troisième partie, j’ai été en difficulté sur une ligne de jeu très rare de la variante d’Echange de la Grünfeld, avec une poussée 9.d5 précoce.

J’ai pris la décision de réagir de manière très concrète en amplifiant la tension centrale par 12…f5, qui n’était clairement pas nécessaire. Il a répondu de manière très efficace !

Yu Yangyi-Mvl, Match pour la 3e place (3).
Yu Yangyi-Mvl, Match pour la 3e place (3).

… Et c’est après 21.Te2! que j’ai compris que je me retrouvais clairement moins bien. Par chance, après 21…Tfc8 22.Da5 Tc4 23.Cd5 Dd4 24.Te7 Tac8, il n’a pas joué 25.Da3!, qui me laissait dans mon pétrin après 25…Dc5 26.Dxc5 T4xc5 27.g4! et ma position tient sur un fil. Pendant la partie, il était impossible de mesurer précisément ce qui se passait, mais le fait est que je ne me sentais pas spécialement rassuré ; j’imaginais bien qu’il y avait des trucs qui pouvaient mal se passer ! Je pense qu’il a cru prendre un net avantage par 25.Td1 Tc1 26.Tee1, mais qu’il a oublié 26…Cc4 27.Db4 Txd1 28.Txd1 Db2 29.De7 Dg7! et le pire est derrière moi (nulle, 32 coups).

La fin d’un très long tournoi… (Photo : Fide).
La fin d’un très long tournoi… (Photo : Fide).

Dans la dernière partie classique, Yu a fait un nouveau choix surprenant dans la Petroff. Je pensais être un peu mieux dans une position qui me rappelait la partie Topalov-Giri, Wijk aan zee 2012, remportée par les blancs.

Topalov-Giri, Wijk aan zee 2012.
Topalov-Giri, Wijk aan zee 2012.

Il me semblait qu’à long terme, comme dans la partie de Topalov, le Roi blanc était plus en sécurité que son homologue. Bon, sur l’échiquier, j’avais oublié les pions c doublés de Giri, qui constituaient un facteur aggravant pour les noirs.

Mvl-Yu Yangyi, Match pour la 3e place (4).
Mvl-Yu Yangyi, Match pour la 3e place (4).

Du coup, dans la partie, j’ai peut-être surestimé ma position parce qu’en fait, je n’arrive pas à jouer g3 et f4 pour fixer la structure, auquel cas j’aurais pu pilonner le pion e6 et prétendre à l’avantage. Malheureusement, si à la place de 19.Td2 dans la position du diagramme, j’avais joué 19.f4, qui était d’ailleurs ma première idée, les noirs égalisaient complètement par 19…Df7! 20.g3 e5 avec une finale de Tours nulle à venir. Du coup, je n’ai trouvé aucun moyen réaliste de jouer pour le gain (nulle, 30 coups).

Dans le premier départage, Yu a renoncé à défendre une troisième Petroff ! Dans l’ensemble, j’ai bien maîtrisé cette partie, même si j’ai raté un mat rapide qui aurait abrégé ses souffrances !

Mvl-Yu Yangyi, Match pour la 3e place (tie-break 1).
Mvl-Yu Yangyi, Match pour la 3e place (tie-break 1).

Ici, j’ai opté pour la finale de pièces lourdes gagnante par 42.Txa6 Df5 43.Rg2 Dxh5 44.Txe6, mais évidemment, 42.Tc8! Txc8 43.Dxf7+ Rh8 44.Fg6 était plus efficace ! (1-0, 66 coups).

Dans le deuxième départage, il devait impérativement gagner mais il s’est complètement planté dans l’ouverture et je me suis imposé facilement.

Yu Yangyi-Mvl, Match pour la 3e place (tie-break 2).
Yu Yangyi-Mvl, Match pour la 3e place (tie-break 2).

23…Fb5+ 24.Re1 Fc3+ 0-1 illustre la puissance de la paire de Fous !

De l'autre côté de la barrière
De l’autre côté de la barrière (Photo : Fide).

Même si une médaille de bronze en Coupe du Monde reste un excellent résultat, je garde un sentiment mitigé de ce mois de septembre passé en Russie 🙂 . Cela dit, avant la Coupe du Monde, je misais déjà plutôt sur les Grand Prix FIDE. La Coupe du monde, c’était une ” tentative bonus ” de me qualifier pour les Candidats ; je considérais que j’avais 15-20% de chances.

Evidemment, c’est rageant de perdre en demi-finale et d’être une fois de plus le premier non-qualifié, mais d’un autre côté, il y a eu beaucoup de moments très chauds, et j’aurais vraiment pu sortir du tournoi plus tôt ! Dans l’ensemble, j’ai beaucoup moins bien joué sur cette Coupe du Monde qu’en 2017 où je crois que je le méritais vraiment plus.

Un mois de travail, une médaille de bronze (Photo : Fide).
Un mois de travail, une médaille de bronze (Photo : Fide).

Maintenant, il me reste les deux derniers Grand-Prix FIDE à Hambourg et Tel-Aviv ; j’estime que j’ai de bonnes chances de me qualifier, au-delà des 50%. Quant aux spéculations sur la wild-card que donneront les organisateurs russes, je préfère les laisser aux commentateurs. Ce n’est pas mon sujet pour l’instant… Le mien, c’est d’être au top le 5 novembre à Hambourg !

L’équipe de France dispute actuellement le Championnat d’Europe des Nations à Batumi (Georgie). Comme il a eu l’occasion de s’en expliquer plusieurs fois, Maxime avait décidé dès le début de l’année 2019 que le calendrier international de cette année ne lui permettrait pas d’y participer. Il est clair que ce problème de déséquilibre flagrant entre les deux semestres de l’année, l’un très aéré, et l’autre très embouteillé, devra être résolu en priorité pour la saison 2020.
Profitons de ce Championnat d’Europe en cours pour visualiser une sympathique animation vidéo qui retrace de nombreuses données chiffrées sur l’élite française depuis le début du siècle… (merci à Natacha pour la réalisation 🙂 ). L’occasion d’apprendre que Maxime vient de fêter un autre anniversaire que celui de ses 29 printemps, puisque avec 106 mois passés à la première place française, il bat le vieux record détenu jusqu’alors par Joël Lautier (105 mois entre 1990 et 2004) !

Maxime’s games:

Ma Coupe du Monde (1re partie)

La Coupe du Monde, c’est un format que j’aime bien… Je les ai toutes disputées depuis 2009, avec deux demi-finales et un quart-de-finale à mon actif. D’abord, c’est une compétition qui change un peu de notre ordinaire, il y a plus de spectacle et d’enjeu, c’est sympa également pour les spectateurs. Mais c’est aussi un tournoi très difficile évidemment, et très long ; sauf si tu es éliminé au premier tour ! Quand tu vas jusqu’au bout, c’est un mois entier au même endroit (en l’occurrence en Sibérie 🙂 ), avec la pression à chacune des parties, car toutes sont décisives. Ca influe énormément sur la résistance physique des joueurs ; pour ma part, je pense qu’à Khanty-Mansiysk, j’ai plutôt été bien physiquement jusqu’à mon quart de finale, mais après ça s’est dégradé très vite. Je sentais que je ne pouvais plus rien faire le soir, j’étais juste en mode pilote automatique pour essayer de me reposer un max.

Mais commençons par le commencement !

1er tour :

MVL – ANWULI (2284) 2-0

Un premier tour contre un adversaire beaucoup moins bien classé, c’est toujours une entrée en matière où il faut faire preuve d’un minimum d’application. Je l’ai fait et malgré tout, je me suis causé quelques petits problèmes. Je pense à la première partie, où la finale de Tours était peut-être objectivement nulle.

Mvl-Anwuli, Round 1, first game.
Mvl-Anwuli, Round 1, first game.

J’ai l’impression qu’après 38.g4! (au lieu de 38.Rg4? qu’il a choisi), le mieux pour moi aurait été d’obtenir la fameuse finale avec h et f, qui reste néanmoins une nulle théorique très difficile à aller chercher.

Il y a aussi eu des petits ratés à partir d’une position très prometteuse dans la deuxième partie. Je dois dire que le MI Nigérian a plutôt bien défendu ses chances dans l’ensemble. Mais c’est dur quand tu n’as pas de vrai répertoire d’ouvertures, ce qui est son cas :).

Fier d’avoir perdu sans démériter, le Nigérian Anwuli pose avec son vainqueur.
Fier d’avoir perdu sans démériter, le Nigérian Anwuli pose avec son vainqueur.

2e tour :

MVL – KOVALENKO (2674) 2-0

J’ai été surpris par son choix dans l’ouverture de la première partie (Sicilienne avec …e6), et il s’est retrouvé en très grosse difficulté. En plus, ce n’est pas du tout son style de défendre des positions de ce genre.

Mvl-Kovalenko, 2e tour aller.
Mvl-Kovalenko, 2e tour aller.

Malgré tout, il y a eu la bourde juste avant le 40ème, où j’ai oublié …Tc8 dans une variante critique… Le pire, c’est que j’avais réfléchi longtemps avant de jouer 40.b5? dans la position du diagramme. Mais il s’avère que la rupture est trop précipitée ! Elle devait être mieux préparée, car après 40…axb5 41.Fxb5 Tc8!, j’ai dû me rendre à l’évidence que mon avantage s’était évaporé ; 42.Tb1 Tc2+ 43.Rg1 Cc8 44.Td7+ Txd7 45.Fxd7 et heureusement ici, il a joué 45…Cd6? au lieu de prendre en b6, malgré une longue réflexion ! Après 45…Cxb6!, je pouvais encore essayer 46.Fb5!? – avec l’idée Fd3-e4 – qui pose encore des problèmes, même si c’est sûrement nul objectivement. Hormis cette percée en b5 mal maîtrisée, c’était quand même une bonne partie, notamment dans la phase de milieu de jeu pour obtenir l’avantage (24.Ta3!).

Dans la deuxième partie, une nulle suffisait évidemment, ce qui est plutôt agréable comme situation. Sur son ouverture un peu baroque, 1.e4 c5 2.Cc3 d6 3.Cge2 Cf6 4.f3!?, j’aurais sans doute dû jouer 4…e5, mais sur l’échiquier, 4…d5 ne me semblait pas si mal. Mais en fait, la position obtenue n’était pas si triviale…

Kovalenko-Mvl, 2e tour retour.
Kovalenko-Mvl, 2e tour retour.

… et même désagréable après que j’ai joué 13…Re7?! un peu trop vite. Sur 14.Fb5 Td8 (à l’origine, j’avais prévu 14…Fd7 15.The1 Thd8 16.Cf5 Rf8 17.Cd6 Tab8, mais j’avais oublié 18.Cxb7! Txb7 19.Fxc6) 15.Fxc6 bxc6 16.Txd8 Txd8 17.f4, les blancs ont obtenu une finale plus agréable. Dans la position du diagramme, j’avais également rejeté 13…Fd7 à cause de 14.Cc4 Re7 15.Cd6, mais c’était la suite égalisatrice car j’ai ici le joli retour 15…Fc8!, justifié par la variante 16.Fb5 Td8 17.Fxc6 Txd6 =. Après, je pense qu’il avait les moyens de presser un peu mieux que ce qu’il a fait. Il a amené son Roi en c3 un peu vite et en fait, ça ne sert à rien ! D’ailleurs, il est revenu en c1 rapidement ! Ensuite, il a tout tenté pour compliquer mais ce faisant, il a juste fait passer sa position de « égale » à « nettement moins bien ». Je lui ai longtemps laissé la chance de faire nulle, mais il a vraiment poussé le bouchon assez loin pour la perdre !

En interview après la qualification contre Kovalenko (Photo : Fide).
En interview après la qualification contre Kovalenko (Photo : Fide).

1/16e de finale :

MVL – JAKOVENKO (2681) 3.5-2.5

Un match compliqué, contre un adversaire lui aussi compliqué pour moi ! Il faut savoir que Jakovenko a un excellent score contre moi et qu’il a donc la confiance… Et ça se voyait ! Il était vraiment là pour jouer sa chance à fond. Par rapport, par exemple à Svidler au tour suivant, tu sens clairement la différence d’état d’esprit. Et c’était pas de bol pour Peter puisque apparemment, lui a un score monstre contre Jakovenko !

Bref, la première partie ne s’est pas trop bien passée, malgré la nulle… C’était d’ailleurs le premier d’une longue série d’oublis de ma part dans l’ouverture ! Heureusement, il a soulagé ma position en prenant deux décisions bizarres d’échanges centraux.

La Berlinoise au match retour, c’était ma première partie maîtrisée, même si pas jusqu’au bout. J’ai pris l’avantage, mais à partir de là, il a vraiment super bien défendu. J’ai peut-être loupé des occases.

Mvl-Jakovenko, 1/16e retour.
Mvl-Jakovenko, 1/16e retour.

Je soupçonne qu’à ce moment après 27…Fe6, c’est objectivement gagnant, mais je n’ai pas trouvé comment. Et puis, je pensais que ce que je faisais était correct, mais bizarrement après le 40e, j’ai juste pas trouvé de gain, et en fait, il n’y en a certainement déjà plus…

Du coup, premier tie-break !

Dans la première partie rapide, mes ennuis ont commencé dès que j’ai joué 11…b6. En fait ça, c’est une constante chez moi dans la Grünfeld, j’oublie la possibilité que d5 puisse être fort pour les blancs ! J’avais fait exactement la même erreur contre Aronian à Londres l’année dernière. Et d’ailleurs, la partie était vraiment très similaire : même rapport matériel, mêmes difficultés, et même tentative de contre-jeu. Sauf que Levon s’était planté à un moment, et pas Jakovenko !

Donc, après 11…b6 12.d5, j’ai réalisé que sur 12…Ce5 13.Cxe5 Fxe5, j’allais me prendre f4-e4-e5, comme contre Levon ! C’est assez évident bien sûr, mais c’est comme un bug que j’ai sur ce thème…

Après, j’ai eu une hésitation au 19e coup, qui m’a été fatale.

Jakovenko-Mvl, 1/16e tie-break (1).
Jakovenko-Mvl, 1/16e tie-break (1).

Au début, je voulais jouer 19…Da3 sans réfléchir. Et puis je me suis dit : « 19…Dh5 idée 20…Fg4, j’ai du jeu à l’aile-Roi », et ça m’a attiré.

En fait évidemment, 19…Da3! était le bon coup, pour garder un oeil sur d6 et avoir du contre-jeu à l’aile-Dame. Mais en fait, ma faute de jugement, c’est que je pensais que la Dame en h5 allait être plus proche pour la défense du Roi ; alors que c’est l’inverse, et elle est également trop exposée !

Ensuite, il a raté un gain forcé avec 25.Tb5!, mais c’est un coup de machine, pas naturel, et qui nous a échappé à tous les deux… Après, je n’ai pas grand-chose à me reprocher, j’ai trouvé toutes les défenses, mais il a juste joué la partie parfaite, y compris dans les grosse complications tactiques avec les pièces lourdes.

Jakovenko-Mvl, 1/16e tie-break (1).
Jakovenko-Mvl, 1/16e tie-break (1).

Ici, au lieu de 35…De6, je pouvais jouer la défense passive avec 35…Rg7 évidemment. Je le laisse faire 36.De7, et je balance mes pions de l’aile-Dame… Mais j’étais quasiment certain qu’à un moment il allait jouer h3 pour parer les mats du couloir ; ensuite, Dh4 ou Dd8 menaçant Te7, et je ne voyais pas dans quel monde ça pouvait tenir. Du coup, il a brillamment conclu par 36.Dd8+ Rf7 37.Tf1+ Tf5 38.Dc7+ Rg8 39.Td1 De2 40.Dc1! Tg5 (40…Tf8 41.d7 Td8 offre zéro chance de survie) 41.Dc8+! Rg7 42.Db7+ Rf8 43.Tg1! et le pion d décide.

L’ouverture du 2e tie-break, où Maxime doit impérativement l’emporter (Photo : Fide).
L’ouverture du 2e tie-break, où Maxime doit impérativement l’emporter (Photo : Fide).

Etant au pied du mur et au vu de l’ouverture, c’est vrai que l’égalisation dans la deuxième partie constitue un petit miracle ! Déjà, parce que je joue 15.De4 au lieu de 15.Ce4 comme j’avais prévu 🙂 ; j’aurai d’ailleurs l’occasion de jouer ce 15.Ce4 quelques jours plus tard contre Aronian. Mais après, du point de vue de Jakovenko, c’est toujours la même chose ; tu joues pour faire nulle, tu égalises dans l’ouverture et puis à un moment, tu veux aller au plus simple. Par exemple, quand il provoque la finale T+F de couleurs opposées.

Mvl-Jakovenko, 1/16e tie-break (2).
Mvl-Jakovenko, 1/16e tie-break (2).

Ici, 27…Fxe4 28.Fxe4 c6 n’avait rien d’obligatoire. Ce n’était pas nécessaire, mais d’un autre côté ça simplifie et tu te dis que tu ne vas jamais perdre ça ; en gros, il était « le cul entre deux chaises » et c’est jamais bon d’être le cul entre deux chaises ! Bien sûr, normalement c’est rien comme finale pour les blancs objectivement, mais ça peut aussi mal tourner. Et quand j’ai obtenu la position après 29.g3 g6 30.b4 Rf7 31.a4 a6 32.Rg2 Td7 33.Tb2! avec l’idée de percer en b5, je savais que j’avais désormais au moins 40% de chances de gain. Et j’ai effectivement fini par l’emporter et rester en vie dans le tournoi !

La deuxième série de rapides en 10′ a été tendue elle aussi (deux nulles), et puis finalement, j’ai gagné une belle partie avec les blancs en blitz.

Et dans le dernier blitz, j’ai fait l’inverse de ce qu’il a fait quand une nulle lui suffisait ! J’ai joué mon jeu normal, dynamique, et en fait, ces positions avec des structures de pions asymétriques, tu as l’impression que c’est moins annulant mais pour moi, c’est tellement plus simple à jouer !

Pendant la journée de repos, Mvl spectateur d’un match de hockey professionnel avec son adversaire malheureux de la veille, Dmitry Jakovenko (à gauche), qui vient d’ailleurs de donner le coup d’envoi sur la patinoire ! (Photo : FIDE).
Pendant la journée de repos, Mvl spectateur d’un match de hockey professionnel avec son adversaire malheureux de la veille, Dmitry Jakovenko (à gauche), qui vient d’ailleurs de donner le coup d’envoi sur la patinoire ! (Photo : FIDE).

1/8e de finale :

MVL – SVIDLER (2729) 1.5-0.5

Peter ne joue pas l’Espagnole Tchigorine d’habitude. Ma théorie, c’est qu’il ne s’attendait pas du tout à ce que j’accepte le Gambit Marshall, désormais réputé pour être archi-analysé et annulant dans la plupart des lignes. Du coup, je crois que ça l’a perturbé.

J’ai donc pris l’avantage de manière assez convaincante, avec ce qui me semblait être un bon pion de plus.

Mvl-Svidler, 1/8e aller.
Mvl-Svidler, 1/8e aller.

Pendant la partie, je n’imaginais pas du tout qu’il puisse complètement égaliser avec 31…Fd6!, comme le montre la machine. Le problème, c’est que dans ce cas, je n’installe pas le Fou en b4 comme dans la partie, puisque 32.Fb4? Dc2! serait désagréable. Du coup, après l’imprécis 31…Tc8? 32.Fb4 Dc1+ 33.Dd1 Dc4, j’ai joué 34.g3 parce que j’ai compris qu’il y avait vraiment de bonnes chances qu’il tombe dans le piège 34…Dxe4? 35.gxf4 Tc6, en oubliant la ressource 36.f5! Dxf5 37.Fd6!. D’ailleurs, j’avais aussi vu que 36.f3 devait gagner également. Mais bref, le connaissant, je sentais qu’il allait prendre en e4 !

Après, j’ai été surpris qu’il abandonne aussi vite, même s’il est connu pour ça. Parce que tu peux encore jouer un peu cette position finale :

Mvl-Svidler, 1/8e aller.
Mvl-Svidler, 1/8e aller.

Mon pion n’est qu’en a3, mon Roi n’est pas encore complètement en sécurité, ça pouvait mériter quelques coups en plus…

Dans l’ensemble, je considère que c’est une bonne partie de ma part.

En pleine discussion avec Svidler, juste après leur première partie (photo : Fide).
En pleine discussion avec Svidler, juste après leur première partie (photo : Fide).

Lors du match retour, il a plutôt réussi son choix d’ouverture, dans la sous-variante de la Najdorf 6.Cb3. Je me suis un petit peu enflammé avec 7…h5, mais je voulais éviter sa prépa.

Je me doutais que c’était 7…b5 8.a4 b4 9.Cd5 e6 la ligne critique. Et c’est ce qui était dans mes notes évidemment ! Mais je me suis dit : ” Je ne me rappelle de rien de plus ; c’est forcément ce qu’il a regardé en priorité. Donc, on va le sortir de sa prépa tout en jouant un coup qui a un petit peu de sens “. 7…g6 8.g4 pouvait vite devenir désagréable, donc je me suis décidé pour l’impro complète avec 7…h5.

 C’est pas facile, mais je vais quand même le jouer, ce 7…h5 ! (photo : Fide).
C’est pas facile, mais je vais quand même le jouer, ce 7…h5 ! (photo : Fide).

Après, je pense quand même que les blancs sont un peu mieux, et j’ai été très surpris de son choix 13.Dd4?!. Je comprends aussi que dans sa situation, conserver un petit plus par 13.Ca5 lui ait semblé moins prometteur qu’une variante qui mène au gain du pion a6. Pourtant, après 13.Ca5 avec f4-f5 à venir, ça pouvait vite devenir compliqué pour moi – il faut bien qu’il y ait des petits inconvénients à mettre le pion en h5 !

Svidler-Mvl, 1/8e retour.
Svidler-Mvl, 1/8e retour.

Je pense aussi qu’il a opté pour 13.Dd4?! parce qu’après 13…Tb8 14.Fxa6 0-0 15.Dd3 Fxa6 16.Txa6 Cc4, il avait oublié qu’il ne pouvait pas jouer 17.Ta7? à cause de 17…Cxb2!.

Du coup, il a dû se replier sur 17.Fc1, et après 17…e6 18.0-0 Cd7, j’ai obtenu la position de rêve. Ses pièces ne sont pas coordonnées, et il ne peut pas se redéployer sans perdre ses pions de l’Aile-Dame. D’ailleurs il a même poussé le bouchon trop loin et s’est retrouvé nettement moins bien. Mais j’ai préféré éviter les variantes complexes, même favorables, et forcer la nulle qui me qualifiait pour les 1/4 de finales.

(à suivre)

Le lendemain de son retour de Coupe du Monde, Maxime s’est rendu en Mairie d’Asnières, où son club organisait le « Trophée des Petits As », compétition sur invitation réunissant huit espoirs français de moins de 8 ans. L’idée était d’offrir à ces jeunes joueurs un contexte digne du haut niveau, avec des parties disputées dans d’excellentes conditions de jeu, et retransmises en direct sur Internet. Maxime est venu lancer les dernières rondes du dimanche, puis a prodigué un certain nombre de conseils aux joueurs, parmi lesquels certains de ses petits camarades de club 🙂 .

Les parties de Maxime :