Retour aux affaires

Retour aux affaires

BUCAREST

C’était pour moi le retour aux tournois en cadence classique avec le début du Grand Chess Tour 2023 à Bucarest, après une longue interruption, depuis la Sinquefield Cup de septembre 2022 et la mise en place de mon nouvel encadrement juste après.

Le tirage au sort m’a désigné pour être le premier adversaire du nouveau champion du monde, Ding Liren ! Fatigué par son match, le Chinois n’a pas tenté grand-chose avec les blancs et j’ai facilement annulé.

Dans mes quatre parties blanches, j’ai eu quelques bonnes idées, notamment dans l’Ecossaise contre Giri et contre la Winawer de Rapport, même si au final ça n’a rien donné. En revanche j’ai effectivement été neutralisé par So et Deac dans le Début de Londres et l’Italienne. Le bilan avec les blancs est donc relativement mitigé, avec quand même quelques petites armes nouvelles testées.

Avec les Noirs, j’ai également fait 50% (+1, -1, =3) ce qui est plutôt satisfaisant, même si j’ai été clairement dominé dans l’ouverture des deux parties décisives, contre Caruana et Nepo, sur lesquelles je vais revenir ici :

Vue de la scène à Bucarest (Photo GCT).
Vue de la scène à Bucarest (Photo GCT).

RONDE 3 : CARUANA – MVL 1-0

Caruana-MVL
Caruana-MVL

J’ai joué 15…Ch5?, pas parce que j’avais oublié que le pion e7 était en prise, comme certains l’ont écrit, mais parce qu’après 16.Fxe7 Cf4 17.g3 Cbd3, les blancs avaient le terrible 18.Cg5! Dxd1 19.Taxd1 qui m’avait échappé, après quoi aucune suite tactique ne fonctionne vraiment pour les noirs. Du coup, je me suis replié sur 17…Tfe8 18.Fxd6 Cfd3 mais après 19.Te3 Cxb2 20.Db3! C2d3 21.e5!, je n’ai jamais pu justifier le déficit matériel.

RONDE 5 : NEPO – MVL 0-1

Une partie qui s’est bien mal engagée puisque Ian a utilisé l’Alapine pour obtenir un milieu de jeu sans les Dames qui a l’air inoffensif, mais qui ne l’est pas : sûrement le produit d’une très bonne préparation pour son match de championnat du monde. Sans doute perturbé par sa défaite de la veille contre Caruana, Ian a continué dans son style, à jouer très vite des coups intuitifs et il a effectivement réussi à me poser de sérieux problèmes. Mais c’est une fois qu’il m’a eu presque dans les cordes qu’il a commencé à déjouer…

Les blancs sont en contrôle total, mais il faut encore trouver le moyen de progresser. Je pense que 32.Td4! était le plus naturel, empêchant tout contre-jeu et laissant le passage vers b3 au Roi blanc, ce qui apportera de nouvelles possibilités. Mais en continuant à jouer vite pour mettre la pression à la pendule, Ian a joué l’imprécis 32.g4? Th8 33.Rg3 Tcc8! et m’a laissé revenir. Il a continué dans cette voie et oublié des détails importants, et particulièrement 34.c4 Th7 35.Fd6 Cd7!. A ce moment-là, je me suis aperçu que ça pouvait commencer à être très chaud pour lui si je doublais sur la colonne h et que je jouais …f6 puis …Ce5, forçant Fxe5 fxe5, après quoi mon autre Cavalier revivrait en c5. Et c’est ce qui s’est produit dans la partie ! Même si je n’étais pas complètement sûr d’être gagnant après le 40e coup, je savais que ma position était devenue assez facile à jouer, et vraiment très dure à défendre pour lui !

La combinaison finale : 48…Txf1+! (il fallait calculer correctement cette ligne parce que c’est le seul coup qui gagne) 49.Rxf1 Th1+ 50.Rf2 Ce4+ 51.Rxf3 Cxd2+ 52.Re3 Cxb3 53.b6 Th3+! 54.Rf2 (54.Re4 Rf6! 55.b7 Cd2+ 56.Rd4 Tb3 -+) 54…Th8 avec un gain trivial.

Une victoire un peu inespérée, mais qui a fait du bien au moral avant la journée de repos.

Duel franco-français lors de la dernière ronde (Photo GCT).
Duel franco-français lors de la dernière ronde (Photo GCT).

Je ne peux pas ignorer ma partie contre Rapport qui a suivi la journée de repos, car elle a été vraiment très spectaculaire !

RONDE 6 : MVL – RAPPORT ½

Une ouverture typique de la Française Winawer où les noirs ont fermé le centre par …c4. Je pensais être en contrôle et avoir pas mal de possibilités à l’aile-Roi mais ce n’était pas du tout aussi clair que ça. Je dois avouer que Richard est un expert de ce type de structure dans la Française, et qu’il a su trouver les bons arrangements de pièces.

Mon plan de base consistait à ramener mon Cavalier sur la case idéale e3, avant d’envahir l’aile-Roi par Dg1-g7 ; c’est la raison pour laquelle j’ai repris du Cavalier en g1.

En fait, le plus naturel 33.Dxg1 menait à des complications dingues, mais ne changeait pas le verdict d’égalité : 33…Cxa3 34.Fxa3 Dxa3 35.Dg7 b5 ; ici, l’immédiat et naturel 36.Dxh6 avait l’avantage de forcer les noirs à trouver un « seul coup » difficile après 36…b4 37.Dg7 [37.Df8 donnait l’occasion aux blancs de perdre après l’amusant 37…b3 38.h6?? b2 39.h7 Cg6!! 40.Dxa3 b1=C+] 37…b3 38.h6 b2 39.h7 b1=D 40.h8=D

40…Daa1! ; la machine est formelle, tout autre coup perd, par exemple 40…Dab2? 41.Dxe7 et malgré la prise de c2 sur échec, les deux Dames noires ne peuvent même pas donner perpétuel, ou 40…Db8? 41.Dxb8+ Rxb8 42.Df8+ et les noirs ne pourront plus jamais bouger ni le Cavalier, ni la Dame ! A la place de 36.Dxh6, les blancs avaient aussi la possibilité de 36.Re3!! un coup assez incroyable, la perte d’un tempo visant à empêcher la poussée du plus rapide pion b ; après 36…Cc6 37.Dxh6 a4 (mais pas 37…b4? 38.Df8! gagnant un tempo crucial) 38.Dg7 De7 et les noirs semblent tenir.

Mais après 33.Cxg1 Fe8 34.Ch3 Rd7 35.Cf2 Ff7, je me suis rendu compte que sur 36.Cd1, les noirs auraient couvert g7 par 36…Re8 37.Ce3 Rf8, et si besoin couvert f6 en cas de 38.De1 Cc7! 39.Dh4 Ce8. Je suis donc revenu tout de suite au plan 36.Dg1, donnant a3 contre g7, et nous sommes parvenus à cette position un peu folle, quoique assez typique des courses de pions passés avec pièces lourdes :

42.cxb3 (42.h6 ne suffisait pas non plus : 42…bxc2 43.Rxc2 Da2+ 44.Cb2 a4 45.Rc1!? Da1+ [45…a3? 46.Ca4] 46.Rc2 =) 42…Da2+ (42…cxb3 allait aussi : 43.Fe2 b2 44.Fd3 [surtout pas 44.Rc2?? Db3+! 45.Rxb3 b1=D+ 46.Ra3 a4! -+] 44…Db3 45.h6 b1=D 46.Fxb1 Dxb1 47.h7 Fh5 48.Ce3! =) 42…Da2+ 43.Re1 Dh2 44.bxc4 Dxf4 45.Fe2 Dg3+ 46.Rd2 Dg5+ 47.Re1 Dg3+ et nulle.

Au final, je crois que l’on a produit une très bonne partie, qui a été extrêmement tendue de bout en bout.

Le bilan de Bucarest est mitigé, avec un résultat à 50% et beaucoup de nulles, mais c’est bien au-dessus de ce que j’ai produit en 2022, même si ça reste évidemment en-deçà de certains standards que j’avais pu avoir quelques années auparavant.

En tout cas, c’était pour moi une sorte de « retour aux affaires », plutôt satisfaisant si on le prend comme un tournoi d’Elite en préparation de l’échéance majeure de la saison, qui reste la Coupe du Monde au mois d’août à Bakou.

VARSOVIE

A peine 3 jours après mon retour de Bucarest, j’étais de nouveau sur la route pour le tournoi suivant du Grand Chess Tour à Varsovie.

RONDE 1 : MVL – ARONIAN ½

D’entrée de jeu, une discussion théorique sur l’une des lignes les plus complexes du Début de Londres !

Ici j’ai longuement hésité entre 13.Cxa8 et 13.Cxe5. 13.Cxa8 exf4 14.Cg5 me paraissait être un bazar tactique complet, et j’ai penché pour 13.Cxe5 que je croyais supérieur. Le problème, c’est que j’ai totalement raté le passage du Roi en b6 par 13…Rxc7! 14.Cxf7+ Rb6 15.Cxh8 d5 et avec le Roi en sécurité et les pièces qui sortent, les noirs ont l’avantage. Je pensais qu’il voulait 13…Cxe5? 14.Fxe5 d6 15.Cxa8 dxe5 16.dxe5 qui semblait tourner en ma faveur. Dans la partie, j’ai réussi péniblement à rendre la qualité et stabiliser la position après 16.Fd3 Fe6 17.Fxh7 suivi de 18.Cg6.

Maxime et les deux meilleurs joueurs de l’histoire… (Photo GCT).
Maxime et les deux meilleurs joueurs de l’histoire… (Photo GCT).

RONDE 4 : CARLSEN – MVL ½

Une partie spectaculaire pour sa finale. Avec les noirs, je pense avoir bien maîtrisé la nouvelle ouverture à la mode employée par le n°1 mondial, le Début de Londres. Malgré de longues manœuvres dont il a le secret, Carlsen n’est jamais parvenu à déstabiliser ma position, jusqu’à ce qu’une stupide petite erreur de calcul vienne me mettre en difficulté.

Ici, il suffisait que je continue à attendre par 51…Rd6 avec l’idée de toujours reprendre du pion en b6, et les blancs n’ont aucun moyen d’augmenter la pression. Malheureusement, j’ai cru qu’il ne récupérait pas le pion a5 après 51…bxa5?! 52.Ca6+ Rd6 53.Cc5 Cb6, oubliant complètement la fourchette 54.Cb7+ Rc7 55.Cxa5. Même si ça ne change rien à l’évaluation puisque la position reste toujours égale, les blancs gagnent l’accès à la case c5 et rendent ma défense beaucoup plus difficile.

Quelques coups plus tard, j’ai décidé de forcer les événements par 70…f3!? (la machine indique que 70…Fd7 est également complètement égal, mais c’était impossible à deviner sur l’échiquier) 71.dxe6 fxg2 72.Ce2 Rd8. J’avais anticipé que nous finirions fatalement dans la fameuse finale 2C contre pion, dans une version très probablement gagnante pour les blancs, mais sans doute pas en moins de 50 coups ! De plus, je savais la complexité extrême des manœuvres de Cavalier à connaître dans cette finale, et j’ai estimé que même pour Carlsen, la tâche serait impossible à réaliser en pratique 😊. J’en profite pour faire un clin d’œil au grand spécialiste français des fins de parties le MI Alain Villeneuve, qui a été ma référence théorique pour cette finale, comme pour bien d’autres !

C’est Troitzki qui a défriché toute la théorie de cette finale, et dès 1906, il édictait la règle suivante : toutes les positions avec un pion Tour bloqué sur la 4e rangée par un Cavalier indélogeable sont gagnées, quelle que soit la position du Roi noir. C’est donc bien le cas ici, même si les tablebases indiquent qu’il faut 56 coups sur un jeu parfait pour forcer le pion h à avancer ! 80…Rd6 81.Cf3 Re6 82.Rc5 Rd7 83.Rd5 Rc7 84.Ce5 Rb6?! (84…Rb7! 85.Rc4 Rb8 retardait le zugzwang de la partie) 85.Rc4 Rb7 86.Rb5 Rc7 87.Cc4? (diffère le gain d’une quinzaine de coups en laissant le Roi noir se recentrer ! Il fallait d’abord le confiner sur la 8e rangée en commençant par 87.Rc5! Rb7 88.Cc4 Rc7 89.Cb6 Rb7 90.Cd5 Ra6 91.Rb4 Ra7 92.Ra5 Rb7 93.Rb5 Rc8 [ou 93…Ra7 94.Cb4 Rb7 95.Ca6 Ra7 96.Cc5] 94.Rc6 Rd8 95.Rd6. Après encore plus de 20 coups parsemés de nouvelles manœuvres ésotériques 😊, la position idéale suivante aurait enfin été atteinte.

Il est maintenant temps de mater ! 1.Cg4! Rh8 2.Cf6 h2 3.Cf4 h1=D 4.Cg6 mat.

Dans la partie, après 87.Cc4? Rd7 88.Rb6 Re6 89.Rc6 Rf5 90.Ce3+ Re4 91.Cg2 Re5, tout était à refaire pour les blancs et Magnus n’a pas insisté et a pris le pion h4…

Contre Wesley So, sur fond de décor bleuté (Photo GCT).
Contre Wesley So, sur fond de décor bleuté (Photo GCT).

RONDE 7 : MVL – SO 1-0

Une partie tactique qui s’est décidée sur un moment-clé :

Les noirs ont un choix difficile. Prendre en g5 avec le Fou et permettre Dxf7+, ou sacrifier la qualité en g5. Après deux minutes de réflexion, la pièce est retombée du mauvais côté pour Wesley avec son choix erroné d’écarter 26…Fxg5! 27.Dxf7+ Rh6 (pour l’anecdote sur 27…Rh8, j’avais calculé une variante perdante pour moi ! 28.Cxd6 Ff6 29.Ce8 et j’étais très fier de ce qui me semblait être un mat forcé après 29…Fxe8 30.Dg8+ ou 29…Dxe8 30.Dxf6+ ou encore 29…Txe8 30.Txe8+ suivi de 31.Dg8+ ou 31.Dxf6+. Mais 29…Tg5+! et c’est la douche froide ! 30.Rh2 [30.Rh1 Fc6+ ; 30.Rf1 Fxh3+] 30…Db8+ et ce sont les blancs qui se font mater ! Je pense que je m’en serais rendu compte en cours de route car au lieu du « brillant » 29.Ce8?, le direct 29.Txe5 Fxe5 30.Dd5! Dg5+ [30…Fxd6 31.Dd4+] 31.Rh1 gagne, de même que le subtil 29.h4! contrôlant g5) 28.f4! (28.Cxd6 Ff6 29.Ce4 à l’air quasiment gagnant mais 29…De8! 30.Dxf6 Txe4 avec une nulle imminente) 28…Txe4 29.Txe4 (je crois que de loin, Wesley a raté 29.fxg5+? Dxg5+ sur contre-échec !) 29…Ff6 avec une meilleure version de la position avec pion pour la qualité que dans la partie.

Pour revenir au diagramme, Wesley a donc finalement choisi 26…Txg5+? 27.Cxg5 Fxg5 28.Dxf7+ Rh6 29.Tad1 Fxh3 30.Fe6! Fxe6 31.Txe6 et les pièces lourdes blanches sont trop puissantes.

RONDE 8 : DUDA – MVL 1-0

Un intéressant débat théorique dans une ligne qui devient tendance contre le Gambit-Dame accepté.

Malheureusement, je ne me suis pas souvenu de mon fichier, qui mentionnait ici 19…Ch5! comme étant le seul moyen de conserver une position complexe, l’idée étant qu’après 20.Rf2 (sur l’échiquier, j’ai complètement raté 20.g3? Cxg3!) 20…Cf4, les blancs doivent jouer l’anti-coup de développement 21.Ff1.

A la place, j’ai opté pour l’inférieur 19…Cd7?! 20.Fd4?! (20.0-0 était plus précis, empêchant la suite de la partie ; 20…a5? 21.Ta1!) 20…a5! 21.bxa6 Txa6? (ratant le coche, et pourtant j’avais vu 21…Cc5! 22.Fe2 Cxa6 23.Ta4 Tb8 qui est peu clair) 22.0-0 Ta8 23.Tfb1 et maintenant, le conglomérat de pièces blanches hyper solidaires domine clairement la Dame noire.

Classement final de Varsovie (image chess.com).
Classement final de Varsovie (image chess.com).

J’ai donc réalisé dans les rapides de Varsovie un score un peu supérieur à celui de Bucarest, à savoir +2 au lieu de 50%. Pas de quoi sauter au plafond, mais l’idée est que mon jeu se mette en place progressivement.


Dans la partie Blitz des deux derniers jours à Varsovie, je pense avoir produit un jeu assez inégal, même si je suis assez content de certaines parties ; d’autres ont certes été un peu plus compliquées, notamment en fin de première journée.

+3 au final, ce n’est pas forcément à la hauteur de mes attentes en termes de résultat, mais c’était également ma reprise en blitz, puisque je n’avais pas joué depuis le championnat du monde de décembre. Et une reprise est toujours un peu délicate à gérer, en tout cas à ce niveau de la compétition.

Je prends donc ce 50% à Bucarest et cette 3e place ex-aequo à Varsovie avec philosophie, mais il faudra être plus performant à Saint-Louis au mois de novembre pour avoir des chances de finir une sixième année de suite sur le podium du Grand Chess Tour !

Le classement du Grand Chess Tour 2023 après 2 tournois (Image GCT).
Le classement du Grand Chess Tour 2023 après 2 tournois (Image GCT).

PARTIES MVL

Les parties de Maxime à Bucarest :

Les parties rapides de Maxime à Varsovie :

Les parties blitz de Maxime à Varsovie :

Le boom des échecs est indéniable, même si les proportions de ce phénomène restent variables selon les régions du monde. En France, le célèbre magazine d’investigation et de reportage « Envoyé Spécial », diffusé sur France 2, a décidé de consacrer un long moment à cet essor. A ce titre, il a choisi de suivre spécifiquement Maxime pendant une quinzaine de jours. L’équipe télé l’a donc accompagné au Championnat de France Jeunes d’Agen, où il était invité par la Fédération Française en tant qu’ambassadeur. Puis à filmé une journée parisienne, entre entraînement sportif et visite à son sponsor « Immortal Game ». Enfin, les reporters « d’Envoyé Spécial » se sont également rendus à Bucarest, pour les dernières rondes du tournoi inaugurant le Grand Chess Tour 2023.

Coup double en Bundesliga

Avant les grandes échéances qui débutent en mai, j’ai disputé les dernières rondes des championnats par équipes en Autriche et en Allemagne, et les équipes dans lesquelles je jouais ont toutes les deux conquis le titre national 😊.

Championnat d’Autriche :

En fin d’année dernière, j’avais été contacté pour faire partie de l’équipe de Linz, qui venait de monter en Première Division. Ce qui me plaisait particulièrement, c’est que je connaissais bien tous les joueurs de l’équipe, à commencer par Étienne [Bacrot], Jules [Moussard], Parham [Maghsoodloo], mais également les deux Russes, Andreï [Esipenko] et Kirill [Alekseenko], ainsi que les deux joueurs un peu plus âgés, Arkadij [Naïditsch] et Csaba [Balogh]. Quant aux discussions entre mon manager et le responsable de l’équipe de Linz – qui a été élu Président de la Fédération autrichienne entretemps ! – elles ont été particulièrement fluides et l’affaire a vite été conclue.

Nous étions donc dans les meilleures conditions pour jouer sans prise de tête, et j’ai été présent pour les trois rassemblements de quelques jours de la saison.

Le niveau du championnat autrichien au 1er échiquier est plus élevé que j’aurais cru. Et dans l’ensemble, pas mal de matchs ont été tendus puisque sur 6 échiquiers, ça peut aller assez vite. Même si parfois les adversaires nous rendaient 200 points, il suffit d’une surprise à un endroit, une ou deux nulles, et le match pouvait dégénérer.

C’est ce qui s’est d’ailleurs produit puisque nous avons concédé deux matches nuls. Heureusement, notre rival numéro 1 de la saison, l’équipe de Jenbach, a perdu un match par la suite, nous permettant de conquérir le titre l’année de la montée. Certains émettront peut-être des réserves sur la valeur de ce titre en Autriche, mais moi je prends quand même 😊.

Huschenbeth (2599) – MVL : 1/2-1/2

Huschenbeth-MVL.
Huschenbeth-MVL.

Petite anecdote amusante dans cette partie. Après avoir joué 41…h6, j’ai proposé nulle à mon adversaire, car je voyais qu’il allait rendre le pion et pour moi c’était nulle.

Mon coéquipier assis à côté de moi, Parham Maghsoodloo, m’a demandé par la suite pourquoi j’avais refusé la nulle. En fait, il a confondu le refus de mon adversaire avec une proposition.

La partie s’est poursuivie par 42.Fc3 Txe4 43.Tc8+ Rh7 44.h5. Là j’ai raté une possibilité très simple de faire nulle, et j’ai un peu honte : j’aurais pu jouer 44…Ta1! 45.Fxa1 Te1+ 46.Rf2 Txd1 47.Fc3 Td5 48.g4 Tg5!. Je vais jouer …f5 et la finale avec les pions g et h contre le pion h5 est nulle. Je n’ai pas vu 44…Ta1 ; on n’a pas forcément envie de donner la Tour comme ça, donc je n’y ai pas pensé.

Ce que j’ai joué n’a pas compromis la nulle, même si la séquence 44…Tf4 45.Te8 Taf2 46.Rh2 Ta2 est un petit peu ésotérique 😊. Je n’ai jamais joué …f6 car si le Fou arrive alors en d5 je risque de me faire mater.

Huschenbeth-MVL : Les blancs viennent juste de gaffer par 57.Rf3?
Huschenbeth-MVL : Les blancs viennent juste de gaffer par 57.Rf3?
Huschenbeth-MVL.
Huschenbeth-MVL.

Après une gaffe de mon adversaire, nous avons obtenu cette position et je n’ai pas compris à quel point elle était supérieure. Cela dit, je n’ai pas vraiment cherché car la nulle que m’a proposée mon adversaire à ce moment-là nous assurait la victoire dans le match. En voyant que mes calculs n’étaient pas très bons (et que mon Roi était quand même en h5 😊), je me suis dit qu’il valait mieux accepter.

De toute façon, je n’avais pas envisagé le coup gagnant 59…Te8!, avec l’idée 60.Rf5 (les blancs sont quasiment en zugzwang !) 60…Tf8+ 61.Re5 Rg5 et le Roi noir s’extirpe. J’avais regardé 59…Ta7 60.Rf5 (alors que 60.Ff5 fait nulle immédiatement) 60…Tg6 (visiblement, je commençais à vraiment mal calculer car je n’ai pas vu que sur 60…Te8 61.Te1 Tf8+ 62.Ff6 Ta5+ était gagnant) 61.Te1 Tf7+ 62.Re5 et je me suis aperçu que je pouvais me faire mater à tout moment car les blancs menacent Th1 et Fd2. Si j’avais vu un gain relativement clair comme celui après 59…Te8!, j’aurais joué ; en partie individuelle également, j’aurais sans doute continué.

MVL-Roseneck (2410) : 1-0

Un système de Londres qui justement s’est retrouvé le lendemain sur la partie de championnat du monde Ding-Nepo même s’ils n’ont pas joué exactement la même ligne ; la coïncidence est amusante.

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Mvl-Roseneck.
Mvl-Roseneck.

Ici, j’ai commis une erreur. A la base, mon plan était 18.g4?! Cg7 19.De3, qui est en réalité catastrophique après 19…e5! 20.dxe5 Dd7. Selon l’ordinateur je suis encore mieux mais ça commence à faire peur car il faut jouer 21.Fg3 Dxg4 22.Ce4 pour conserver l’avantage, ce qui semblait vraiment bizarre. Du coup, je me suis replié sur 19.g5, mais je n’étais pas très content d’avoir ouvert mon roque comme ça. Après 19…Fe7, j’ai cependant raté un coup très fort : 20.h5! que j’ai découvert à l’analyse. Du coup, la partie s’est poursuivie par 20.Ce5?! cxd4 21.Cxc6 Fxc6 22.cxd4. J’avais un peu peur de 22…e5, mais je ne pensais pas que mon adversaire allait le voir, ce qui a été le cas. Parham, toujours prompt à intervenir, m’a demandé si j’avais vu 22…e5. Oui, et je comptais jouer 23.dxe5 car sur 23.Fxe5 Fxg5 24.hxg5 Dg5+ et c’est nulle. Après 23.dxe5, je pensais être un peu mieux dans une position quand même très chaude car les diagonales sont ouvertes, et il y a un petit blocus qui s’opère avec le Cavalier qui va venir en e6.

J’ai joué plutôt proprement la suite de la partie, jusqu’à ce que j’accepte l’échange les Dames au 35e coup avec 35.De5?.

Mvl-Roseneck.
Mvl-Roseneck.

Je pouvais jouer 35.Cf6 tout de suite, et après 35…De7 (il n’y a plus 35…Db8 à cause de 36.Cd7) 36.De5 et je suis gagnant. Dans mon esprit, quand j’échangeais les Dames c’était gagné car son Cavalier en g7 était hors-jeu. D’où mon coup 34.De5?, et je m’attendais à 34…De7, sur quoi j’avais prévu 35.Te3. Mais quand mon adversaire a joué 34…Db8!, je me suis rendu compte que ce n’était pas si simple. Je suis encore nettement mieux, mais c’est une finale qui devient compliquée.

Mvl-Roseneck.
Mvl-Roseneck.

Ici, il pouvait jouer 45…Ff5!. J’avais calculé 46.Fxf5 gxf5 47.Rf4 Rg6 48.Td6 Txb2 49.Txd5 Rxf6 (seul coup) 50.Txf5+ Rg6 51.Tg5+ Rh6 52.Tc5. Là je ne savais pas comment

j’allais la gagner, voire même si j’allais la gagner. J’estimais toutefois avoir de bonnes chances car le Roi noir est confiné en h6 et mon pion d peut avancer. Au final il se trouve que c’est probablement nulle après 52…Tb3! 53.Re4 Txa3 54.Txb5 Ta1 55.Ta5 a3 56.Rf5 a2 57.f4 Td1 ; les noirs récupèrent le pion d et le finale de Tours avec des pions f et h contre un pion h est nulle.

J’aurais clairement souffert pour gagner cette finale parce que tout peut se simplifier. Mais les noirs avaient également beaucoup de possibilités de se tromper.

Mais tout s’est bien fini car il n’a pas joué 45…Ff5 et a préféré 45…Txb2? 46.Rf4! et mon Roi a pu s’infiltrer jusqu’en b5, et là c’était gagnant.

Championnat d’Allemagne :

Même si je n’ai pas joué les premiers matches, mon équipe de Baden-Baden avait fait le plein de points. Mais Virnheim aussi gagnait tous ses matches, et sur des scores parfois assez assez élevés. On pensait donc que le match du dernier week-end contre eux serait décisif. Mais ils ont craqué, n’ayant sans doute pas eu la possibilité d’envoyer leur équipe dans des matchs importants sur les 2 week-ends précédents, et ont dû lâcher des points en route. Avant le dernier week-end nous étions premiers. Lors de l’avant-dernière ronde, l’équipe de Virnheim nous a battus de façon convaincante sur le score un peu sévère de 3-0, félicitations à eux ! Mais cette défaite ne nous a pas empêchés de décrocher le titre lors de la dernière ronde.

A titre personnel, il y a eu des hauts et des bas, bien que j’aie terminé invaincu dans les deux championnats. Que des victoires avec les blancs et des nulles avec les noirs (+5, =4) en Autriche. Et en Allemagne, ce n’est pas exactement pareil, car j’ai fait une nulle avec les Blancs, et gagné une fois avec les noirs (+4, =5).

C’est mon 5e titre avec Baden-Baden. E ça fait toujours plaisir de gagner des titres avec les clubs. Ca a aussi été l’occasion pour moi de faire quelques tests. Le plus important était de ne pas perdre l’habitude de jouer en partie longue avant les échéances qui m’attendent. Je ne voulais pas faire un break de près de 8 mois avec 0 partie longue en tournoi.

Championnat du Monde Ding-Nepo :

Ding Liren

Difficile de conclure sans dire un mot du championnat du monde !

Après ma toute dernière partie en Bundesliga, j’ai pu suivre en direct la 4e partie de départage entre Ding Liren et Nepo, qui a donné le titre au Chinois. Elle nous a tenus en haleine. J’ai été surpris par la rapidité des décisions prises par les deux joueurs sur une partie décisive, mais je pense que c’est leurs nerfs qui lâchaient un peu. Il y a eu des positions critiques hyper rapidement. Nepo aurait dû forcer la nulle à un moment et ne l’a pas fait. Ding a réussi à trouver des coups, notamment le fameux 46…Tg6! qui permet de continuer la partie et qui restera dans les annales comme étant le coup du titre. Au final, la pièce est retombée du bon côté pour Ding. Mais on peut dire qu’il a vraiment été chercher ce titre dans cette 4e partie de départage.

Dans l’ensemble, le niveau global était un peu faible à mon goût ; il y a eu des parties un peu données de part et d’autre, notamment la 2e et la 12e.

Chaque joueur a eu ses moments. On a eu certaines parties de très bonne qualité, avec un niveau de calcul assez élevé. Je pense que sur la fin du match, ils ont un peu été rattrapés par l’enjeu, ce qui est compréhensible car c’était évidemment une opportunité en or pour les deux. Ils ont eu du mal à finir le tournoi à leur niveau ; la tension nerveuse a dû jouer, et la fatigue physique se faire ressentir aussi.

C’était un match assez excitant, avec de nombreux rebondissements. On s’est bien amusés en regardant le match. Il a été très suivi, alors qu’on craignait un peu que tout le monde le boude à cause de l’absence de Carlsen. Il faut s’en féliciter.

Peut-être faudrait-il modifier le format, je suis d’accord avec Magnus sur ce point. Le format actuel est éreintant pour les joueurs, il implique 6 mois d’une intense préparation. Mais ce n’est qu’une opinion personnelle, qui vaut ce qu’elle vaut 😊.

Ding est un beau Champion du Monde, issu d’un pays qui n’en avait jamais connu. A voir maintenant le développement des échecs en Chine, sous l’impulsion de ce titre. A voir également comment les deux joueurs vont réagir, suite à cette déception immense pour l’un, et ce triomphe pour l’autre.

J’aurai l’occasion d’observer tout ça de près, puisque je vais affronter les deux lors du premier tournoi du Grand Chess Tour 2023 à Bucarest, à partir du 6 mai !

Les parties de Maxime en Bundesliga autrichienne :

Les parties de Maxime en Bundesliga allemande :

J’ai effectué un petit passage au Championnat de France des Jeunes à Agen les 25 et 26 avril, à l’invitation de la Fédération Française. Passage éclair le mardi soir à la salle de jeu, surtout pour voir les gens que je connaissais. Évidemment, j’ai eu quelques demandes de photos dès mon arrivée, mais c’est le lendemain que tout s’est accéléré, avec quelques obligations médiatiques puis la venue dans la salle de jeux pour lancer les rondes. D’abord la cinquième partie des grands, dans une atmosphère très chaleureuse, puis les plus petits, avec la présentation de Marc Llari qui a gagné le titre mondial en U8, et de Timothé Razafindratsima, Champion d’Europe en U16, ainsi que du jeune GMI Marc Andria Maurizzi.

En tout cas, c’était un moment très sympathique avec les jeunes ; j’ai pu leur indiquer le poids qui reposait sur leurs épaules afin de me remplacer d’ici 10 à 15 ans 😊.

La journée a aussi été consacrée à signer des autographes et à faire des photos pour les jeunes – et parfois également les moins jeunes. C’est forcément beaucoup de va-et-vient, énormément de sollicitations ; mais c’est le jeu et je l’ai fait avec plaisir, même si ce n’est pas quelque chose que je serais en capacité de faire tous les jours ! Quand les parents disaient « vous êtes vraiment très patient », je répondais que ça allait parce que ce n’était pas moi qui jouait la partie !

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