Retour aux affaires

Retour aux affaires

BUCAREST

C’était pour moi le retour aux tournois en cadence classique avec le début du Grand Chess Tour 2023 à Bucarest, après une longue interruption, depuis la Sinquefield Cup de septembre 2022 et la mise en place de mon nouvel encadrement juste après.

Le tirage au sort m’a désigné pour être le premier adversaire du nouveau champion du monde, Ding Liren ! Fatigué par son match, le Chinois n’a pas tenté grand-chose avec les blancs et j’ai facilement annulé.

Dans mes quatre parties blanches, j’ai eu quelques bonnes idées, notamment dans l’Ecossaise contre Giri et contre la Winawer de Rapport, même si au final ça n’a rien donné. En revanche j’ai effectivement été neutralisé par So et Deac dans le Début de Londres et l’Italienne. Le bilan avec les blancs est donc relativement mitigé, avec quand même quelques petites armes nouvelles testées.

Avec les Noirs, j’ai également fait 50% (+1, -1, =3) ce qui est plutôt satisfaisant, même si j’ai été clairement dominé dans l’ouverture des deux parties décisives, contre Caruana et Nepo, sur lesquelles je vais revenir ici :

Vue de la scène à Bucarest (Photo GCT).
Vue de la scène à Bucarest (Photo GCT).

RONDE 3 : CARUANA – MVL 1-0

Caruana-MVL
Caruana-MVL

J’ai joué 15…Ch5?, pas parce que j’avais oublié que le pion e7 était en prise, comme certains l’ont écrit, mais parce qu’après 16.Fxe7 Cf4 17.g3 Cbd3, les blancs avaient le terrible 18.Cg5! Dxd1 19.Taxd1 qui m’avait échappé, après quoi aucune suite tactique ne fonctionne vraiment pour les noirs. Du coup, je me suis replié sur 17…Tfe8 18.Fxd6 Cfd3 mais après 19.Te3 Cxb2 20.Db3! C2d3 21.e5!, je n’ai jamais pu justifier le déficit matériel.

RONDE 5 : NEPO – MVL 0-1

Une partie qui s’est bien mal engagée puisque Ian a utilisé l’Alapine pour obtenir un milieu de jeu sans les Dames qui a l’air inoffensif, mais qui ne l’est pas : sûrement le produit d’une très bonne préparation pour son match de championnat du monde. Sans doute perturbé par sa défaite de la veille contre Caruana, Ian a continué dans son style, à jouer très vite des coups intuitifs et il a effectivement réussi à me poser de sérieux problèmes. Mais c’est une fois qu’il m’a eu presque dans les cordes qu’il a commencé à déjouer…

Les blancs sont en contrôle total, mais il faut encore trouver le moyen de progresser. Je pense que 32.Td4! était le plus naturel, empêchant tout contre-jeu et laissant le passage vers b3 au Roi blanc, ce qui apportera de nouvelles possibilités. Mais en continuant à jouer vite pour mettre la pression à la pendule, Ian a joué l’imprécis 32.g4? Th8 33.Rg3 Tcc8! et m’a laissé revenir. Il a continué dans cette voie et oublié des détails importants, et particulièrement 34.c4 Th7 35.Fd6 Cd7!. A ce moment-là, je me suis aperçu que ça pouvait commencer à être très chaud pour lui si je doublais sur la colonne h et que je jouais …f6 puis …Ce5, forçant Fxe5 fxe5, après quoi mon autre Cavalier revivrait en c5. Et c’est ce qui s’est produit dans la partie ! Même si je n’étais pas complètement sûr d’être gagnant après le 40e coup, je savais que ma position était devenue assez facile à jouer, et vraiment très dure à défendre pour lui !

La combinaison finale : 48…Txf1+! (il fallait calculer correctement cette ligne parce que c’est le seul coup qui gagne) 49.Rxf1 Th1+ 50.Rf2 Ce4+ 51.Rxf3 Cxd2+ 52.Re3 Cxb3 53.b6 Th3+! 54.Rf2 (54.Re4 Rf6! 55.b7 Cd2+ 56.Rd4 Tb3 -+) 54…Th8 avec un gain trivial.

Une victoire un peu inespérée, mais qui a fait du bien au moral avant la journée de repos.

Duel franco-français lors de la dernière ronde (Photo GCT).
Duel franco-français lors de la dernière ronde (Photo GCT).

Je ne peux pas ignorer ma partie contre Rapport qui a suivi la journée de repos, car elle a été vraiment très spectaculaire !

RONDE 6 : MVL – RAPPORT ½

Une ouverture typique de la Française Winawer où les noirs ont fermé le centre par …c4. Je pensais être en contrôle et avoir pas mal de possibilités à l’aile-Roi mais ce n’était pas du tout aussi clair que ça. Je dois avouer que Richard est un expert de ce type de structure dans la Française, et qu’il a su trouver les bons arrangements de pièces.

Mon plan de base consistait à ramener mon Cavalier sur la case idéale e3, avant d’envahir l’aile-Roi par Dg1-g7 ; c’est la raison pour laquelle j’ai repris du Cavalier en g1.

En fait, le plus naturel 33.Dxg1 menait à des complications dingues, mais ne changeait pas le verdict d’égalité : 33…Cxa3 34.Fxa3 Dxa3 35.Dg7 b5 ; ici, l’immédiat et naturel 36.Dxh6 avait l’avantage de forcer les noirs à trouver un « seul coup » difficile après 36…b4 37.Dg7 [37.Df8 donnait l’occasion aux blancs de perdre après l’amusant 37…b3 38.h6?? b2 39.h7 Cg6!! 40.Dxa3 b1=C+] 37…b3 38.h6 b2 39.h7 b1=D 40.h8=D

40…Daa1! ; la machine est formelle, tout autre coup perd, par exemple 40…Dab2? 41.Dxe7 et malgré la prise de c2 sur échec, les deux Dames noires ne peuvent même pas donner perpétuel, ou 40…Db8? 41.Dxb8+ Rxb8 42.Df8+ et les noirs ne pourront plus jamais bouger ni le Cavalier, ni la Dame ! A la place de 36.Dxh6, les blancs avaient aussi la possibilité de 36.Re3!! un coup assez incroyable, la perte d’un tempo visant à empêcher la poussée du plus rapide pion b ; après 36…Cc6 37.Dxh6 a4 (mais pas 37…b4? 38.Df8! gagnant un tempo crucial) 38.Dg7 De7 et les noirs semblent tenir.

Mais après 33.Cxg1 Fe8 34.Ch3 Rd7 35.Cf2 Ff7, je me suis rendu compte que sur 36.Cd1, les noirs auraient couvert g7 par 36…Re8 37.Ce3 Rf8, et si besoin couvert f6 en cas de 38.De1 Cc7! 39.Dh4 Ce8. Je suis donc revenu tout de suite au plan 36.Dg1, donnant a3 contre g7, et nous sommes parvenus à cette position un peu folle, quoique assez typique des courses de pions passés avec pièces lourdes :

42.cxb3 (42.h6 ne suffisait pas non plus : 42…bxc2 43.Rxc2 Da2+ 44.Cb2 a4 45.Rc1!? Da1+ [45…a3? 46.Ca4] 46.Rc2 =) 42…Da2+ (42…cxb3 allait aussi : 43.Fe2 b2 44.Fd3 [surtout pas 44.Rc2?? Db3+! 45.Rxb3 b1=D+ 46.Ra3 a4! -+] 44…Db3 45.h6 b1=D 46.Fxb1 Dxb1 47.h7 Fh5 48.Ce3! =) 42…Da2+ 43.Re1 Dh2 44.bxc4 Dxf4 45.Fe2 Dg3+ 46.Rd2 Dg5+ 47.Re1 Dg3+ et nulle.

Au final, je crois que l’on a produit une très bonne partie, qui a été extrêmement tendue de bout en bout.

Le bilan de Bucarest est mitigé, avec un résultat à 50% et beaucoup de nulles, mais c’est bien au-dessus de ce que j’ai produit en 2022, même si ça reste évidemment en-deçà de certains standards que j’avais pu avoir quelques années auparavant.

En tout cas, c’était pour moi une sorte de « retour aux affaires », plutôt satisfaisant si on le prend comme un tournoi d’Elite en préparation de l’échéance majeure de la saison, qui reste la Coupe du Monde au mois d’août à Bakou.

VARSOVIE

A peine 3 jours après mon retour de Bucarest, j’étais de nouveau sur la route pour le tournoi suivant du Grand Chess Tour à Varsovie.

RONDE 1 : MVL – ARONIAN ½

D’entrée de jeu, une discussion théorique sur l’une des lignes les plus complexes du Début de Londres !

Ici j’ai longuement hésité entre 13.Cxa8 et 13.Cxe5. 13.Cxa8 exf4 14.Cg5 me paraissait être un bazar tactique complet, et j’ai penché pour 13.Cxe5 que je croyais supérieur. Le problème, c’est que j’ai totalement raté le passage du Roi en b6 par 13…Rxc7! 14.Cxf7+ Rb6 15.Cxh8 d5 et avec le Roi en sécurité et les pièces qui sortent, les noirs ont l’avantage. Je pensais qu’il voulait 13…Cxe5? 14.Fxe5 d6 15.Cxa8 dxe5 16.dxe5 qui semblait tourner en ma faveur. Dans la partie, j’ai réussi péniblement à rendre la qualité et stabiliser la position après 16.Fd3 Fe6 17.Fxh7 suivi de 18.Cg6.

Maxime et les deux meilleurs joueurs de l’histoire… (Photo GCT).
Maxime et les deux meilleurs joueurs de l’histoire… (Photo GCT).

RONDE 4 : CARLSEN – MVL ½

Une partie spectaculaire pour sa finale. Avec les noirs, je pense avoir bien maîtrisé la nouvelle ouverture à la mode employée par le n°1 mondial, le Début de Londres. Malgré de longues manœuvres dont il a le secret, Carlsen n’est jamais parvenu à déstabiliser ma position, jusqu’à ce qu’une stupide petite erreur de calcul vienne me mettre en difficulté.

Ici, il suffisait que je continue à attendre par 51…Rd6 avec l’idée de toujours reprendre du pion en b6, et les blancs n’ont aucun moyen d’augmenter la pression. Malheureusement, j’ai cru qu’il ne récupérait pas le pion a5 après 51…bxa5?! 52.Ca6+ Rd6 53.Cc5 Cb6, oubliant complètement la fourchette 54.Cb7+ Rc7 55.Cxa5. Même si ça ne change rien à l’évaluation puisque la position reste toujours égale, les blancs gagnent l’accès à la case c5 et rendent ma défense beaucoup plus difficile.

Quelques coups plus tard, j’ai décidé de forcer les événements par 70…f3!? (la machine indique que 70…Fd7 est également complètement égal, mais c’était impossible à deviner sur l’échiquier) 71.dxe6 fxg2 72.Ce2 Rd8. J’avais anticipé que nous finirions fatalement dans la fameuse finale 2C contre pion, dans une version très probablement gagnante pour les blancs, mais sans doute pas en moins de 50 coups ! De plus, je savais la complexité extrême des manœuvres de Cavalier à connaître dans cette finale, et j’ai estimé que même pour Carlsen, la tâche serait impossible à réaliser en pratique 😊. J’en profite pour faire un clin d’œil au grand spécialiste français des fins de parties le MI Alain Villeneuve, qui a été ma référence théorique pour cette finale, comme pour bien d’autres !

C’est Troitzki qui a défriché toute la théorie de cette finale, et dès 1906, il édictait la règle suivante : toutes les positions avec un pion Tour bloqué sur la 4e rangée par un Cavalier indélogeable sont gagnées, quelle que soit la position du Roi noir. C’est donc bien le cas ici, même si les tablebases indiquent qu’il faut 56 coups sur un jeu parfait pour forcer le pion h à avancer ! 80…Rd6 81.Cf3 Re6 82.Rc5 Rd7 83.Rd5 Rc7 84.Ce5 Rb6?! (84…Rb7! 85.Rc4 Rb8 retardait le zugzwang de la partie) 85.Rc4 Rb7 86.Rb5 Rc7 87.Cc4? (diffère le gain d’une quinzaine de coups en laissant le Roi noir se recentrer ! Il fallait d’abord le confiner sur la 8e rangée en commençant par 87.Rc5! Rb7 88.Cc4 Rc7 89.Cb6 Rb7 90.Cd5 Ra6 91.Rb4 Ra7 92.Ra5 Rb7 93.Rb5 Rc8 [ou 93…Ra7 94.Cb4 Rb7 95.Ca6 Ra7 96.Cc5] 94.Rc6 Rd8 95.Rd6. Après encore plus de 20 coups parsemés de nouvelles manœuvres ésotériques 😊, la position idéale suivante aurait enfin été atteinte.

Il est maintenant temps de mater ! 1.Cg4! Rh8 2.Cf6 h2 3.Cf4 h1=D 4.Cg6 mat.

Dans la partie, après 87.Cc4? Rd7 88.Rb6 Re6 89.Rc6 Rf5 90.Ce3+ Re4 91.Cg2 Re5, tout était à refaire pour les blancs et Magnus n’a pas insisté et a pris le pion h4…

Contre Wesley So, sur fond de décor bleuté (Photo GCT).
Contre Wesley So, sur fond de décor bleuté (Photo GCT).

RONDE 7 : MVL – SO 1-0

Une partie tactique qui s’est décidée sur un moment-clé :

Les noirs ont un choix difficile. Prendre en g5 avec le Fou et permettre Dxf7+, ou sacrifier la qualité en g5. Après deux minutes de réflexion, la pièce est retombée du mauvais côté pour Wesley avec son choix erroné d’écarter 26…Fxg5! 27.Dxf7+ Rh6 (pour l’anecdote sur 27…Rh8, j’avais calculé une variante perdante pour moi ! 28.Cxd6 Ff6 29.Ce8 et j’étais très fier de ce qui me semblait être un mat forcé après 29…Fxe8 30.Dg8+ ou 29…Dxe8 30.Dxf6+ ou encore 29…Txe8 30.Txe8+ suivi de 31.Dg8+ ou 31.Dxf6+. Mais 29…Tg5+! et c’est la douche froide ! 30.Rh2 [30.Rh1 Fc6+ ; 30.Rf1 Fxh3+] 30…Db8+ et ce sont les blancs qui se font mater ! Je pense que je m’en serais rendu compte en cours de route car au lieu du « brillant » 29.Ce8?, le direct 29.Txe5 Fxe5 30.Dd5! Dg5+ [30…Fxd6 31.Dd4+] 31.Rh1 gagne, de même que le subtil 29.h4! contrôlant g5) 28.f4! (28.Cxd6 Ff6 29.Ce4 à l’air quasiment gagnant mais 29…De8! 30.Dxf6 Txe4 avec une nulle imminente) 28…Txe4 29.Txe4 (je crois que de loin, Wesley a raté 29.fxg5+? Dxg5+ sur contre-échec !) 29…Ff6 avec une meilleure version de la position avec pion pour la qualité que dans la partie.

Pour revenir au diagramme, Wesley a donc finalement choisi 26…Txg5+? 27.Cxg5 Fxg5 28.Dxf7+ Rh6 29.Tad1 Fxh3 30.Fe6! Fxe6 31.Txe6 et les pièces lourdes blanches sont trop puissantes.

RONDE 8 : DUDA – MVL 1-0

Un intéressant débat théorique dans une ligne qui devient tendance contre le Gambit-Dame accepté.

Malheureusement, je ne me suis pas souvenu de mon fichier, qui mentionnait ici 19…Ch5! comme étant le seul moyen de conserver une position complexe, l’idée étant qu’après 20.Rf2 (sur l’échiquier, j’ai complètement raté 20.g3? Cxg3!) 20…Cf4, les blancs doivent jouer l’anti-coup de développement 21.Ff1.

A la place, j’ai opté pour l’inférieur 19…Cd7?! 20.Fd4?! (20.0-0 était plus précis, empêchant la suite de la partie ; 20…a5? 21.Ta1!) 20…a5! 21.bxa6 Txa6? (ratant le coche, et pourtant j’avais vu 21…Cc5! 22.Fe2 Cxa6 23.Ta4 Tb8 qui est peu clair) 22.0-0 Ta8 23.Tfb1 et maintenant, le conglomérat de pièces blanches hyper solidaires domine clairement la Dame noire.

Classement final de Varsovie (image chess.com).
Classement final de Varsovie (image chess.com).

J’ai donc réalisé dans les rapides de Varsovie un score un peu supérieur à celui de Bucarest, à savoir +2 au lieu de 50%. Pas de quoi sauter au plafond, mais l’idée est que mon jeu se mette en place progressivement.


Dans la partie Blitz des deux derniers jours à Varsovie, je pense avoir produit un jeu assez inégal, même si je suis assez content de certaines parties ; d’autres ont certes été un peu plus compliquées, notamment en fin de première journée.

+3 au final, ce n’est pas forcément à la hauteur de mes attentes en termes de résultat, mais c’était également ma reprise en blitz, puisque je n’avais pas joué depuis le championnat du monde de décembre. Et une reprise est toujours un peu délicate à gérer, en tout cas à ce niveau de la compétition.

Je prends donc ce 50% à Bucarest et cette 3e place ex-aequo à Varsovie avec philosophie, mais il faudra être plus performant à Saint-Louis au mois de novembre pour avoir des chances de finir une sixième année de suite sur le podium du Grand Chess Tour !

Le classement du Grand Chess Tour 2023 après 2 tournois (Image GCT).
Le classement du Grand Chess Tour 2023 après 2 tournois (Image GCT).

PARTIES MVL

Les parties de Maxime à Bucarest :

Les parties rapides de Maxime à Varsovie :

Les parties blitz de Maxime à Varsovie :

Le boom des échecs est indéniable, même si les proportions de ce phénomène restent variables selon les régions du monde. En France, le célèbre magazine d’investigation et de reportage « Envoyé Spécial », diffusé sur France 2, a décidé de consacrer un long moment à cet essor. A ce titre, il a choisi de suivre spécifiquement Maxime pendant une quinzaine de jours. L’équipe télé l’a donc accompagné au Championnat de France Jeunes d’Agen, où il était invité par la Fédération Française en tant qu’ambassadeur. Puis à filmé une journée parisienne, entre entraînement sportif et visite à son sponsor « Immortal Game ». Enfin, les reporters « d’Envoyé Spécial » se sont également rendus à Bucarest, pour les dernières rondes du tournoi inaugurant le Grand Chess Tour 2023.

Coup double en Bundesliga

Avant les grandes échéances qui débutent en mai, j’ai disputé les dernières rondes des championnats par équipes en Autriche et en Allemagne, et les équipes dans lesquelles je jouais ont toutes les deux conquis le titre national 😊.

Championnat d’Autriche :

En fin d’année dernière, j’avais été contacté pour faire partie de l’équipe de Linz, qui venait de monter en Première Division. Ce qui me plaisait particulièrement, c’est que je connaissais bien tous les joueurs de l’équipe, à commencer par Étienne [Bacrot], Jules [Moussard], Parham [Maghsoodloo], mais également les deux Russes, Andreï [Esipenko] et Kirill [Alekseenko], ainsi que les deux joueurs un peu plus âgés, Arkadij [Naïditsch] et Csaba [Balogh]. Quant aux discussions entre mon manager et le responsable de l’équipe de Linz – qui a été élu Président de la Fédération autrichienne entretemps ! – elles ont été particulièrement fluides et l’affaire a vite été conclue.

Nous étions donc dans les meilleures conditions pour jouer sans prise de tête, et j’ai été présent pour les trois rassemblements de quelques jours de la saison.

Le niveau du championnat autrichien au 1er échiquier est plus élevé que j’aurais cru. Et dans l’ensemble, pas mal de matchs ont été tendus puisque sur 6 échiquiers, ça peut aller assez vite. Même si parfois les adversaires nous rendaient 200 points, il suffit d’une surprise à un endroit, une ou deux nulles, et le match pouvait dégénérer.

C’est ce qui s’est d’ailleurs produit puisque nous avons concédé deux matches nuls. Heureusement, notre rival numéro 1 de la saison, l’équipe de Jenbach, a perdu un match par la suite, nous permettant de conquérir le titre l’année de la montée. Certains émettront peut-être des réserves sur la valeur de ce titre en Autriche, mais moi je prends quand même 😊.

Huschenbeth (2599) – MVL : 1/2-1/2

Huschenbeth-MVL.
Huschenbeth-MVL.

Petite anecdote amusante dans cette partie. Après avoir joué 41…h6, j’ai proposé nulle à mon adversaire, car je voyais qu’il allait rendre le pion et pour moi c’était nulle.

Mon coéquipier assis à côté de moi, Parham Maghsoodloo, m’a demandé par la suite pourquoi j’avais refusé la nulle. En fait, il a confondu le refus de mon adversaire avec une proposition.

La partie s’est poursuivie par 42.Fc3 Txe4 43.Tc8+ Rh7 44.h5. Là j’ai raté une possibilité très simple de faire nulle, et j’ai un peu honte : j’aurais pu jouer 44…Ta1! 45.Fxa1 Te1+ 46.Rf2 Txd1 47.Fc3 Td5 48.g4 Tg5!. Je vais jouer …f5 et la finale avec les pions g et h contre le pion h5 est nulle. Je n’ai pas vu 44…Ta1 ; on n’a pas forcément envie de donner la Tour comme ça, donc je n’y ai pas pensé.

Ce que j’ai joué n’a pas compromis la nulle, même si la séquence 44…Tf4 45.Te8 Taf2 46.Rh2 Ta2 est un petit peu ésotérique 😊. Je n’ai jamais joué …f6 car si le Fou arrive alors en d5 je risque de me faire mater.

Huschenbeth-MVL : Les blancs viennent juste de gaffer par 57.Rf3?
Huschenbeth-MVL : Les blancs viennent juste de gaffer par 57.Rf3?
Huschenbeth-MVL.
Huschenbeth-MVL.

Après une gaffe de mon adversaire, nous avons obtenu cette position et je n’ai pas compris à quel point elle était supérieure. Cela dit, je n’ai pas vraiment cherché car la nulle que m’a proposée mon adversaire à ce moment-là nous assurait la victoire dans le match. En voyant que mes calculs n’étaient pas très bons (et que mon Roi était quand même en h5 😊), je me suis dit qu’il valait mieux accepter.

De toute façon, je n’avais pas envisagé le coup gagnant 59…Te8!, avec l’idée 60.Rf5 (les blancs sont quasiment en zugzwang !) 60…Tf8+ 61.Re5 Rg5 et le Roi noir s’extirpe. J’avais regardé 59…Ta7 60.Rf5 (alors que 60.Ff5 fait nulle immédiatement) 60…Tg6 (visiblement, je commençais à vraiment mal calculer car je n’ai pas vu que sur 60…Te8 61.Te1 Tf8+ 62.Ff6 Ta5+ était gagnant) 61.Te1 Tf7+ 62.Re5 et je me suis aperçu que je pouvais me faire mater à tout moment car les blancs menacent Th1 et Fd2. Si j’avais vu un gain relativement clair comme celui après 59…Te8!, j’aurais joué ; en partie individuelle également, j’aurais sans doute continué.

MVL-Roseneck (2410) : 1-0

Un système de Londres qui justement s’est retrouvé le lendemain sur la partie de championnat du monde Ding-Nepo même s’ils n’ont pas joué exactement la même ligne ; la coïncidence est amusante.

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Mvl-Roseneck.
Mvl-Roseneck.

Ici, j’ai commis une erreur. A la base, mon plan était 18.g4?! Cg7 19.De3, qui est en réalité catastrophique après 19…e5! 20.dxe5 Dd7. Selon l’ordinateur je suis encore mieux mais ça commence à faire peur car il faut jouer 21.Fg3 Dxg4 22.Ce4 pour conserver l’avantage, ce qui semblait vraiment bizarre. Du coup, je me suis replié sur 19.g5, mais je n’étais pas très content d’avoir ouvert mon roque comme ça. Après 19…Fe7, j’ai cependant raté un coup très fort : 20.h5! que j’ai découvert à l’analyse. Du coup, la partie s’est poursuivie par 20.Ce5?! cxd4 21.Cxc6 Fxc6 22.cxd4. J’avais un peu peur de 22…e5, mais je ne pensais pas que mon adversaire allait le voir, ce qui a été le cas. Parham, toujours prompt à intervenir, m’a demandé si j’avais vu 22…e5. Oui, et je comptais jouer 23.dxe5 car sur 23.Fxe5 Fxg5 24.hxg5 Dg5+ et c’est nulle. Après 23.dxe5, je pensais être un peu mieux dans une position quand même très chaude car les diagonales sont ouvertes, et il y a un petit blocus qui s’opère avec le Cavalier qui va venir en e6.

J’ai joué plutôt proprement la suite de la partie, jusqu’à ce que j’accepte l’échange les Dames au 35e coup avec 35.De5?.

Mvl-Roseneck.
Mvl-Roseneck.

Je pouvais jouer 35.Cf6 tout de suite, et après 35…De7 (il n’y a plus 35…Db8 à cause de 36.Cd7) 36.De5 et je suis gagnant. Dans mon esprit, quand j’échangeais les Dames c’était gagné car son Cavalier en g7 était hors-jeu. D’où mon coup 34.De5?, et je m’attendais à 34…De7, sur quoi j’avais prévu 35.Te3. Mais quand mon adversaire a joué 34…Db8!, je me suis rendu compte que ce n’était pas si simple. Je suis encore nettement mieux, mais c’est une finale qui devient compliquée.

Mvl-Roseneck.
Mvl-Roseneck.

Ici, il pouvait jouer 45…Ff5!. J’avais calculé 46.Fxf5 gxf5 47.Rf4 Rg6 48.Td6 Txb2 49.Txd5 Rxf6 (seul coup) 50.Txf5+ Rg6 51.Tg5+ Rh6 52.Tc5. Là je ne savais pas comment

j’allais la gagner, voire même si j’allais la gagner. J’estimais toutefois avoir de bonnes chances car le Roi noir est confiné en h6 et mon pion d peut avancer. Au final il se trouve que c’est probablement nulle après 52…Tb3! 53.Re4 Txa3 54.Txb5 Ta1 55.Ta5 a3 56.Rf5 a2 57.f4 Td1 ; les noirs récupèrent le pion d et le finale de Tours avec des pions f et h contre un pion h est nulle.

J’aurais clairement souffert pour gagner cette finale parce que tout peut se simplifier. Mais les noirs avaient également beaucoup de possibilités de se tromper.

Mais tout s’est bien fini car il n’a pas joué 45…Ff5 et a préféré 45…Txb2? 46.Rf4! et mon Roi a pu s’infiltrer jusqu’en b5, et là c’était gagnant.

Championnat d’Allemagne :

Même si je n’ai pas joué les premiers matches, mon équipe de Baden-Baden avait fait le plein de points. Mais Virnheim aussi gagnait tous ses matches, et sur des scores parfois assez assez élevés. On pensait donc que le match du dernier week-end contre eux serait décisif. Mais ils ont craqué, n’ayant sans doute pas eu la possibilité d’envoyer leur équipe dans des matchs importants sur les 2 week-ends précédents, et ont dû lâcher des points en route. Avant le dernier week-end nous étions premiers. Lors de l’avant-dernière ronde, l’équipe de Virnheim nous a battus de façon convaincante sur le score un peu sévère de 3-0, félicitations à eux ! Mais cette défaite ne nous a pas empêchés de décrocher le titre lors de la dernière ronde.

A titre personnel, il y a eu des hauts et des bas, bien que j’aie terminé invaincu dans les deux championnats. Que des victoires avec les blancs et des nulles avec les noirs (+5, =4) en Autriche. Et en Allemagne, ce n’est pas exactement pareil, car j’ai fait une nulle avec les Blancs, et gagné une fois avec les noirs (+4, =5).

C’est mon 5e titre avec Baden-Baden. E ça fait toujours plaisir de gagner des titres avec les clubs. Ca a aussi été l’occasion pour moi de faire quelques tests. Le plus important était de ne pas perdre l’habitude de jouer en partie longue avant les échéances qui m’attendent. Je ne voulais pas faire un break de près de 8 mois avec 0 partie longue en tournoi.

Championnat du Monde Ding-Nepo :

Ding Liren

Difficile de conclure sans dire un mot du championnat du monde !

Après ma toute dernière partie en Bundesliga, j’ai pu suivre en direct la 4e partie de départage entre Ding Liren et Nepo, qui a donné le titre au Chinois. Elle nous a tenus en haleine. J’ai été surpris par la rapidité des décisions prises par les deux joueurs sur une partie décisive, mais je pense que c’est leurs nerfs qui lâchaient un peu. Il y a eu des positions critiques hyper rapidement. Nepo aurait dû forcer la nulle à un moment et ne l’a pas fait. Ding a réussi à trouver des coups, notamment le fameux 46…Tg6! qui permet de continuer la partie et qui restera dans les annales comme étant le coup du titre. Au final, la pièce est retombée du bon côté pour Ding. Mais on peut dire qu’il a vraiment été chercher ce titre dans cette 4e partie de départage.

Dans l’ensemble, le niveau global était un peu faible à mon goût ; il y a eu des parties un peu données de part et d’autre, notamment la 2e et la 12e.

Chaque joueur a eu ses moments. On a eu certaines parties de très bonne qualité, avec un niveau de calcul assez élevé. Je pense que sur la fin du match, ils ont un peu été rattrapés par l’enjeu, ce qui est compréhensible car c’était évidemment une opportunité en or pour les deux. Ils ont eu du mal à finir le tournoi à leur niveau ; la tension nerveuse a dû jouer, et la fatigue physique se faire ressentir aussi.

C’était un match assez excitant, avec de nombreux rebondissements. On s’est bien amusés en regardant le match. Il a été très suivi, alors qu’on craignait un peu que tout le monde le boude à cause de l’absence de Carlsen. Il faut s’en féliciter.

Peut-être faudrait-il modifier le format, je suis d’accord avec Magnus sur ce point. Le format actuel est éreintant pour les joueurs, il implique 6 mois d’une intense préparation. Mais ce n’est qu’une opinion personnelle, qui vaut ce qu’elle vaut 😊.

Ding est un beau Champion du Monde, issu d’un pays qui n’en avait jamais connu. A voir maintenant le développement des échecs en Chine, sous l’impulsion de ce titre. A voir également comment les deux joueurs vont réagir, suite à cette déception immense pour l’un, et ce triomphe pour l’autre.

J’aurai l’occasion d’observer tout ça de près, puisque je vais affronter les deux lors du premier tournoi du Grand Chess Tour 2023 à Bucarest, à partir du 6 mai !

Les parties de Maxime en Bundesliga autrichienne :

Les parties de Maxime en Bundesliga allemande :

J’ai effectué un petit passage au Championnat de France des Jeunes à Agen les 25 et 26 avril, à l’invitation de la Fédération Française. Passage éclair le mardi soir à la salle de jeu, surtout pour voir les gens que je connaissais. Évidemment, j’ai eu quelques demandes de photos dès mon arrivée, mais c’est le lendemain que tout s’est accéléré, avec quelques obligations médiatiques puis la venue dans la salle de jeux pour lancer les rondes. D’abord la cinquième partie des grands, dans une atmosphère très chaleureuse, puis les plus petits, avec la présentation de Marc Llari qui a gagné le titre mondial en U8, et de Timothé Razafindratsima, Champion d’Europe en U16, ainsi que du jeune GMI Marc Andria Maurizzi.

En tout cas, c’était un moment très sympathique avec les jeunes ; j’ai pu leur indiquer le poids qui reposait sur leurs épaules afin de me remplacer d’ici 10 à 15 ans 😊.

La journée a aussi été consacrée à signer des autographes et à faire des photos pour les jeunes – et parfois également les moins jeunes. C’est forcément beaucoup de va-et-vient, énormément de sollicitations ; mais c’est le jeu et je l’ai fait avec plaisir, même si ce n’est pas quelque chose que je serais en capacité de faire tous les jours ! Quand les parents disaient « vous êtes vraiment très patient », je répondais que ça allait parce que ce n’était pas moi qui jouait la partie !

Reprise en douceur

Depuis le Championnat du Monde de blitz et de parties rapides en fin d’année 2022, il n’y a pas eu de tournois de parties longues pour l’élite, hormis Wijk aan Zee et le WR Chess Masters à Dusseldorf, auxquels je n’ai pas participé. Pour moi, les prochaines échéances importantes débuteront en mai. Il se sera alors passé huit mois depuis mon dernier tournoi de parties longues (Sinquefield Cup 2022) ! Cette longue période a évidemment été l’occasion de continuer ma préparation de fond pour être fin prêt lorsque les objectifs majeurs de la saison se présenteront, à savoir le Grand Chess Tour qui démarre en mai à Bucarest, et la Coupe du Monde qui aura lieu à Bakou à la toute fin du mois de juillet. D’ailleurs, je ne suis pas encore sûr à 100% d’être qualifié pour cette Coupe du Monde à cause de ma modeste 14e place au classement mondial, mais j’ai bon espoir d’y parvenir (c’est le classement Fide du 1er juin qui permettra de trancher).

L’objectif, comme lors de toute année impaire, c’est bien sûr la qualification pour le tournoi des Candidats 2024, dont on vient d’ailleurs d’apprendre qu’il aura lieu en avril à Toronto ; le Canada deviendrait alors le 41e pays que je visite, raison de plus pour se qualifier 😊.

Les 10 parties classiques que j’ai disputées pendant ce premier trimestre 2023 l’ont toutes été dans le cadre de la Bundesliga [championnat par équipe] allemande et de la Bundesliga autrichienne. Quant aux parties rapides et blitz, elle se sont déroulées en ligne, qu’il s’agisse du Titled Tuesday sur chess.com, du Play In qualificatif pour le Champion Chess Tour, ou de la Pro Chess League. J’ai joué sérieusement ces compétitions, en essayant de tester de nouvelles ouvertures, ainsi que quelques idées sur mes lignes traditionnelles. Ça fait partie de la préparation pour être au top en mai.

Retour en images et dans l’ordre chronologique sur ces trois premiers mois de 2023 :

Bundesliga

Du 3 au 5 février, j’ai joué à Baden-Baden et marqué 2/3 (victoire contre Plenca 2423, nulles contre Kollars 2606 et Santos Latasa 2657). Petite curiosité, lors de ma partie contre Santos Latasa, nous avons rejoué exactement les mêmes coups que ceux de ma précédente partie longue contre Bluebaum, en novembre 2022 ; deux parties longues consécutives identiques, ça doit être une sorte de record, non ?

Les 8 équipes qualifiées pour la phase finale de la PCL en mai.
Les 8 équipes qualifiées pour la phase finale de la PCL en mai.

Pro Chess League

J’ai participé aux cinq matches de la phase préliminaire programmés entre mi-février et mi-mars, au sein de la sympathique équipe BLITZ, cornaquée par Kevin Bordi. J’étais accompagné de Sacha Grischuk, ainsi que de Deimantė Cornette et Kateryna Lagno alternant à l’échiquier féminin, et d’Alexandre Bacrot ou Mahel Boyer sur l’échiquier jeune. Cette équipe solide pouvait clairement espérer passer les poules, ce que nous avons fait après de multiples aventures, puisque 3 de nos matches ont été jusqu’au tie-break !
Sur le plan individuel, j’ai joué correctement, sans plus. J’ai eu des petits moments d’absence dans certaines parties pas forcément bien menées, mais qui se sont plutôt bien terminées. J’ai resserré le jeu sur les deux derniers matches, et toute l’équipe s’est mobilisée, ce qui nous a permis de nous qualifier pour la phase finale. Malheureusement, je ne pourrai pas participer à celle-ci, puisque je jouerai à Bucarest au même moment.

Bundesliga

Retour en Bundesliga, à Schonaich dans la banlieue de Stuttgart pour un nouveau week-end les 25-26 février.

MVL – Sedlak (2461) : 1-0

Une partie qui s’annonçait facile, car dès l’ouverture j’ai eu l’occasion de finir la partie avec style :

Mvl-Sedlak
Mvl-Sedlak

Ici, j’aurais pu jouer 14.f4!, avec l’idée Tf3-b3-b7, qui était complètement décisif car les noirs n’ont pas le temps de se développer par …Fe7 et …0-0. J’ai vaguement eu cette idée d’amener une Tour en b3, mais je n’ai pas pensé au passage de la Tf1 car j’ai joué trop vite 14.Fc3, qui sur le coup, me paraissait suffisant.

J’ai raté un deuxième gain, plus difficile, dans la position suivante :

Mvl-Sedlak
Mvl-Sedlak

Je n’ai pas joué 22.cxd5! car je ne voulais pas libérer sa Dame, qui après 22…cxd5 pouvait utiliser la 6e rangée en défense. Mais donner la case c4 à mes pièces et clouer le Cf6 sur la Dh6 était beaucoup plus important ; les variantes concrètes montrent que j’étais gagnant, par exemple 22…cxd5 23.Tg3 d4 24.Dh6 g6 (les noirs n’ont plus …Ch5 comme dans la partie après 22.Tg3? d4 23.Dh6 Ch5! 24.Dxh5 Ff6) 25.Cdc4 Dc7 26.e5! et la position noire explose après 26…dxc3 27.Th3!.

Après ce double raté, mon adversaire a joué des bons coups de défense et il a fallu se remettre à l’ouvrage pour conclure. Malheureusement, j’ai été victime d’un véritable trou noir quelques coups plus tard.

Mvl-Sedlak
Mvl-Sedlak

Bien sûr, j’avais vu que 27.Cc5? permettait le clouage 27…Da7 28.Cb3, mais je n’ai pas réalisé que le pion e4 était en prise, même pendant les 5 minutes que mon adversaire a prises pour jouer son coup. Or, après ce trivial 28…Txe4, ma position s’écroule. A partir de là, j’ai fait ce que j’ai pu pour lui compliquer la tâche tandis qu’il avait de moins en moins de temps à la pendule, et j’y suis progressivement parvenu, jusqu’à ce qu’il craque complètement en perdant une Tour sur fourchette. Pas brillant pour une partie qui n’aurait pas dû excéder les 20 coups si j’avais été plus appliqué au sortir de l’ouverture.

Le lendemain matin, j’ai fait une nulle rapide avec les noirs contre Gawain Jones (2617).

Lors du week-end suivant à Baden-Baden (18-19 mars), j’ai d’abord affronté Jorden Van Foreest avec les noirs.

Van Foreest (2684) – MVL : 0-1

J’ai opté pour la Svechnikov, mais il m’a surpris avec une ligne très obscure de la variante 7.Cd5. 7…Cxd5 8.exd5 Cb8 9.g4!?.

La surprise 9.g4!? de Van Foreest (photo : W. Siemon).
La surprise 9.g4!? de Van Foreest (photo : W. Siemon).

Ce n’était pas dans mes plans quand j’avais révisé en fin de matinée 😊. Cette option radicale a donné lieu à une partie très chaude, où je n’ai peut-être pas pris les décisions optimales, mais il a de son côté fait un choix très bizarre qui nous a fait retomber dans une structure très, très proche de la Najdorf ; un comble pour moi qui avait décidé d’y renoncer ce jour-là ! D’ailleurs, après 9…Fe7 10.Tg1, j’aurais pu jouer directement 10…a6 puis 11…b5 mais j’ai décidé de commencer par 10…0-0.

Van Foreest-Mvl
Van Foreest-Mvl

Jorden a décidé de jouer de manière risquée avec l’immédiat 15.Ce4 Cxe4 16.fxe4 Fh4+ 17.Rd1, au lieu de 15.0-0-0 b4 16.Ce4. Après la partie, il m’a expliqué qu’il avait cette idée Rd1 dans sa préparation, mais dans une autre position ! Il a confondu, à l’image de ce qui arrive à tout joueur d’échecs. J’ai pas mal réfléchi, car je trouvais ses choix vraiment bizarres, et j’ai trouvé quelques bons coups pour accentuer la pression.

J’étais content de 17…f6 18.a4 bxa4 19.Txa4 Fg5, avec l’idée que sur 20.Rc1?, il y a 20…Fxg4 21.Txg4 Dd7 22.Txg5 et les noirs ont deux choix élégants ; 22…fxg5 avec attaque sur le Ff1 et la Ta4, ou 22…Dxa4 avec attaque sur la Tg5 et mat en a1 ! Jorden a paré la menace en jouant 20.Ta3 et après 20…Tb8 21.Rc1 a5 les blancs ne sont pas tombés dans le piège 22.Fxg5? qui ne marche pas à cause de 22…Db6!, avec cette fois une double attaque sur g1 et b2.

Alors que les blancs menaçaient de consolider leur position, un peu en manque de temps, j’ai pris la décision de faire éclater le centre.

Van Foreest-Mvl

30…h5! 31.gxh5 f5. Je pensais bien que ça devait m’être favorable, sans évidemment pouvoir calculer toutes les lignes. J’ai cependant trouvé des coups précis : 32.h6 fxe4 33.Dxe4 Tf2+ 34.Rc1 Taf8! 35.Dg6 T8f7 36.b4 T2f6! 37.Da3 Fb5! 38.De3? (38.c4? Fxc4 ; 38.De4 n’étais pas réjouissant mais était forcé) 38…Dxd5 et la pression noire est trop forte (0-1, 45 cps).

Le lendemain, j’ai fait nulle contre Navara (2685) et sa Berlinoise.

Le Baden-Baden de Maxime proche d’un nouveau titre (Image : www.schachbundesliga.de).

Le Baden-Baden de Maxime proche d’un nouveau titre (Image : www.schachbundesliga.de
).

Bundesliga autrichienne

La Ligue autrichienne se dispute en 11 rondes et trois regroupements au total. Il s’agissait là du deuxième, disputé à Graz (23-26 avril). Après les 4 premières rondes, mon équipe (Linz) était classée derrière Jenbach, une petite ville du Tyrol qui se trouvait en tête après avoir fait nulle contre nous. J’ai joué 3 parties sur les 4, remportant 2 victoires avec les blancs et réalisant une nulle avec les noirs.

Je n’ai pas eu l’occasion de tester de nouvelles ouvertures avec les blancs puisque j’ai joué un Anti-Marshall et une Caro-Kann d’avance.

MVL – Baenziger (2413) : 1-0

Les compositions d’équipe n’étaient dévoilées que 30 minutes avant la ronde. Surprise avec le jeune MI suisse qui s’est présenté au premier échiquier ce jour-là. Nous avions tous pris notre ordinateur (que nous avons laissé dans la voiture avant les parties 😊) pour se préparer entre 15h30 et 15h58 – oui car attention, la règle locale était 0 tolérance, c’est à dire que tous les joueurs devaient être impérativement présents au début de la partie.

Mon adversaire a un peu dévié de son répertorie habituel et a opté pour ce que m’avait joué Fabiano Caruana au Grand Swiss 2021 (anti-Marschall 8.a4 Fb7). J’avais des bribes de souvenirs mais ça s’est avéré un peu compliqué de refaire tout le puzzle. Il a très bien joué l’ouverture ainsi que le milieu de jeu, et la position suivante que nous avons atteinte était assez proche de l’égalité.

Mvl-Baenziger
Mvl-Baenziger

Ici, j’ai hésité à garder les Dames par 38.Db3, ce qui était probablement le meilleur, mais je pensais devoir échanger les Dames à un moment ou à un autre et je croyais le faire dans des circonstances favorables avec la petite combinaison 38.Cg4 Dxc4 39.Ce5+ Rf8 40.Cxc4 Rf7 41.Ce5+ Rf8 (sur 41…Re8, j’avais prévu 42.Cf3 Td6 43.Cg5 Rd7 44.Ta1 avec une forte pression). La partie s’est poursuivie par 42.Cf3 qui gagne le pion e6 (42…Td6? 43.Cg5), mais ce n’est pas la fin de l’histoire ! 42…Cd5! 43.Txe6 Cxc3 44.bxc3 Ff6?. A l’analyse, il s’avère qu’après 44…Td1+! 45.Te1 Txe1+ 46.Cxe1 c4!, les noirs forcent l’échange des deux pions c et doivent annuler, même si en pratique les blancs conservent quelques chances.

La fin de cette partie m’a fait penser à une partie que j’avais jouée au Championnat de France par équipes 2019 contre Laurent Fressinet, ou avec Tour Cavalier et 2 pions, j’avais pressé contre Tour Fou et 2 pions (sans succès cette fois-là 😊).

Mvl-Fressinet, Brest 2019.

Mvl-Fressinet, Brest 2019.

Revenons en Autriche !

Mvl-Baenziger

Mvl-Baenziger

Revenons en Autriche ! Je savais que le pion h6 allait finir par tomber ; il fallait juste veiller à protéger le pion c4 afin d’empêcher les noirs d’obtenir du contre-jeu. J’ai donc donné le pion f2 au coup précédent, ce qui m’a permis de faire travailler le Cavalier et la Tour ensemble.

A court de temps, la position est horriblement difficile à défendre pour les noirs, même si un ordinateur nous rirait sans doute au nez et annulerait sans difficulté. Mon adversaire s’est trompé avec le passif 56…Tf6?, qui permet 57.Te8+ Rh7 58.Cf5 Ta6 59.Rf3 et les noirs doivent choisir entre deux maux : laisser rentrer le Roi en e4 ou la Tour en e6 (1-0, 64 cps).

Au 56e coup, l’ordinateur suggère 56…Tc2 pour tenir, mais c’était très compliqué à trouver : 57.Te6 Tc3+ 58.Rg2 Rf8! (58…Rh7? 59.Cf5! ramasse h6 et g5) 59.Txh6 Fe5, et même ici, ça n’a rien d’évident pour l’œil humain.

Contre Dragnev, une inattendue Berlinoise avec les noirs ! (Photo : Osterreichischer Schachbund).
Contre Dragnev, une inattendue Berlinoise avec les noirs ! (Photo : Osterreichischer Schachbund).

Après une nulle contre Dragnev (2561) dans laquelle j’ai utilisé la Berlinoise avec les noirs, j’ai disputé ma dernière partie contre le GMI allemand Baldauf.

MVL – Baldauf (2504) : 1-0

Ce qui est assez drôle, c’est que je me suis préparé notamment en regardant la partie qu’il avait jouée 48 heures plus tôt contre Markus Ragger. C’est ce qui s’est effectivement passé, puisqu’il a répété la même ligne, mais dans le même temps, Markus Ragger rejouait exactement la même ligne contre Petr Haba, deux rangées plus loin 😊.

Mvl-Baldauf
Mvl-Baldauf

Cela a duré jusqu’au 11e coup où Baldauf a joué 11…Td8 tandis que Haba préférait 11…Fg6.

Après 12.Dc1 Fg6, j’ai bien vu 13.Fxh6!, mais je n’ai pas compris à quel point c’était fort, avec l’idée d’échanger les fous de cases blanches ensuite. Je me suis donc contenté de 13.Fg5, qui me semblait assez bon et qui est également un coup thématique. J’ai surestimé ma position après 13…Db4 14.Fxe7 Dxe7 15.Cf4, alors que ce n’est pas si clair que ça. D’ailleurs, après 15…Cf5, j’ai pris en g6 trop vite et je l’ai immédiatement regretté car je ne trouvais pas comment manoeuvrer pour prendre l’avantage.

Mvl-Baldauf
Mvl-Baldauf

J’ai fini par faire un pari et donner le pion en d4, en espérant qu’il ne le prenne pas 😊 ! Après 18…Cxd4 19.Cxd4 Txd4 20.De3, il lui fallait trouver le coup compliqué 20…Tg4!. Ma première idée était alors de jouer 21.Rh2 Cd5 22.Fxd5 exd5 23.f4 pour enfermer la Tour. Mais ça ne donne rien car les noirs peuvent à tout moment jouer …g5 ; c’est un faux enfermement.
Et si je tente de prendre la qualité par 21.Fd1, après 21…Dxh4 22.Fxg4 Dxg4 23.Tad1 Cd5 24.Dxa7 0-0, les noirs vont avoir un sérieux contre-jeu avec des menaces à base de …h4 et de …Cf4.

Dans la partie, il n’a pas osé prendre en d4 et a choisi 18…Rf7?!. Même si l’ordinateur considère que je suis un peu mieux après, ce n’était pas évident de concrétiser. Heureusement, à un moment il a cherché de l’activité, me permettant de sacrifier la qualité pour obtenir une finale très favorable.

Mvl-Baldauf
Mvl-Baldauf

Mais ici, la bonne décision était 32.Cxh5+! Rg6 33.Cf6 Td4 34.f4 d2 35.Rf2 et les noirs sont très mal car ils peuvent difficilement valoriser leur pion d2. Malheureusement, j’ai gaffé avec 32.Fxe6?. Je n’avais envisagé que 32…Td4? en réponse, mais évidemment, éliminer mon pion e par 32…Te7! était plus judicieux : après 33.Cxh5+, j’ai tout de même conservé un petit avantage, mais mon adversaire aurait pu obtenir une nulle miraculeuse après 33…Rf8 34.Fc4 Txe5 35.f4 Te2+ 36.Rf3 Th2.

Mvl-Baldauf
Mvl-Baldauf

Ici, 37.Cf6! était le plus précis, mais je voulais laisser le Cavalier en h5 pour menacer g6-g7 ; après 37…Txb2, la partie continuait ! J’ai donc opté pour 37.g4.Après 37…Td4, j’avais envisagé 38.b3 b5 39.Txd3, oubliant le joli 39…Ce6! (la machine donne aussi 39…Th3+), et je ne peux ni prendre en e6, ni échanger en d4. A la place, les noirs ont joué le terriblement passif 37…Ce8?, et après 38.Txd3 Txd3 39.Fxd3 Txb2 40.f5, j’ai pu digérer ce petit moment de frayeur, et conclure grâce à mes pions de l’aile-Roi (1-0, 45 cps).

A l’aube du dernier rassemblement de mi-avril, mon équipe se retrouve en tête du classement grâce à la défaite surprise de Jenbach lors de la 8e ronde.

 Classement de la Bundesliga autrichienne à 3 rondes de la fin (Image : www.chess-results.com).
Classement de la Bundesliga autrichienne à 3 rondes de la fin (Image : www.chess-results.com).

A suivre pour moi, le Chessable Masters du 3 au 7 avril, seconde étape du Champions Chess Tour 2023 https://championschesstour.com . Je me suis qualifié pour la 2e Division de ce nouveau format, ratant une place dans le Top 8 de la 1e division suite à une défaite en Armaggedon contre Artemiev lors du tournoi qualificatif disputé le 13 mars.

Dans ce tournoi à élimination directe, mais qui intègre un « Loser’s bracket » comme dans beaucoup de competitions esport, je serai opposé au premier tour à Alexei Dreev.

Les parties de Maxime en Pro Chess League :

Les parties de Maxime en Bundesliga autrichienne :

Les parties de Maxime en Bundesliga allemande :

Le 12 mars, Maxime a passé la soirée sur le stream de Sardoche, https://www.twitch.tv/videos/1763187939, afin de le coacher en direct tandis qu’il disputait une série de blitz. L’ex-champion de League of Legends reconverti en streamer vedette depuis quelques années, a développé une passion pour les échecs et décidé de franchir un cap en s’entraînant intensément. Dans cette optique, il joue beaucoup en ligne et a convié Maxime à analyser ses parties en live le temps d’une soirée. Celles-ci étaient disputées sur la plateforme d’Immortal Game https://immortal.game dont Maxime est l’ambassadeur depuis fin 2021.

Image de couverture : Licence CC 2.0 Image https://www.flickr.com/photos/53370644@N06/

Horizon 2023 !

2023 !

2022 s’est conclue par plusieurs compétitions sur lesquelles je n’étais pas encore revenu. L’année qui commence m’offre l’occasion de me rattraper !

Championnat du monde par équipes
Jérusalem, 20-23 novembre

A l’occasion de mon retour en équipe de France, j’ai réalisé à Jérusalem un tournoi plutôt encourageant, en prenant également beaucoup de plaisir à passer du temps avec mes coéquipiers, dans une ambiance très conviviale. Les parties se disputaient à la cadence originale de 45mn +10s./coup, qui offre un bon compromis entre utilisation de la pression au temps et possibilité de chercher les bons coups. J’ai beaucoup apprécié cette cadence.

Comme le tournoi avait lieu à un endroit où il n’était guère recommandé de sortir le soir, il n’y avait pas grand-chose d’autre à faire que de rester à l’hôtel, et d’en profiter pour passer de bons moments de détente, entre parties de cartes et défis au ping-pong.

Pendant la phase de poule, nous avons réussi à nous qualifier de justesse. Nous avons gagné contre les Pays-Bas, mais nous aurions facilement pu perdre sur la partie de Laurent (Fressinet). Voici ma victoire dans ce match :

Van Foreest-Mvl, Ronde 2.
Van Foreest-Mvl, Ronde 2.

Ici, j’ai provoqué les blancs par 18…Rh7, avec l’idée de jouer …Dd7 en économisant le coup …Te8. En cas de 19.Txc6, j’étais prêt à jouer la position après 19…bxc6 20.Fxe7 (mais pas 20.Cxe7? f6 21.Cxc8 fxg5 22.Cxa7 Db6) 20…Dd7 21.Fxf8 Txf8 et les noirs récupèrent d4.. Mais Jorden a opté pour 19.Tc4, et après 19…Dd7 20.Te1 Tfd8 suivi de …f5, j’ai progressivement pris l’ascendant (0-1, 59 cps).

Finalement, nous nous sommes tout de même qualifiés pour la phase KO sans trop forcer. Nous avons fait match nul contre les Chinois, ce qui n’est pas si mal compte tenu du classement final 😊.

Li,L-Mvl, Ronde 5.
Li,L-Mvl, Ronde 5.

Après un long débat théorique sur une ligne très chaude de la Najdorf, nous avons obtenu cette position dans laquelle le joueur chinois a fait le choix douteux de 29.Df4?, au lieu du plus naturel 29.Cc4. Bien sûr, le Ca5 est imprenable à cause de l’attaque de mat le long de la colonne g, mais ma décision de liquider par 29…Fg7? 30.Dxf7 Txf7 31.Cc4 c2+ 32.Rxc2 Tc5 a mené à une nulle rapide. Pourtant, j’avais une alternative alléchante, dont je n’ai pas mesuré la force, 29…Th5! avec une menace …Cd5 très puissante ; en fait, les blancs auraient été en grand danger ici car cette position pose d’énormes problèmes pratiques.

J’ai bien aimé également ma victoire contre l’Espagnol Santos Latasa.

Mvl-Santos Latasa au 1er échiquier du match France-Espagne, sous le regard du capitaine Jean-Baptiste Mullon (photo : Fide).
Mvl-Santos Latasa au 1er échiquier du match France-Espagne, sous le regard du capitaine Jean-Baptiste Mullon (photo : Fide).

Cependant, ma défaite contre Vidit dans le match de quart de finale France-Inde que nous avons finalement perdu, ternit un peu l’impression générale. En effet, ma gaffe a été très préjudiciable à l’équipe.

Mvl-Vidit, ¼ Finale aller.
Mvl-Vidit, ¼ Finale aller.

Ici, j’ai commis l’irréparable avec 17.f4?. Evidemment, l’idée de pousser la majorité centrale s’impose dans cette position, mais il était nécessaire de la préparer par 17.Tae1 ou 17.Rh2. Le problème, c’est que je suis passé complètement à côté de 17…Ff5! qui donne un clair avantage aux noirs après 18.Dc1 (18.Dxf5 Fxc3 19.Fxc3 Dxe3+ 20.Rh2 Dxc3) 18…Fxc3 19.Dxc3 Fe4! (0-1, 70 cps).

Après cela, il n’y avait plus aucun doute sur le fait que nous allions perdre ce match aller. Nous nous sommes rattrapés lors du match retour, notamment après que Vidit ait commis une erreur grossière contre moi en perdant un pion.

Pendant le départage en blitz, j’ai été un peu dominé avec les noirs, et je n’ai pu faire qu’un match nul. Tout s’est donc joué pendant les derniers moments de la partie de Jules (Moussard). Malheureusement, ça a mal tourné pour lui et nous avons quitté la compétition à ce stade, ce qui est dommage. Ce furent tout de même de bons moments, avec une cadence qui devrait à mon sens être testée à l’avenir.

Speed Chess 2022
En ligne, 28 novembre & 15-16 décembre

L’habituelle compétition de fin d’année sur chess.com, dans un tableau final à 16 joueurs toujours particulièrement relevé. Rappelons qu’il s’agit de matches à élimination directe disputés sur 3 heures, en 5+1, 3+1 et 1+1…

La grille de départ du Speed Chess 2022 (image : www.chess.com).
La grille de départ du Speed Chess 2022 (image : www.chess.com).

Contre Nepo en 1/8e, c’était un match disputé au début, avec des parties de très bonne qualité, notamment de sa part. Il y a eu quelques moments critiques au début où nous nous rendions coup pour coup, avec de bonnes séquences de défense. Le match semblait assez incertain, même si j’étais légèrement en avance (un ou deux points). Finalement, tout s’est joué en Bullet, même si cela aurait pu moins bien se passer lorsque j’ai perdu la dernière partie du 3+1 en donnant une pièce en un coup 🙂 .

Et en Bullet, c’est la première partie qui a tout conditionné. Après cette défaite un peu chaude, Nepo n’a plus été en mesure de rivaliser (score final 19.5-11.5 en ma faveur).

Contre Wesley So en ¼ finale, c’était très bizarre car je ne m’attendais pas à ce qu’il se défende aussi bien dans sa situation. En effet, la tempête de neige qui sévissait alors dans le Minnesota où il réside, l’avait obligé à se déplacer dans le grand froid pour se connecter depuis une bibliothèque publique ! Je ne l’imaginais pas offrir une grosse résistance dans un tel contexte, mais ça a toutefois été le cas, au moins au début du match. Nous avons pu montrer quelques idées intéressantes, notamment dans la Najdorf. Wesley n’a pas si mal démarré en Bullet, mais à un moment je me suis envolé et c’était fini (score final 16.5-12.5 en ma faveur).

Ensuite, la demi-finale contre Magnus ; il n’y a rien à dire sur le résultat final (17-9 en sa faveur). Ce qui est dommage, c’est que globalement, Magnus n’a pas si bien joué que ça dans ce match. Cependant, il a été extrêmement ingénieux en défense, notamment dans des positions complètement perdues, ce qui a créé beaucoup de différences.

Tout d’abord, à 2-3, il y a la partie que j’ai perdue avec un bon pion de plus. Ensuite, il y a pas mal de parties où j’ai eu du matériel net en plus, et que je ne suis pas parvenu à concrétiser ; cela génère de la frustration. Même si j’ai réussi à tenir le score par la suite, j’étais quand même à -4 au début du Bullet, ce qui m’a contraint à une prise de risque maximale et Magnus s’est donc largement détaché sur la fin.

La partie de tableau de Maxime (image : www.chess.com).
La partie de tableau de Maxime (image : www.chess.com).

Danzhou
En ligne, 12-14 décembre

L’Association régionale des Echecs de Hainan (Chine) a organisé un tournoi Rapide au format hybride, avec 3 Chinois réunis dans un hôtel de Danzhou, et 5 autres joueurs participant depuis chez eux. J’y ai partagé la première place avec Giri et Bu (4.5/7 sans défaite), devant Ding Liren, Erigaisi et Rapport (3.5), Andreikin (3) et Ju Wenjun (1).

Voici la fin de partie décisive pour la première place :

Giri-Mvl, Ronde 4.

Nous étions tous deux à court de temps, et j’ai choisi ici de répéter à nouveau la position par 38…Te2 39.Rf1 Ta2 40.Rg1 Te2? Nulle. Mais à la place, j’avais à ma disposition le coup dévastateur 40…De2! 41.De3 Ta1+ (dans la précipitation, j’avais complètement oublié cet échec 😊) 42.Rg2 Df1+ 43.Rf3 et il ne restait plus qu’à trouver 43…Te1! pour compléter le tableau de mat.

Championnat du Monde Rapide & Blitz
Almaty (Kazakhstan), 26-30 décembre

Rapide

C’était la première fois que je venais au Kazakhstan… J’ai fait les comptes, c’est le 40e pays que je visite ! Nous sommes arrivés sur place 48h à l’avance avec Jules Moussard, afin de nous acclimater et d’éviter que les 5 heures de décalage horaire ne s’avèrent trop préjudiciables. L’autre français de l’aventure, Sébastien Mazé, est arrivé le jour même, mais il est resté en forme tout au long du tournoi, ce qui est une assez belle performance.

La première journée a été un peu difficile en termes d’occasions manquées. Il y avait clairement mieux à faire. J’ai tout de même terminé cette journée avec deux victoires et 3,5/5.

Kovalev-Mvl, Ronde 1.
Kovalev-Mvl, Ronde 1.

C’était la toute première ronde, et j’avais ici un net avantage avec les noirs. J’aurais pu le consolider par 34…Cg3+! 35.Rg1 Dc5 36.Dh6 (36.Db2 f6!) 36…Ce2+ et 37…Cc3. Mais j’ai commis une faute de calcul avec 34…Rh7?, oubliant qu’après 35.Db2, ma réponse prévue 35…De8? se heurtait à 36.Ce4! Fe7 37.g4, et c’est moi qui ai des problèmes. Du coup, j’ai fait machine arrière avec 35…f6, mais j’ai vite dû prendre la nulle par 36.Dxf6 Cg3+ 37.Re1 De8+ 38.Rd1 De2+ 39.Rc1 De1+ et perpétuel.

Le deuxième jour, j’ai commencé lentement par deux nulles :

Mvl-Yakkuboev, Ronde 6.

Ici, j’ai décidé de sacrifier temporairement un pion par 23.Cd5!? Cxd5 24.cxd5 exd4 25.Dd2 Tc4 26.Dd3 Tc3 27.Dxd4, et d’autoriser le dangereux sacrifice de qualité 27…Txf3!? 28.gxf3 Ch4 (28…Dh4 29.Rh1 Cf4 30.Tg1! n’est pas concluant) car après 29.De3 Df6 30.f4 Dg6+ 31.Dg3 Cf3+ 32.Rh1, la finale de Tours à venir me semblait jouable. Mais le jeune ouzbek n’a pas choisi cette voie, préférant 27…Tc5 28.g3 c6! 29.dxc6 Txc6 et la position est égale (Nulle, 40 cps).

Hasard de l’appariement, j’ai joué la ronde suivante contre mon ami Sébastien Mazé, qui a plus que confortablement neutralisé ma Petroff… (Nulle, 37 cps).

La Petroff est-elle un signe de gentillesse ? (photo : Fide).
La Petroff est-elle un signe de sympathie ? (photo : Fide).

Malgré une victoire contre Paravyan juste après, je n’avais pas eu beaucoup d’occasions à mon actif depuis le début de la journée. Bien que je sois parvenu à bien me concentrer contre la nouvelle star indienne Erigaisi dans la dernière partie, les choses ont mal tourné.

Erigaisi-Mvl, Ronde 9.

Après avoir souffert dans l’ouverture Veresov de mon adversaire, je me suis bien rattrapé dans le milieu de jeu, obtenant même cette position très intéressante à jouer. Malheureusement, j’ai raté 27…a4! car je croyais qu’après 28.Dd3 Db7 (idée …b3) les blancs étaient plus rapides : 29.Cf6+ Rh8 30.De4 Fh6 et j’avais l’impression que j’allais me faire mater après 31.Txg6, mais apparemment ce n’est pas le cas ! Je me suis donc replié sur 27…c5? mais c’est clairement une faute car cette fois, après 28.Dd3 Dc7 (28…Db7 29.Cxc5) 29.Cf6+ Rh8 30.De4 Fh6, les blancs ont 31.dxc5 (31.d5 était peut-être encore plus fort) 31…Tad8 (31…Dxc5 était réfuté, non par 32.Cd7? – je rêve de donner cette qualité ! – mais par 32.Txg6! fxg6 33.Dxg6 Txf6 34.exf6 De3 35.f4! Dxf4 36.Tg1! suivi de 37.f7) 32.c6 et les blancs sont gagnants, même si la conversion fut lente (1-0, 62 cps).

Le troisième jour, j’ai finalement commencé à mieux jouer. Notamment dans la deuxième partie du jour contre Indjic, où j’ai opté pour un sacrifice hyper spéculatif, mais dont j’ai senti qu’il offrait d’énormes chances pratiques.

Indjic-Mvl, Ronde 11.

Après avoir sacrifié le pion a7, j’ai rapidement décidé de continuer sur cette lancée avec 23…Fxh3!? 24.gxh3 Dxh3. Ici, le n°1 serbe a joué le logique 25.Dd1, ramenant la Dame à la défense du Roi, et a parfaitement tenu jusqu’à 25…Ch4 26.Df1 Df5 27.Rh2 h5 28.Cc3 Cg4+ 29.Rh1? (comme d’habitude, la machine donne le sempiternel 0.00 après 29.Rg1 Cf3+ 30.Fxf3 exf3…) 29…Cf3 30.Dg2?? Cxf2+! 0-1. 30.Fxf3 résistait encore, même si après 30…exf3 31.Rg1 (31.Dg1 Dc2! est une élégante conclusion qui illustre la domination noire) 31…Dg6! 32.Dh3 (32.Rh1 Dg5 et c’est bientôt mat) 32…Cf6+ 33.Rh2 Dc2! (à nouveau !) 34.Dxf3 Dxc3 35.Dd1 Ce4, les blancs ne survivront pas à cette finale.

Dans l’avant-dernière partie contre Amin Bassem, j’étais complètement perdant mais j’ai quand même fini par gagner au forceps… Puis j’ai conclu le tournoi Rapide par une partie encore plus difficile contre Keymer qui, s’il m’avait battu, se serait offert un match de départage pour le titre mondial contre Carlsen !

Mvl-Keymer, Ronde 13.
Mvl-Keymer, Ronde 13.

Malheureusement pour lui, après une prestation proche de la perfection, il m’a laissé échapper en poussant un peu trop vite son pion passé ; 52…f2?? (52…Cf7! et les blancs devront soit donner c4 gratuitement, soit autoriser le passage du Roi au soutien du pion f via e4-f4-g3) 53.Ff1! et les noirs ne peuvent plus empêcher 54.Re2 ; 53…Cxc4+ (53…Ce4+ 54.Re2 Rxc4 55.d6 =) 54.Re2 Rxd5 55.Rxf2 (Nulle, 65 cps).

Le moment où Maxime sauve la nulle contre Keymer ; sous les yeux de Magnus, sacré champion du monde Rapide… (photo : Fide).
Le moment où Maxime sauve la nulle contre Keymer ; sous les yeux de Magnus, sacré champion du monde Rapide… (photo : Fide).

Deux sauvetages avec les blancs pour finir le tournoi à 8.5/13, ce n’était pas très glorieux, mais je trouvais que je commençais à un peu mieux profiter des opportunités offertes, ce qui m’a rassuré pour le tournoi de blitz.

Blitz

J’avais donc un titre mondial à défendre face à une terrible opposition emmenée par Magnus Carlsen… Au début, ça s’est plutôt bien passé. J’ai commencé avec 6/8, dont certaines parties plutôt bien jouées et d’autres un peu moins. Je restais encore en lice, mais j’ai subi une période de « trou noir » terrible pendant les quatre dernières parties du jour, où je ne voyais rien. Notamment l’enchaînement des parties contre Bluebaum et Paravayan m’a causé beaucoup de difficultés : j’ai perdu contre Bluebaum avec un pion de plus en essayant de gagner à tout prix. Ensuite, contre Paravayan, j’ai obtenu une finale qui était sans doute gagnable, mais je n’ai pas réussi à la convertir et cela m’a fait très mal. J’ai encore perdu deux parties stupidement à la fin de la journée et je me suis retrouvé très, très mal placé.

Le deuxième jour, j’ai perdu dès la deuxième partie. Je savais déjà que je n’avais plus aucune chance de titre. Cependant, j’ai essayé de me remettre un peu dans le bain. J’y suis parvenu sur le plan comptable, mais ce n’était pas convaincant dans le contenu ; même les parties gagnées étaient encore trop fébriles. J’ai fait une série à 5/5, j’étais donc censé être à nouveau en confiance, et pourtant j’ai senti que je n’étais toujours « pas dedans » ; les coups ne sortaient pas comme je le voulais…

Malgré tout, et en dépit d’un niveau de jeu très insuffisant, j’étais encore en course pour une place dans les 8 ou 10 premiers à deux rondes de la fin. Contre Harikrishna avec les noirs à l’avant-dernière, j’ai enfin joué une bonne partie ; malheureusement je n’ai pas réussi à conclure, même si ce n’était pas facile.

Contre Fedoseev à la dernière, j’ai joué mon va-tout, avec l’idée d’accrocher une 12 ou 13e place qui aurait été moins catastrophique que mon classement final (31e). J’ai donc refusé la proposition de nulle de mon adversaire et bien sûr, j’ai fini par perdre 😊.

De toute façon, une place de 10 ou 12e n’aurait rien changé au fait que j’ai traversé a minima la deuxième partie du tournoi comme un fantôme…

Les trois français avec Van Foreest (photo : Fide).
Les trois français avec Van Foreest (photo : Fide).

Malgré mon résultat décevant, l’ambiance à Almaty était agréable, ce qu’ont également ressenti Sébastien et Jules. Ce dernier a pu comprendre à quel point le tournoi est difficile, particulièrement intense et fatigant, exigeant également de bien gérer ses émotions. Il a conclu la première journée de blitz à un très haut niveau, et termine finalement le tournoi avec le même nombre de points que moi (12.5). Il a joué quelques parties de très bon niveau en début de deuxième journée, en essayant justement de se hisser parmi les leaders. Cela s’est beaucoup moins bien passé à ce moment-là, mais il s’est frotté à la super élite sur les premiers échiquiers et a vécu une expérience qui lui sera de toute façon très utile. Sébastien s’est vraiment bien battu tout au long des deux tournois. Il a eu une ou deux journées difficiles, mais il obtient quand même un très bon résultat d’ensemble dans ce contexte aussi relevé.

Nous sommes sortis dans Almaty à la fin du tournoi le 30 décembre. Même si évidemment c’était un peu compliqué pour moi au début, car je n’étais pas forcément d’humeur. Nous sommes rentrés en France le 1er janvier et avons donc passé la soirée de Nouvel An au Kazakhstan, dans un bar à cocktails qui est, paraît-il, dans le Top 10 mondial du genre 😊. Assez improbable, mais une très bonne expérience !

Pour moi, le début de cette nouvelle année 2023 s’annonce très calme au niveau compétitions. Il y aura certainement des petites choses entretemps, mais je ne pense pas disputer de tournoi majeur avant au moins le mois de mai. C’est l’opportunité parfaite pour vraiment évaluer ce qui s’est mal passé tout au long de l’année 2022. Bien sûr, j’ai déjà commencé, au sein d’une nouvelle structure qui impose une mise en place, une approche et des méthodes de travail différentes.

Tout n’a pas marché ces derniers temps. Il y a des choses qui fonctionnent plutôt bien, d’autres qui sont clairement à réévaluer.

Cela va être ma mission des prochains mois…

Les parties de Maxime au Championnat du monde par équipes :
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Les parties de Maxime au Speed Chess :
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Les parties de Maxime du Danzhou en ligne :
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Les parties de Maxime au championnat du monde Rapide :
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Les parties de Maxime au championnat du monde Blitz :
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Just a wristwatch on my arm

En arrivant pour la deuxième journée du tournoi de blitz à Almaty, Maxime a commis une erreur qui aurait pu lui coûter cher… En effet, il a oublié de retirer sa montre connectée avant de passer les contrôles, et a joué la première ronde contre Petrossian avec cet accessoire. Pendant la partie, en relevant ses manches de chemise, il a réalisé sa méprise mais personne ne l’a remarqué, ni son adversaire, ni les arbitres qui se trouvaient autour des échiquiers ! La partie s’est finalement terminée par une nulle mais Maxime était fortement déconcentré à cause de cet incident, se demandant en permanence comment il avait pu être assez idiot pour ne pas s’en rendre compte avant 😊.

S’il avait été repéré par l’arbitre, il aurait évidemment perdu la partie sur tapis vert…

Changement de cycle

MVL et Etienne Bacrot

Etienne Bacrot et moi avons arrêté notre collaboration depuis maintenant quelques mois… Celle-ci avait commencé il y a plus de sept ans, au printemps 2015, lorsqu’il est devenu mon entraîneur principal ; c’est donc un long cycle que nous avons vécu ensemble. Et ce cycle est maintenant parvenu à son terme, dès lors que nous avons partagé le constat qu’il n’y avait pas suffisamment de renouvellement d’idées et plus suffisamment de nouveaux challenges dans notre collaboration. Au final, une certaine routine s’était installée de mon côté, et elle devenait dommageable pour mes résultats sportifs.

C’est l’occasion pour moi de revenir au commencement – et même avant le commencement – puisque la première fois qu’Étienne m’a parlé de travailler ensemble, ou plutôt que lui travaille pour moi, c’était en 2014, pendant le championnat de France à Nîmes où j’étais passé une journée. Il m’a dit à cette occasion que dès le tournoi de Bienne de l’année précédente où on s’était rencontrés, il avait constaté que j’étais devenu extrêmement fort. Même si je n’avais fait que +1, avec 3 victoires et 2 défaites, il estimait que dans la manière, il y avait vraiment tous les ingrédients pour m’amener au plus haut niveau. Et donc il se proposait de m’aider, de me guider…

Je dois avouer que ma réaction spontanée a été mitigée ; en fait, cette proposition s’avérait compliquée à gérer pour moi. Même si j’étais flatté par son offre, lui et moi étions encore au coude-à-coude en termes de classement Elo ; ça me semblait donc un peu prématuré par rapport à cette rivalité.

Mais pour Etienne, je venais juste de tenir le premier échiquier de l’équipe de France aux Olympiades de Tromso, et le passage de témoin était désormais irréversible. Il considérait qu’il était donc naturel de me proposer ses services. Cette discussion a finalement débouché sur un galop d’essai, à savoir un premier stage de préparation que l’on a fait ensemble fin 2014, sans notion d’entraîneur / entraîné.

A ce moment-là, je travaillais encore avec le Slovène Alexander Beliavsky. Objectivement, ça se passait plutôt bien, mais c’est l’époque où j’ai commencé à participer aux tournois les plus importants et à affronter des joueurs du Top vraiment très bien préparés. Certes, Wijk aan zee en janvier 2015 avait été un franc succès, puisque j’y avais battu mon record Elo, avec 2775. Mais ensuite, j’ai connu un trimestre très compliqué, avec je crois une seule victoire en trois ou quatre mois !

C’est à ce moment-là que j’ai senti qu’il fallait changer quelque chose. Je suis donc revenu vers Etienne, et il a « officiellement » commencé à travailler pour moi. Ca a complètement changé ma perspective sur la préparation dans les ouvertures parce que c’était la première fois que j’étais confronté à quelqu’un qui avait une vision bien plus globale du travail requis. Alexander était un très bon entraîneur, mais en termes d’ouvertures, il était devenu vraiment trop limité, notamment pour essayer d’obtenir l’avantage avec les blancs. Et le travail effectué avec Etienne a trouvé une concrétisation rapidement, dès le deuxième semestre 2015, quand j’ai gravi les échelons en même temps que je commençais à vraiment jouer tous les gros tournois, notamment ceux du Grand Chess Tour, d’abord en Norvège, puis à Saint-Louis, et enfin à Londres – avec une prestation d’ailleurs extrêmement aboutie.

Parfois, on doit jouer ensemble ! Comme ici au Grand Chess Tour 2017 à Paris, avec un certain Garry K qui donne le go (photo : Gct).
Parfois, on doit jouer ensemble ! Comme ici au Grand Chess Tour 2017 à Paris, avec un certain Garry K qui donne le go (photo : Gct).

En termes d’organisation du travail, c’est vrai que je n’étais plus aussi créatif, dans le sens où je cherchais moins d’idées. Ma mission, c’était surtout d’être efficace au niveau de la maîtrise de mes ouvertures, et d’arriver avec autant d’énergie que possible devant l’échiquier ! Quant à Etienne, sa principale tâche consistait à générer les fichiers d’ouverture avec l’aide d’ordis de plus en plus puissants. Ce qui supposait évidemment de vérifier attentivement toutes les nouvelles idées, tout ce qui avait pu être joué dans les parties de la semaine précédente, voire de la veille, afin d’être sûr de ne rien laisser passer. De cette façon, je me suis construit un répertoire beaucoup plus solide avec les noirs, et en capacité de résister dans le temps ; tout en évitant de devoir travailler en dernière minute avant chaque partie, ce qui est évidemment indispensable pour rivaliser avec le top du top. Bien que les ouvertures restent centrales dans la préparation, Etienne a aussi constamment veillé à ce que je conserve ma forme échiquéenne au travers d’exercices et d’études bien choisis.

Tout au long de ces sept années de collaboration, l’évolution principale a bien sûr été l’accès à des logiciels de plus en plus puissants et de plus en plus faciles d’utilisation. Il n’y a plus besoin d’énormes machines depuis l’arrivée d’AlphaZero (même si ce logiciel n’était pas disponible pour le public), qui a tracé la voie en matière d’Intelligence Artificielle. Plus près de nous, le Stockfish actuel, Stockfish 15, est tellement plus fort que Stockfish 8 par exemple… Du coup, ça rend une partie de la tâche plus simple, dans le sens où trouver les bons coups ou les bonnes idées, c’est évidemment plus facile ! Mais le problème, c’est que tout le monde a accès à ces idées et pour faire la différence, il faut donc apporter quelque chose de plus. Ce qui nécessite bien plus de travail, des fichiers nettement plus approfondis, avec le risque majeur de s’y perdre ; comme ça a été un peu mon cas ces derniers temps 🙂 .

J’ai eu une période assez compliquée en 2022, au moins au niveau du Elo ! Mais malgré ça, je n’ai pas compromis mes objectifs pour les deux années à venir, avec notamment ma qualification pour le circuit du Grand Chess Tour en 2023. Je serai donc présent l’année prochaine sur toutes les compétitions majeures et sur les épreuves qualificatives pour les Candidats 2024.

Évidemment, je ne reste pas les bras croisés dans cette période de transition, d’autant que j’ai depuis peu un nouvel encadrement échiquéen, dont le profil correspond aux caractéristiques et aux orientations que j’avais fixées avec mon staff. Bien sûr, travailler dans un nouvel environnement requiert une période d’adaptation et de réglage. La bonne nouvelle, c’est que j’ai la chance de disposer de ce temps, une denrée plutôt rare d’habitude ! En effet, mes prochaines grosses échéances devraient débuter autour de mai 2023, ce qui laisse un peu de marge…

Je vais quand même profiter de ces lignes pour faire un bilan de ma période avec Etienne, en récapitulant mon palmarès de ces sept années… J’ai remporté beaucoup – enfin, je ne sais pas si c’est « beaucoup », mais disons un certain nombre 🙂 – de tournois. En classique, deux fois la Sinquefield Cup, Bucarest, Dortmund, Shenzhen, ainsi que deux nouveaux titres à Bienne et deux demi-finales de Coupe du Monde. Des Rapides/Blitz à Paris et Zagreb, et le titre mondial 2021 en blitz. La 2e place du circuit professionnel (Grand Chess Tour) quatre années de suite ! Sans oublier les compétitions par équipes, qui m’ont apporté plusieurs titres avec mon club allemand de Baden-Baden, avec Clichy en 2017, puis une Coupe de France avec Asnières en 2019. L’équipe de France n’a pas glané de titre pendant les différentes épopées de cette période, mais on retiendra tout de même la belle médaille d’argent obtenue au Championnat d’Europe des Nations 2021 en Slovénie.

Au niveau des classements mondiaux, j’ai eu l’occasion d’occuper la 1e place en blitz comme en rapide, et la 2e place en classique. Et enfin, cette fameuse deuxième place aux Candidats 2020/2021, qui restera en même temps un bon résultat et une déception 🙂 . Entre le jour où la Fide m’a annoncé que je remplaçais Radjabov et l’interruption du tournoi à mi-parcours, il ne s’est passé que 3 semaines ! Encore un grand merci à Etienne pour sa réactivité et pour tout le travail accompli dans ce court laps de temps…

Mini-stage de préparation, juste avant les Candidats 2020 (Photo : Alpha Echecs).
Mini-stage de préparation, juste avant les Candidats 2020 (Photo : Alpha Echecs).

L’ensemble constitue quand même un bilan assez positif, même si les déceptions liées au cycle de championnat du monde sont certainement ce qui aura le plus marqué les gens.

Il y a eu une très belle période en 2015/2016, dès qu’Etienne et moi avons commencé à travailler ensemble, même si le tout premier tournoi a été catastrophique (Grand Prix Fide, Kanty-Mansyik), avec une dernière place et un record de 4 défaites d’affilée. Je suis donc redescendu à ce moment-là sur un point bas de 2723, mais la deuxième moitié de l’année 2015, j’ai fini sur les chapeaux de roue pour arriver à 2785 en début d’année 2016. D’ailleurs, je pense que mes meilleures années en termes de résultats sont 2016 et 2017 ; je suis resté invaincu sur une longue période et je suis parvenu à mon point haut à 2819.

S’il y a une année où il est vraiment dommage que je ne me sois pas qualifié sportivement pour les Candidats, c’est bien 2017, qui était sans doute ma saison la plus aboutie…

Le futur a donc déjà commencé pour moi, et je suis assez excité par le nouvel environnement et les nouvelles méthodes de travail qui sont désormais les miens. Je suis sûr que le semestre qui vient me permettra d’absorber le changement et d’aborder les échéances majeures en étant mieux armé.

D’ici là, il reste quand même quelques objectifs de fin d’année, avec le Championnat du Monde des Nations à Jérusalem (20-25 novembre), et bien sûr la défense de mon titre lors du Championnat du Monde Rapide et Blitz à Astana, Kazakhstan (26-30 décembre). Quant aux premiers mois de 2023, rien n’est très clair dans le calendrier pour l’instant…

La seule fois que Maxime était allé en Autriche, c’était à tout juste 10 ans, début décembre 2000. Il y avait disputé à Graz le Championnat rapide des pays d’Europe Centrale et de l’Ouest (Mitropa), catégorie U12. Maxime avait pris la deuxième place du tournoi. 22 ans plus tard, il a eu l’occasion de revenir deux fois en Autriche en l’espace d’un mois ! Début octobre pour y disputer la Coupe d’Europe avec son club d’Asnières, qui obtiendra finalement la médaille de bronze dans la compétition. Puis début novembre avec son nouveau club de Linz, pour les premières rondes de la Bundesliga autrichienne. Les compétitions étaient organisées dans la région du Tyrol, dans les deux cas assez près d’Innsbruck. En termes de résultat, Maxime a réalisé 4/8 au total (+1, -1, =6, avec 5 fois les noirs), pour ce qui pourrait constituer sa dernière apparition en partie classique avant un long moment…

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